Imaginez entrer dans une salle de sport, enfiler un masque qui recouvre nez et bouche, appuyer sur un bouton, vous assoir huit minutes… et ressortir avec une lecture aussi précise qu’un laboratoire de performance. Pas de technicien en blouse, pas de chariot encombrant, pas d’attente d’un créneau clinique. C’est exactement la promesse que Pnoe veut tenir avec sa nouvelle génération d’appareil. L’objet intrigue, presque trop : de loin, on dirait un accessoire de film d’action. De près, il prétend transformer l’air que vous expirez en conseils concrets sur l’alimentation, l’entraînement et, à plus long terme, la manière de vieillir.
Quand le laboratoire de souffle sort du labo
Le test métabolique n’a rien d’une lubie récente. Analyser l’oxygène consommé et le dioxyde de carbone rejeté pour comprendre comment le corps fabrique de l’énergie est une pratique vieille de plus d’un siècle. Pendant des décennies, cette méthode a servi de référence pour estimer la VO2 max, autrement dit la quantité maximale d’oxygène que l’organisme peut utiliser à l’effort. Les sportifs de haut niveau et certains programmes de check-up pour dirigeants en ont longtemps eu le quasi-monopole, pour une raison simple : le matériel était lourd, coûteux et réservé aux hôpitaux ou aux centres d’excellence.
Pnoe, société fondée il y a une dizaine d’années, affirme aujourd’hui proposer la même exigence de mesure dans un format portable, accompagné d’un logiciel qui traduit les chiffres en recommandations. La version actuelle demandait encore un opérateur formé. La nouveauté, baptisée Pnoe 2.0 et prévue pour le 1er octobre, change la donne : l’utilisateur peut théoriquement tout faire seul. Selon le cofondateur et directeur général Apostolos Atsalakis, il suffit de porter le masque, d’appuyer, de s’asseoir et de respirer. « C’est aussi simple que ça », résume-t-il.
Un objet qui attire l’œil avant d’attirer les données
Le design n’est pas un détail cosmétique. Le masque recouvre le bas du visage et se fixe derrière la tête. Plusieurs observateurs ont noté une ressemblance avec certains masques de fiction, ce que l’entreprise n’élude pas. Derrière l’esthétique un peu spectaculaire, le cahier des charges était sévère : un appareil assez fiable pour prétendre à une qualité de laboratoire, assez simple pour qu’un client de salle le manipule sans formation longue, assez hygiénique pour que plusieurs personnes partagent l’électronique coûteuse.
Le studio milanais Design Group Italia a multiplié les itérations. Atsalakis insiste sur le volume de prototypes : un dispositif d’analyse métabolique en libre-service n’existait tout simplement pas sous cette forme. Le nouveau modèle est plus compact, avec moins de pièces, ce qui, selon la direction, améliore la robustesse. Autre point sensible après les années de pandémie : qui a porté le masque avant moi ? La réponse technique consiste à séparer l’électronique du silicone et des sangles. Chaque personne peut conserver son propre interface de contact, tandis que le cœur du système circule d’un client à l’autre.
On le porte, on appuie sur le bouton, on s’assoit. C’est tout. C’est aussi facile que ça.
Apostolos Atsalakis, cofondateur et CEO de Pnoe
Ce que le souffle raconte vraiment
L’entreprise affirme capturer 23 biomarqueurs. Au-delà de la VO2 max, le test vise le métabolisme de repos, c’est-à-dire le nombre de calories brûlées sans activité particulière, et la flexibilité métabolique, cette capacité à basculer entre graisses et glucides selon le contexte. Atsalakis défend l’idée que ces indicateurs répondent à des questions que la prise de sang classique ne tranche pas toujours : de combien de calories a-t-on réellement besoin ? Comment structurer une séance pour coller au profil énergétique du jour ?
Il faut rester lucide. Un chiffre de VO2 max n’est pas une baguette magique. C’est un marqueur de condition cardiorespiratoire, de plus en plus cité dans les cercles de longévité parce que plusieurs travaux l’associent à un risque de mortalité plus faible lorsque la valeur est élevée. Le dirigeant de Pnoe va jusqu’à parler du meilleur prédicteur de longévité humaine. Cette formulation est marketing autant que scientifique : la littérature est riche, mais aucun indicateur unique ne résume à lui seul la complexité du vieillissement. Le souffle, toutefois, a un avantage concret. Il reflète en temps réel la manière dont le corps oxyde les substrats, là où une balance connectée ou une montre se contentent souvent d’estimations indirectes.
