Imaginez un futur où votre assistant IA ne se contente plus de répondre à vos questions ou de rédiger vos emails. Il passe à l’action : il décide lui-même quel outil externe il lui faut, souscrit à l’abonnement, règle la facture et intègre le service en quelques secondes… sans que vous ayez à ouvrir le moindre onglet de paiement. Ce scénario, qui semblait tout droit sorti d’un film de science-fiction il y a encore deux ans, commence sérieusement à prendre forme en 2026.

Et c’est précisément sur ce terrain que se positionne une jeune pousse californienne qui fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours dans la Silicon Valley. Avec une levée de fonds impressionnante dès ses premiers mois d’existence, elle ambitionne de devenir le système nerveux financier des agents IA de demain. Accrochez-vous, car l’histoire que nous allons vous raconter pourrait bien redéfinir la façon dont les intelligences artificielles interagissent avec le monde économique réel.

Sapiom : quand les agents IA deviennent des clients à part entière

En plein cœur de San Francisco, Ilan Zerbib, ancien directeur ingénierie des paiements chez Shopify, a fondé l’été dernier une startup qui porte un nom évocateur : Sapiom. Le 5 février 2026, TechCrunch révélait que cette pépite venait de boucler un tour de seed de 15 millions de dollars, mené par Accel et suivi par des investisseurs de très haut niveau : Okta Ventures, Gradient Ventures (Google), Array Ventures, Menlo Ventures, Anthropic et même Coinbase Ventures.

Mais au-delà du montant et du casting impressionnant, c’est surtout la thèse défendue par Ilan Zerbib qui intrigue : créer la couche financière indispensable pour que les agents IA puissent consommer des services payants de manière autonome, sécurisée et sans intervention humaine permanente.

Le problème que personne n’avait vraiment nommé

Depuis l’explosion des outils no-code et « vibe coding » (ces plateformes qui transforment une description en langage naturel en application fonctionnelle), des centaines de milliers de personnes sans compétences techniques profondes ont commencé à prototyper des idées d’applications impressionnantes.

Mais dès qu’il s’agit de passer en production, le mur apparaît : comment connecter son appli à Twilio pour envoyer des SMS ? Comment intégrer Stripe pour encaisser des paiements ? Comment faire tourner un modèle sur des GPU chez un fournisseur cloud ? À chaque fois, il faut créer un compte, renseigner une carte bancaire, récupérer une clé API, la coller dans le code… et surtout assumer la responsabilité financière.

Pour un créateur solo ou une petite équipe, c’est souvent rédhibitoire. Et pour un agent IA autonome, c’est tout simplement impossible aujourd’hui.

« Chaque appel API est en réalité un paiement. Chaque SMS envoyé via Twilio est un paiement. Chaque instance EC2 lancée sur AWS est un paiement. Pourtant, il n’existe aucun moyen simple et sécurisé pour qu’un agent IA puisse réaliser ces paiements de manière autonome. »

Amit Kumar, Partner chez Accel

La vision de Sapiom : une carte bancaire universelle pour les agents

Sapiom se présente comme une infrastructure de paiement spécialisée pour les agents IA. Plutôt que de forcer chaque agent à gérer ses propres identifiants et moyens de paiement, la startup propose une couche intermédiaire intelligente qui :

  • gère l’authentification unique auprès de centaines de fournisseurs de services,
  • autorise et exécute les micro-paiements en temps réel,
  • applique des règles de gouvernance et des garde-fous définis par l’humain ou l’entreprise,
  • facture ensuite ces consommations à l’utilisateur final ou à la plateforme hôte (Lovable, Bolt.new, Replit Agent, etc.),
  • garantit la conformité réglementaire et la sécurité des données financières.

Concrètement, quand un agent IA développé sur une plateforme vibe-coding a besoin d’envoyer 300 SMS pour notifier des utilisateurs, il demande simplement à Sapiom l’autorisation d’utiliser Twilio. Sapiom vérifie les crédits disponibles, les politiques de dépense, effectue le paiement auprès de Twilio et renvoie le token d’accès temporaire à l’agent. L’utilisateur final, lui, voit apparaître une ligne « Twilio via MonApp » sur sa facture mensuelle agrégée.

Pourquoi les investisseurs misent gros dès le départ ?

Le tour de table de Sapiom est particulièrement révélateur des attentes du marché. On retrouve à la fois :

  • des fonds historiques de la Silicon Valley (Accel, Menlo Ventures),
  • des corporate venture de leaders de l’identité et de la sécurité (Okta),
  • le bras VC de Google (Gradient),
  • le fonds d’Anthropic, qui développe des modèles d’IA très avancés,
  • et même Coinbase Ventures, signe que certains anticipent déjà des passerelles entre agents IA et finance décentralisée.

