Imaginez un instant une flotte de véhicules qui naviguent seuls dans le chaos urbain, sans jamais hésiter, sans jamais ralentir inutilement, et surtout sans coûter une fortune à opérer. C’est exactement la promesse que Waymo tente de tenir en ce moment même. Derrière les images impressionnantes de ses robotaxis circulant déjà à Los Angeles, Phoenix ou San Francisco se cache une innovation bien plus discrète, mais absolument déterminante : une puce de silicium conçue entièrement en interne.
La révolution silencieuse de Waymo dans la mobilité autonome
Pendant des années, le public a regardé les robotaxis comme des curiosités technologiques. Aujourd’hui, la conversation a changé. Il ne s’agit plus seulement de prouver que la conduite autonome fonctionne. Il s’agit de prouver qu’elle peut devenir rentable. Et pour y parvenir, Waymo a choisi une voie que peu d’acteurs ont osé emprunter jusqu’ici : la verticalisation extrême de son calcul embarqué.
Le sixième système de conduite autonome de la société, déployé dans le véhicule baptisé Ojai, incarne cette nouvelle stratégie. Moins cher à produire, plus simple à entretenir, plus économe en énergie : chaque élément a été pensé pour réduire les coûts. Mais l’élément central de cette transformation reste cette puce ASIC en 5 nanomètres, conçue pour traiter un flux de données monstrueux avant même qu’il n’atteigne le cerveau principal du véhicule.
Pourquoi une puce custom change véritablement la donne
Les véhicules autonomes génèrent une quantité d’informations ahurissante. Le seul Ojai embarque treize caméras haute fidélité. À cela s’ajoutent radars, lidars et autres capteurs. Le volume de données brutes est tel qu’il faut un traitement ultra-rapide et ultra-efficace dès la première étape. C’est précisément le rôle de cette puce maison.
Waymo annonce plus de 1 000 TOPS, soit mille milliards d’opérations par seconde. Ce niveau de performance place le composant dans la même catégorie que le processeur automobile DRIVE AGX Thor de Nvidia, pourtant considéré comme l’une des références du secteur. L’avantage de Waymo ? Une conception spécifiquement optimisée pour son architecture logicielle et matérielle, ce qui se traduit par une efficacité énergétique nettement supérieure.
Un système qui offre une efficacité et des performances inégalées.
Waymo, à propos de sa nouvelle architecture de calcul
Dans des environnements urbains denses, chaque milliseconde compte. La capacité à réagir instantanément à un piéton qui surgit, à un cycliste qui change de trajectoire ou à un véhicule qui freine brusquement dépend directement de la puissance de calcul disponible. Avec cette puce, Waymo affirme disposer d’un atout décisif pour évoluer en toute sécurité dans les villes les plus complexes.
Une intégration verticale poussée à l’extrême
Concevoir sa propre puce n’est pas anodin. Cela demande des compétences rares, des investissements colossaux et une vision à long terme. Waymo a pourtant franchi le pas, prouvant qu’elle ne se contente plus d’assembler des technologies existantes. L’entreprise devient un acteur de semi-conducteurs à part entière, tout en s’appuyant sur un écosystème de partenaires de premier plan.
Parmi les noms cités figurent AMD, Micron, Nvidia, Samsung, Sandisk, Socionext et TSMC. Cette liste révèle une stratégie hybride intelligente : maîtriser le cœur critique du système tout en s’appuyant sur les meilleurs spécialistes pour les autres composants. Le résultat est un équilibre subtil entre indépendance technologique et collaboration industrielle.
Cette approche verticalisée se retrouve également dans la conception globale du robotaxi Ojai. Chaque détail a été repensé pour diminuer les coûts de fabrication, d’exploitation et de maintenance. L’objectif est clair : transformer une prouesse technologique en activité économique viable.
L’expansion rapide des robotaxis Waymo
Pendant que les ingénieurs peaufinent le silicium, les équipes opérationnelles multiplient les ouvertures de service. L’Ojai est désormais accessible à tous les usagers à Los Angeles, Phoenix et San Francisco. D’autres villes se profilent déjà à l’horizon. Cette cadence d’expansion impressionne, mais elle repose sur une base technique solide.
Dans le même temps, d’autres acteurs de la mobilité autonome avancent également. Tesla, Uber et Waymo ont obtenu des autorisations au Nevada pour déployer des services commerciaux dans le comté de Clark, qui inclut Las Vegas. Ensemble, ces permis pourraient concerner jusqu’à 8 000 véhicules sur douze mois. Même si le chiffre réel sera probablement inférieur, l’impact sur la ville pourrait être significatif.
