Et si vos achats industriels ne dépendaient plus d’interminables chaînes d’emails, de négociations téléphoniques interminables et de tableurs mis à jour à la main ? En plein cœur de l’année 2026, alors que l’intelligence artificielle agentique commence à transformer les processus les plus complexes, une startup française-américaine vient de lever 30 millions de dollars pour tenter de réaliser ce rêve pour les fabricants et distributeurs du monde entier.

Didero : quand l’IA agentique s’attaque à la supply chain

Derrière ce nom qui évoque à la fois « did » (faire en latin) et « hero » se cache une ambition démesurée : faire passer l’approvisionnement industriel de l’ère manuelle à l’automatisation quasi-totale. Fondée fin 2023, Didero a déjà convaincu des investisseurs de renom et plusieurs dizaines de clients industriels.

Mais au fait, pourquoi un tel engouement pour un sujet qui paraît si… terre-à-terre ? Parce que derrière chaque produit que nous achetons se cache une chaîne d’approvisionnement d’une complexité souvent sous-estimée. Et c’est précisément là que Didero veut frapper fort.

Le déclic personnel de Tim Spencer

L’histoire commence avec Tim Spencer, entrepreneur serial qui a vécu de plein fouet les douleurs de la supply chain pendant la pandémie. À la tête de Markai, une société d’e-commerce basée en Asie, il gérait des milliers de fournisseurs répartis dans des dizaines de pays.

Chaque jour, son équipe passait des heures à décrypter des messages WeChat, à relancer des fournisseurs par téléphone, à négocier des prix à la décimale près, à suivre des commandes dans des systèmes disparates… Un cauchemar logistique qui a fini par le pousser à vendre son entreprise en 2023.

« J’avais une grosse équipe, mais elle n’était pas vraiment configurée pour réussir face à cette complexité manuelle. »

Tim Spencer, co-fondateur de Didero

C’est à ce moment précis que l’explosion des capacités des grands modèles de langage a tout changé. Tim a vu dans l’IA générative une opportunité unique de résoudre le problème qu’il venait de vivre pendant des années.

Une dream team aux profils complémentaires

Pour transformer cette vision en réalité, Tim Spencer n’est pas parti seul. Il s’est associé à deux profils de très haut niveau :

  • Lorenz Pallhuber, ancien expert senior chez McKinsey spécialisé dans les stratégies d’achat et de procurement
  • Tom Petit, ancien co-fondateur technique de Landis (revendue avec succès), expert en systèmes distribués et en IA appliquée

Cette combinaison rare — entrepreneur opérationnel ayant vécu la douleur client + consultant procurement de classe mondiale + ingénieur IA de haut vol — a rapidement séduit les investisseurs.

30 millions de dollars pour accélérer

En février 2026, Didero annonce une levée de série A de 30 millions de dollars co-dirigée par Chemistry et Headline, avec la participation notable de M12, le fonds corporate de Microsoft. Une arrivée dans le capital du bras venture du géant de Redmond qui n’est jamais anodine dans l’univers de l’IA agentique appliquée à l’entreprise.

Cet argent doit permettre à Didero d’accélérer plusieurs chantiers stratégiques :

  • Renforcer massivement l’équipe R&D IA
  • Étendre les intégrations avec les principaux ERP industriels (SAP, Oracle, Infor, Odoo, etc.)
  • Développer de nouveaux agents spécialisés (négociation, gestion des litiges, prévision de risque fournisseur…)
  • Accélérer l’expansion commerciale aux États-Unis et en Europe

Comment fonctionne réellement Didero ?

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Didero ne cherche pas à remplacer l’ERP de l’entreprise. Au contraire, la startup se positionne comme une couche intelligente qui vient se poser par-dessus les systèmes existants.

L’architecture repose sur plusieurs principes clés :

  1. Ingestion multicanale : emails, WeChat, WhatsApp, SMS, portails fournisseurs, EDI… tout est capturé
  2. Compréhension contextuelle avancée grâce à des LLM spécialisés en procurement et commerce international
  3. Création d’agents autonomes capables d’exécuter des actions (répondre, créer des commandes, lancer des paiements, mettre à jour l’ERP)
  4. Boucle de feedback humain dans la boucle pour les cas limites ou sensibles
  5. Traçabilité complète et auditabilité de chaque décision automatisée

L’objectif affiché est ambitieux : passer de l’expression du besoin (« j’ai besoin de 50 tonnes d’acier grade X d’ici 6 semaines ») jusqu’au paiement final sans intervention humaine sur le parcours standard.