C’est précisément ce positionnement intermédiaire qui intéresse les salles, les spas et certains groupes hôteliers. Ni bilan hospitalier complet, ni approximation de poignet. Un test d’accueil, une photographie métabolique, puis une suggestion d’offres : programme nutrition, coaching, récupération, suivi. Pnoe ne vend pas au particulier. Elle vend aux entreprises un abonnement qui inclut le matériel, le logiciel, la formation et des outils de communication. La fourchette évoquée va d’environ 400 dollars par mois à plus de 1 000. Le slogan interne ressemble à une « affaire clé en main ».
Pourquoi le moment est favorable
La longévité n’est plus un sujet de niche. En une décennie, le mot est passé des colloques académiques aux newsletters grand public, aux fonds d’investissement et aux clubs haut de gamme. La VO2 max est devenue un totem. Apple, Garmin ou Whoop proposent déjà des estimations à partir du rythme cardiaque. Des objets grand public comme Lumen s’intéressent au souffle pour juger de l’usage des graisses et des sucres. En haut de l’échelle, les chariots métaboliques traditionnels restent la référence des labos.
Pnoe s’installe dans l’interstice. Assez premium pour séduire Equinox, presque tous ses clubs selon le CEO, assez opérationnelle pour intéresser Four Seasons, Red Bull, la NBA, le système de santé Mount Sinai ou la chaîne de med spas Restore Hyper Wellness. Environ 85 % du chiffre d’affaires viendrait des États-Unis, présentés comme le marché le plus mature au monde sur la longévité. L’expansion se poursuit en Europe et, via des partenaires, en Amérique latine et en Asie.
Le timing n’est pas seulement culturel. Il est aussi économique. Les salles cherchent des services différenciants après des années de concurrence sur le prix de l’abonnement. Un test d’entrée qui oriente ensuite vers des coachings payants a une logique commerciale évidente. Les hôtels et spas y voient un rituel d’accueil à forte valeur perçue. Les structures de santé non hospitalières y trouvent un pont entre wellness et suivi, sans franchir encore la ligne du diagnostic médical.
Wellness, pas ordonnance
Pnoe marche sur une ligne fine. L’appareil n’est pas autorisé par la Food and Drug Administration américaine. Atsalakis le dit clairement : l’entreprise ne fournit pas de recommandations médicales. Elle se compare à une balance ou à un outil de composition corporelle. Un médecin ne devrait pas prescrire un traitement sur la seule base de ces résultats. Cette prudence n’est pas qu’une clause juridique. Elle définit le produit : un instrument de bien-être instrumenté, pas un dispositif de diagnostic.
Nous ne fournissons pas de recommandations médicales. C’est comme un appareil de composition corporelle, comme une balance.
Apostolos Atsalakis
La suite du récit est plus ambitieuse. Des chercheurs explorent depuis longtemps les composés du souffle comme signaux possibles de pathologies, y compris certains cancers. Le dirigeant estime que l’accumulation de données pourrait un jour aider à repérer des anomalies. Il reconnaît toutefois que des diagnostics aboutis sont « clairement à quelques années », et que la régulation allongera encore le calendrier. « Nous n’y sommes pas encore », concède-t-il. Cette phrase mérite d’être lue deux fois. Elle protège l’entreprise aujourd’hui. Elle ouvre aussi une perspective de valorisation demain, si le jeu de données devient assez vaste et assez propre pour intéresser la recherche ou les autorités.
Une origine cambridgeenne, un ancrage athénien
L’histoire commence loin des clubs new-yorkais. Atsalakis travaillait sur les technologies de capteurs pendant son doctorat à l’Université de Cambridge. Les wearables explosaient. Lui s’est passionné pour ce que l’air expiré pouvait révéler du fonctionnement interne. Il a cofondé la société avec Panos Papadiamantis, un ami d’enfance devenu directeur produit. Le siège est à Malden, dans le Massachusetts, avec une activité importante à Athènes. Le parcours classique d’une startup deep tech qui a besoin à la fois du marché américain et d’un bassin d’ingénierie européen.