Pour Amit Kumar d’Accel, la clé réside dans le focus B2B et entreprise. Là où beaucoup de startups s’éparpillent sur des cas d’usage grand public (commander un Uber, acheter sur Amazon), Sapiom cible d’abord les flux massifs et prévisibles des entreprises et des plateformes no-code.

Les premiers cas d’usage qui pourraient tout changer

Voici quelques scénarios que Sapiom pourrait débloquer dans les 12 à 24 prochains mois :

  1. Création d’applications métier ultra-spécialisées sans infrastructure manuelle : un responsable logistique décrit son besoin à un agent qui construit l’application, commande les APIs nécessaires (transporteurs, météo, géolocalisation) et les paye automatiquement.
  2. Agents de support client 24/7 avec actions réelles : résolution automatique de litiges incluant remboursements partiels, envoi de SMS d’excuse et reprogrammation de livraison.
  3. Recherche augmentée avec accès payant aux bases de données premium : l’agent décide en temps réel s’il vaut mieux payer 3 $ pour accéder à un rapport sectoriel plutôt que de donner une réponse approximative.
  4. Optimisation dynamique des coûts cloud : l’agent migre automatiquement les workloads vers le fournisseur le moins cher du moment en fonction des prix à la seconde.
  5. Chaînes d’agents interconnectés : un agent marketing commande des visuels à un agent créatif qui lui-même commande du compute GPU à un agent infrastructure… avec une cascade de micro-paiements fluide.

Les défis techniques et réglementaires à relever

Si la vision est séduisante, le chemin reste semé d’embûches. Parmi les principaux défis :

  • Gestion du risque de fraude : comment empêcher un agent mal aligné ou compromis de dépenser des sommes importantes ?
  • Conformité KYC/AML : dans quelle mesure l’agent lui-même doit-il être considéré comme un « client » ?
  • Responsabilité en cas d’erreur : qui paie quand l’IA commande le mauvais service ou dépasse massivement le budget ?
  • Interopérabilité : convaincre des centaines de fournisseurs SaaS d’accepter une nouvelle couche d’abstraction de paiement.
  • Expérience développeur : proposer des SDK et des abstractions suffisamment simples pour que les plateformes no-code les intègrent rapidement.

Ilan Zerbib et son équipe semblent avoir anticipé ces questions en recrutant très tôt des profils issus à la fois de la fintech traditionnelle et de l’IA de pointe.

Et demain ? Vers des agents IA véritablement économiques

Si Sapiom parvient à s’imposer comme le standard de facto, on pourrait assister à une accélération spectaculaire de l’adoption des agents autonomes dans les entreprises. Les coûts d’intégration diminueraient drastiquement, la vitesse d’expérimentation augmenterait, et surtout : l’IA cesserait d’être seulement un outil de productivité pour devenir un véritable acteur économique.

Certains vont même plus loin : dans un monde où les agents peuvent acheter, ils pourraient aussi vendre. On imagine déjà des agents qui génèrent du contenu, le monétisent directement via des micro-transactions, réinvestissent une partie des revenus dans de meilleurs modèles ou plus de compute… et créent ainsi de véritables micro-entreprises autonomes.

Bien entendu, ce futur soulève d’innombrables questions éthiques, juridiques et sociétales. Mais une chose est sûre : avec des levées comme celle de Sapiom, le sujet n’est plus de la science-fiction. Il est déjà en train de s’écrire dans le code et dans les API.

Ce que les créateurs no-code doivent retenir dès aujourd’hui

Si vous construisez actuellement des prototypes avec Cursor, Lovable, Replit Agent ou d’autres outils de vibe coding, voici trois actions concrètes à envisager :

  • Repérez dès maintenant les briques payantes dont votre idée aura besoin (SMS, email transactionnel, paiements, stockage, IA spécialisée…)
  • Documentez précisément les moments où l’humain doit intervenir pour des raisons financières ou de sécurité
  • Surveillez attentivement les annonces de Sapiom et de ses concurrents potentiels : le premier qui proposera une intégration native « zero config payment » risque de devenir incontournable

Car dans cette nouvelle vague d’innovation, la vraie différenciation ne se jouera plus seulement sur la qualité du prompt ou la fluidité de l’interface… mais bien sur la capacité de l’agent à agir concrètement dans le monde réel — et donc à payer pour le faire.

Et vous, pensez-vous que les agents IA devraient avoir leur propre carte bancaire ? Ou préférez-vous garder un contrôle total sur les cordons de la bourse ? Les commentaires sont ouverts.

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Steven Soarez
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