Uber multiplie également les expérimentations : tests anticipés à Londres avec Wayve, lancement d’un service à Zagreb avec Pony.ai et Verne, et courses sans conducteur à Dubaï en partenariat avec Baidu. La concurrence s’intensifie, et chaque acteur cherche l’avantage décisif.
Les levées de fonds qui redessinent le paysage
L’écosystème de la mobilité autonome et électrique ne se limite pas aux géants. Plusieurs startups ont franchi des étapes importantes ces derniers jours. Also, née au sein de Rivian, vient de lever 150 millions de dollars lors d’un tour de table de série D mené par Prysm Capital. Depuis sa sortie de Rivian en mars 2025, la société a déjà collecté 455 millions de dollars.
Initialement positionnée sur les vélos électriques à assistance et les quads utilitaires, Also a élargi son ambition. Elle se présente désormais comme une entreprise technologique spécialisée dans les petits véhicules électriques capables de conduite assistée et autonome. Un accord pluriannuel avec DoorDash pour développer des véhicules de livraison autonomes illustre cette mutation.
Serve Robotics, spécialisée dans les robots de livraison sur trottoir, a quant à elle diversifié ses partenariats après le recul d’Uber. Des accords avec Grubhub et une extension de la collaboration avec DoorDash vers San José et Washington D.C. montrent l’importance de ne jamais dépendre d’un seul client.
- Also : 150 millions de dollars en série D pour accélérer les petits véhicules autonomes
- Serve Robotics : nouveaux partenariats avec Grubhub et extension DoorDash
- Einride : commande de 500 Tesla Semi pour enrichir sa flotte de camions électriques et autonomes
- Grounded : 5 millions de dollars en seed pour personnaliser des fourgons électriques et thermiques
- Vessev : 19 millions de dollars en série A pour ses bateaux hydrofoils électriques
Einride, la société suédoise de camions électriques et autonomes, a conclu un accord avec Tesla portant sur 500 Semi. Ces véhicules seront intégrés progressivement sur vingt-quatre mois, à partir de septembre. Uber, de son côté, a investi dans Zipline, la spécialiste de la livraison par drone, avec l’objectif ambitieux d’atteindre un million de livraisons quotidiennes d’ici fin 2029.
Des questions de sécurité et de régulation qui persistent
Toute avancée technologique s’accompagne de zones d’ombre. L’Idaho National Laboratory mène actuellement une évaluation sur les éventuels risques de sécurité liés aux capteurs lidar d’origine chinoise. L’étude serait financée par un ou plusieurs acteurs de l’industrie des véhicules électriques et autonomes. Plusieurs constructeurs et startups contactés ont affirmé n’être au courant de rien, ce qui ajoute une couche de mystère à l’affaire.
Parallèlement, la NHTSA a interrogé Waymo au sujet d’un accident à basse vitesse impliquant un enfant. Les réponses fournies jusqu’à présent restent largement caviardées, ce qui alimente les débats sur la transparence du secteur.
En Europe, Uber a écopé d’une amende de 825 millions d’euros de la part de l’autorité néerlandaise de protection des données. Le motif : l’utilisation de systèmes automatisés pour suspendre ou désactiver des comptes de chauffeurs sans information suffisante. La conformité réglementaire devient un enjeu aussi critique que la performance technique.
Les autres annonces qui méritent attention
Amazon accélère son service de livraison par drone avec l’ambition de couvrir près de 500 villes américaines d’ici la fin 2026, multipliant par six sa présence actuelle. Bedrock Robotics, fondée par d’anciens de Waymo et Segment, déploie déjà des pelles mécaniques entièrement autonomes sur trois grands chantiers au Nevada et au Texas.
Du côté des constructeurs traditionnels, Genesis a dévoilé le GV90, un SUV électrique sept places destiné à concurrencer le Cadillac Escalade IQ et le Rivian R1S. En Chine, onze constructeurs, dont Tesla, rappellent des millions de véhicules en raison de commandes d’urgence de portes mal conçues, susceptibles de piéger les occupants en cas d’accident ou d’incendie.
Ces rappels rappellent que la transition vers l’électrique et l’autonome ne se fait pas sans ajustements majeurs. La sécurité reste le critère ultime, bien avant les performances de calcul ou les ambitions de déploiement.