Pnoe est passée par la promotion Winter 2019 de Y Combinator, à une époque où le mot longévité n’avait pas encore la densité industrielle d’aujourd’hui. Depuis, la société a levé environ 22 millions de dollars, dont un tour récent de 11 millions, avec des investisseurs comme 50 Years et Lars Rasmussen, cofondateur de Google Maps, désormais basé à Athènes. Elle emploie environ 110 personnes, affirme être devenue rentable et croître de plus de 100 % par an. Un tour de Série B est envisagé dans les six à douze mois.
Ces chiffres, comme toujours dans ce type de récit, doivent être lus comme des déclarations d’entreprise. La rentabilité annoncée, si elle se confirme, distingue Pnoe d’une génération de sociétés wellness encore en quête de modèle. Le rythme de croissance à trois chiffres, lui, invite à regarder la base : partir d’un volume encore contenu rend les pourcentages spectaculaires. L’essentiel n’est pas le superlatif. C’est la combinaison d’un matériel récurrent, d’un abonnement logiciel et d’une insertion dans les ventes additionnelles des clients B2B.
Le modèle « business in a box »
Vendre uniquement aux professionnels n’est pas un hasard. Un masque de cette nature pose des questions de protocole, d’hygiène, d’interprétation et de responsabilité. En passant par les gyms, hôtels et cliniques de bien-être, Pnoe externalise l’accueil tout en contrôlant le narratif : formation, supports marketing, liaison entre résultats et services vendus sur place. Le test devient un entonnoir. On mesure, on explique, on oriente.
Beaucoup de clients l’utilisent à l’onboarding. C’est malin. Le premier jour dans un club, la personne est disponible, curieuse, parfois un peu perdue face à l’offre. Un protocole de huit minutes crée un moment fort, une histoire à raconter, un plan à suivre. La donnée n’est plus abstraite. Elle justifie un programme, un suivi nutritionnel, une série de séances ciblées. Le risque, inversement, est de transformer un indicateur utile en argument de vente trop appuyé. La frontière entre conseil personnalisé et upsell habillé de science est mince.
- Le matériel reste chez l’établissement, l’électronique se partage.
- Chaque usager conserve son masque silicone pour limiter le contact croisé.
- Le logiciel convertit les gaz en recommandations d’entraînement et d’alimentation.
- L’offre commerciale relie le résultat aux services déjà vendus sur place.
- Le positionnement officiel reste le wellness, pas le diagnostic.
Comparer sans caricaturer
Le marché n’attend personne. D’un côté, les montres et bagues multiplient les scores de forme à partir du pouls, du mouvement, parfois de la température. C’est pratique, quotidien, imparfait. De l’autre, le chariot de laboratoire reste la référence quand un protocole de recherche ou un suivi clinique exige une traçabilité maximale. Entre les deux, des capteurs de souffle grand public tentent de vulgariser le quotient respiratoire. Pnoe joue la carte de la précision portable destinée à un usage encadré en établissement.
| Approche | Ce qu’elle mesure | Cadre d’usage | Limite principale |
| Montres et trackers | Estimation de VO2 max via le cœur | Quotidien, individuel | Indirect, variable selon l’algorithme |
| Capteurs grand public de souffle | Tendance graisses / glucides | Maison | Protocole moins contrôlé |
| Chariot de laboratoire | Gaz expirés de référence | Hôpital, labo sportif | Coût, taille, personnel |
| Pnoe 2.0 | Gaz expirés et 23 biomarqueurs déclarés | Salle, spa, hôtel | Pas d’autorisation FDA, cadre wellness |
Ce tableau n’est pas un palmarès. C’est une carte. Chaque outil répond à une question différente. La montre aide à tenir un rythme. Le labo tranche un protocole. Le masque en salle cherche à rendre visible, en quelques minutes, un profil énergétique assez crédible pour déclencher une conversation utile. La valeur réelle dépendra moins du communiqué de lancement que de la répétabilité des mesures, de la formation des équipes sur place et de l’honnêteté des conseils qui suivent le test.
Huit minutes, vingt-trois indicateurs, une conversation
Huit minutes, ce n’est pas rien et ce n’est pas beaucoup. Assez long pour que le geste paraisse sérieux. Assez court pour s’insérer dans un parcours client. Le repos est central : mesurer le métabolisme de base suppose de limiter l’agitation, les conversations, le café avalé trop tôt. Un self-service mal cadré peut donc produire des données bruyantes. C’est tout l’enjeu du passage à l’autonomie. En retirant l’opérateur, on gagne en scalabilité. On perd un garde-fou humain, sauf si le logiciel et le protocole compensent.