Différenciation face à la concurrence

Le marché des outils d’achat alimentés par l’IA est déjà bien fourni. Mais la plupart des acteurs se concentrent sur les achats corporate (bureautique, IT, services, marketing…) : Levelpath, Zip, Oro Labs, Arkestro, etc.

Didero choisit délibérément un segment plus technique et plus exigeant : la supply chain directe, c’est-à-dire les matières premières, composants et sous-ensembles qui rentrent dans la fabrication des produits vendus.

Quelques concurrents directs existent déjà sur ce créneau, notamment :

  • Cavela
  • Pietra
  • Quelques solutions verticales chinoises très actives sur l’Asie

Mais selon Tim Spencer, ces acteurs se limitent souvent à la phase amont (sourcing + négociation) et ciblent principalement les marques de consommation plutôt que les industriels lourds.

Premier client public : Footprint

Parmi les premiers clients qui ont accepté d’être cités publiquement, on trouve Footprint, une société américaine spécialisée dans les emballages durables à base de fibres végétales.

Pour une entreprise comme Footprint, qui travaille avec des fournisseurs de pulpe, d’additifs chimiques, de moules industriels et d’équipements de thermoformage répartis sur plusieurs continents, la gestion manuelle était devenue un goulot d’étranglement majeur à la croissance.

« Didero nous permet de passer d’un cycle d’approvisionnement de plusieurs semaines à quelques jours seulement sur les flux standards. »

Responsable supply chain – Footprint

Les défis techniques et humains qui restent

Malgré les annonces enthousiastes, plusieurs défis majeurs demeurent :

  • La très grande variabilité des formats et des langages utilisés par les fournisseurs (surtout en Asie)
  • La gestion multilingue et multiculturelle des négociations
  • Les cas où la qualité ou la conformité nécessitent une expertise humaine pointue
  • La résistance au changement dans des directions achats souvent très expérimentées et attachées à leur contrôle
  • Les questions de responsabilité en cas d’erreur coûteuse (matière non conforme, retard critique…)

Tim Spencer en est conscient et répète souvent que l’objectif n’est pas de remplacer les acheteurs, mais de leur permettre de se concentrer sur les 20 % de cas qui créent vraiment de la valeur stratégique.

Perspectives 2026-2028 : vers l’autopilot complet ?

Si Didero parvient à tenir ses promesses, les impacts pourraient être massifs :

  • Réduction de 60 à 80 % du temps passé sur les tâches administratives d’achat
  • Amélioration de 15-30 % des délais d’approvisionnement sur les flux automatisés
  • Diminution significative des erreurs de saisie et des litiges fournisseurs
  • Meilleure visibilité en temps réel sur l’ensemble du pipeline d’achat
  • Libération de capacité pour les acheteurs sur la stratégie, l’innovation fournisseur et la gestion des risques

À plus long terme, la startup imagine même un futur où les agents de Didero négocieraient en autonomie des contrats annuels, anticiperaient les ruptures de stock et proposeraient automatiquement des fournisseurs alternatifs en cas de crise géopolitique ou climatique.

Pourquoi cette levée marque un tournant

Au-delà du montant, cette levée de 30 millions en série A début 2026 envoie plusieurs signaux forts :

  1. Le marché considère désormais l’IA agentique appliquée aux processus industriels comme un secteur stratégique
  2. Les investisseurs corporate (ici Microsoft via M12) commencent à parier très tôt sur des verticales très précises
  3. Les problématiques supply chain restent parmi les plus douloureuses et les plus coûteuses pour les entreprises industrielles
  4. L’approche « agentic » commence à dépasser le stade de la preuve de concept pour entrer dans la phase d’adoption industrielle

Pour toutes ces raisons, Didero fait désormais partie des startups européennes à suivre de très près dans les 18 prochains mois.

Conclusion : la fin du procurement à la main ?

Nous sommes encore loin de l’autopilot total. Mais pour la première fois, une solution semble capable de s’attaquer sérieusement à l’ensemble du cycle — du besoin initial jusqu’au paiement — en environnement industriel réel.

Si Didero parvient à scaler sa technologie, à gagner la confiance des grands groupes industriels et à maintenir une avance technologique, elle pourrait bien devenir l’une des plus belles success stories européennes de l’IA appliquée à l’industrie dans la seconde moitié des années 2020.

En attendant, une chose est sûre : les acheteurs industriels du monde entier ont désormais les yeux rivés sur cette jeune pousse qui veut transformer leur quotidien. Et vous, seriez-vous prêt à laisser une IA gérer une partie significative de vos approvisionnements stratégiques ?

(Environ 3200 mots)

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Steven Soarez
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