Ce que révèle réellement la stratégie de Waymo
La conception d’une puce custom n’est pas qu’un exploit technique. C’est un signal stratégique fort. En maîtrisant le silicium, Waymo réduit sa dépendance aux fournisseurs externes, optimise chaque watt consommé et accélère ses cycles d’amélioration. Dans un secteur où les marges seront longtemps sous pression, chaque gain d’efficacité compte.
Cette approche contraste avec celle d’autres acteurs qui s’appuient davantage sur des solutions standardisées. Nvidia reste un partenaire important, mais Waymo a choisi de ne plus se contenter d’utiliser des composants génériques. La personnalisation extrême devient un levier concurrentiel.
À plus long terme, cette verticalisation pourrait influencer l’ensemble de l’industrie. Les constructeurs automobiles traditionnels observent attentivement. Les startups de livraison autonome s’inspirent déjà de ces logiques d’optimisation. Même les acteurs de la mobilité aérienne urbaine surveillent ces avancées en matière de calcul embarqué.
Vers une mobilité plus accessible et plus durable
Si Waymo parvient à tenir ses promesses de réduction des coûts, le robotaxi pourrait enfin sortir du statut de service premium pour devenir une alternative crédible à la voiture individuelle. Dans les grandes métropoles saturées, cette évolution aurait des conséquences majeures sur la congestion, la pollution et l’occupation de l’espace public.
Les partenariats multipliés autour de la livraison autonome, qu’il s’agisse de robots de trottoir, de drones ou de petits véhicules électriques, complètent ce tableau. La mobilité du futur ne sera pas monocentrique. Elle combinera plusieurs échelles, plusieurs modes et plusieurs niveaux d’autonomie.
Also, Serve Robotics, Einride, Zipline et bien d’autres montrent que l’écosystème se densifie. Les financements restent abondants pour les projets qui démontrent une trajectoire claire vers la rentabilité. La patience des investisseurs n’est cependant pas infinie. Les prochaines années diront qui a su transformer la promesse technologique en modèle économique robuste.
Les défis qui restent à surmonter
Malgré les avancées, plusieurs obstacles demeurent. L’acceptation sociale des véhicules sans conducteur varie fortement selon les régions. Les questions de responsabilité en cas d’accident restent complexes. Les infrastructures urbaines n’ont pas toutes été conçues pour accueillir des flottes massives de robotaxis.
La cyber-sécurité devient également un enjeu central. Plus les véhicules sont connectés et autonomes, plus la surface d’attaque s’élargit. Les investigations en cours sur les capteurs lidar illustrent cette préoccupation croissante. La confiance du public dépendra en grande partie de la capacité du secteur à anticiper et à prévenir ces risques.
Enfin, la question énergétique ne peut être éludée. Même si les robotaxis électriques réduisent les émissions locales, leur déploiement massif augmentera la demande en électricité. L’intégration avec les réseaux intelligents et les énergies renouvelables sera déterminante pour que la transition reste cohérente sur le plan climatique.
Un aperçu de la mobilité de demain
La puce développée par Waymo n’est qu’un élément parmi d’autres, mais elle symbolise parfaitement l’évolution en cours. L’industrie de la mobilité autonome passe d’une phase de démonstration à une phase d’industrialisation. Les performances brutes ne suffisent plus. L’efficacité, la fiabilité et le coût d’exploitation deviennent les vrais critères de succès.
Dans les mois et les années à venir, d’autres annonces de ce type devraient se multiplier. Des puces encore plus spécialisées, des architectures logicielles optimisées, des partenariats industriels renforcés. Chaque acteur cherche l’avantage qui lui permettra de franchir le seuil de la rentabilité.
Pour les usagers, le changement sera progressif mais tangible. Des courses plus fluides, des tarifs potentiellement plus attractifs, une disponibilité accrue dans de nouvelles villes. Pour les villes, une opportunité de repenser l’espace public et de réduire la place de la voiture individuelle. Pour l’industrie, une course de fond où la maîtrise technologique et la discipline économique devront avancer main dans la main.
Waymo a posé un jalon important avec sa puce custom. Reste à voir si cette avance technique se traduira durablement sur le terrain. Une chose est certaine : la mobilité autonome n’est plus un concept futuriste. Elle s’écrit, jour après jour, dans le silicium, dans les rues et dans les bilans des entreprises qui osent investir massivement aujourd’hui pour récolter demain.
Le chemin vers des flottes rentables et massives reste long, mais les fondations techniques se solidifient. Entre innovation de rupture et pragmatisme économique, le secteur entre dans une phase décisive. Et c’est précisément ce qui rend l’actualité de ces dernières semaines si passionnante à suivre.