La flexibilité métabolique est un concept séduisant parce qu’il parle à tout le monde. Brûler plus facilement les graisses au repos, basculer vers les glucides à l’effort, éviter de rester coincé dans un seul mode : l’idée est intuitive. En pratique, ces bascules dépendent du jeûne, du sommeil, du niveau d’entraînement, du stress, parfois du cycle hormonal. Un seul passage sous le masque donne une photo, pas un film. Les établissements les plus sérieux devront proposer des retests, des conditions standardisées, une pédagogie qui évite les conclusions définitives après une unique séance assise.
Sur la VO2 max, le débat public oscille entre fascination et simplification. Oui, une meilleure capacité aérobie est associée à de meilleurs pronostics dans de nombreuses cohortes. Non, cela ne signifie pas qu’il faille collectionner les records de tapis pour « gagner des années » comme on collectionne des points. L’intérêt d’un outil comme celui de Pnoe, s’il tient ses promesses de fidélité, est plutôt de sortir des estimations floues et de donner un point de départ individualisé. Ensuite vient le travail ennuyeux : régularité, progressivité, récupération.
Hygiène, confiance et théâtre de la mesure
Partager un objet posé sur le visage n’est jamais anodin. La séparation entre électronique et silicone est une réponse industrielle intelligente. Elle ne dispense pas d’une culture d’usage. Nettoyage, stockage, remplacement des pièces d’usure, consignes claires : le self-service ne survit que si l’expérience reste rassurante. Un doute sur l’hygiène, et le rituel premium s’effondre. C’est aussi pour cela que pharmacies et salles sans personnel dédié sont à la fois une opportunité et un test grandeur nature.
Atsalakis évoque explicitement les pharmacies comme débouché possible. L’idée a du sens commercial : un lieu de passage, une aura santé, un besoin de services au-delà de la boîte de médicaments. Elle soulève aussi des questions d’interprétation. Qui explique le rapport ? Qui évite qu’un client anxieux transforme un métabolisme de repos un peu bas en drame personnel ? Le cadre wellness officiel aide juridiquement. Il ne règle pas la psychologie de la donnée rendue trop visible.
Il y a, dans tout ceci, une dimension théâtrale assumée. Le masque est spectaculaire. Le temps d’attente est ritualisé. Le livrable ressemble à un bulletin de notes du corps. Dans l’économie de l’attention wellness, le théâtre n’est pas un défaut s’il conduit à de meilleurs comportements. Il devient un problème s’il remplace le fond. La réussite de Pnoe 2.0 se jouera donc autant sur la mécanique des gaz que sur la qualité de la conversation après le test.
Données, régulation et horizon clinique
Plus l’usage s’étend, plus le coffre-fort de données grossit. C’est une richesse et une responsabilité. Les profils respiratoires, croisés avec l’âge, le sexe, le niveau d’activité déclaré, les habitudes alimentaires suggérées par les établissements partenaires, peuvent nourrir des modèles. Ils peuvent aussi créer des attentes déraisonnables. Signaler un risque de maladie à partir du souffle n’est pas la même métier que conseiller une zone d’entraînement. Les exigences de validation, de biais, de consentement et de sécurité explosent dès que l’on quitte le terrain du coaching.
L’absence d’autorisation FDA n’est pas un aveu d’échec. C’est un choix de trajectoire. Beaucoup d’acteurs du bien-être connecté restent volontairement hors du statut de dispositif médical pour aller plus vite, vendre plus simplement, itérer le hardware. Le revers est connu : on ne peut pas parler comme un outil clinique tout en refusant le fardeau clinique. Pnoe, pour l’instant, assume cette contradiction avec une formule de balance. Tant que les équipes commerciales et les partenaires respectent ce cadre, le discours tient. Le jour où un slogan glisse vers la promesse thérapeutique, le régulateur n’aura pas besoin qu’on le cherche.
Le scénario le plus intéressant n’est d’ailleurs pas le grand soir du diagnostic par l’haleine. C’est une série d’usages intermédiaires plus modestes : suivi de la réponse à un programme d’endurance, détection d’une perte de condition après une blessure, individualisation d’un plan alimentaire en période de perte de poids, comparaison avant et après un protocole de récupération. Moins glamour que le mot cancer. Plus réaliste à court terme.
Ce que cette startup dit du marché de la longévité
Pnoe est un cas d’école. Une intuition née dans un labo de capteurs. Un passage accélérateur. Un produit d’abord opéré par des professionnels. Puis une tentative de self-service pour multiplier les points de contact. Des clients prestigieux qui servent de preuve sociale. Un narratif longévité qui habille une mesure plus ancienne que l’entreprise elle-même. Rien de cynique là-dedans : c’est ainsi que se construisent souvent les catégories. On prend une méthode d’experts, on la compacte, on l’habille, on la vend là où les gens paient déjà pour se sentir mieux.
Le marché américain, décrit comme le plus avancé, fonctionne comme une caisse de résonance. Clubs premium, exécutifs sensibles au scoring de soi, culture du quantifié, appétit pour les protocoles. L’Europe avance, mais avec d’autres freins : sensibilité au discours médical, contraintes d’affichage, rapport différent à l’abonnement wellness. L’Asie et l’Amérique latine, abordées via des partenaires, poseront la question de l’adaptation culturelle du rituel autant que celle du prix.
On peut aimer l’objet et rester exigeant. Un masque plus petit, plus fiable, plus simple à enfiler, c’est un progrès d’ingénierie. Une base de 23 indicateurs, c’est une promesse à vérifier étude après étude, site après site. Une rentabilité déclarée, c’est un signal rare dans un secteur où l’on confond parfois levée de fonds et produit-marché. Une Série B en préparation, c’est le moment où les investisseurs demanderont si le self-service tient vraiment sans dégrader la qualité de la mesure.
Limites, doutes utiles et critères de lecture
Avant de célébrer la démocratisation, quelques questions méritent d’être posées à voix haute. Quelle est la concordance réelle avec un chariot de référence dans des conditions de salle bruyante ? Quelle est la variabilité d’un test à l’autre chez la même personne si le dernier repas, le sommeil ou le stress changent ? Comment le logiciel hiérarchise-t-il ses conseils pour éviter le catalogue universel de bonnes pratiques ? Que devient la donnée lorsque le client quitte l’établissement ? Autant de points que l’article de lancement n’a pas vocation à trancher, mais qu’un acheteur professionnel devrait exiger.
Il faut aussi parler d’inclusion. Les protocoles respiratoires peuvent être inconfortables pour certaines personnes anxieuses, claustrophobes, ou simplement gênées par un objet sur le visage. Un design inspiré malgré lui de figures menaçantes de la pop culture n’aide pas forcément. L’entreprise a raison de soigner l’itération formelle. Le confort n’est pas un luxe. C’est une condition de mesure. On respire mal dans un masque qui stress. On fausse alors précisément ce que l’on prétend observer.
- Exiger un protocole de calibration et de comparaison publié ou au moins partageable avec les comptes clés.
- Former le personnel à expliquer les limites autant que les scores.
- Standardiser l’heure, l’alimentation préalable et la posture du test.
- Prévoir des masques individuels réellement suivis, pas seulement « disponibles ».
- Résister à la tentation d’annoncer des diagnostics que le statut réglementaire n’autorise pas.
Au-delà du gadget : une culture de la mesure
Le succès d’un tel produit ne se jugera pas uniquement au nombre de masques déployés. Il se jugera à la culture qu’il installe. Si les salles l’utilisent comme un feu d’artifice d’accueil, l’effet s’essoufflera. Si elles en font un fil rouge, avec des mesures répétées, des ajustements d’entraînement et une pédagogie sobre, alors l’objet aura justifié son étrangeté visuelle. La donnée du souffle a ceci de particulier qu’elle est intime sans être invasive au sens d’une prise de sang. Elle se prête au récit. Elle se prête aussi à l’illusion de tout comprendre en une séance.
Les fondateurs viennent d’un monde de capteurs. Ils ont vu les wearables passer du tour de bras confidentiel à l’accessoire quotidien. Leur pari est que le souffle suivra une courbe comparable, à condition de quitter le labo. Le self-service est la pièce manquante de cette équation. Sans lui, le coût humain reste trop élevé pour sortir des clubs d’élite. Avec lui, le risque est la banalisation bâclée. Toute la suite dépend de cet équilibre.
On peut, pour finir, élargir le regard. Chaque génération technologique cherche un nouveau tableau de bord du vivant : le poids, le rythme cardiaque, le sommeil, la glycémie en continu, désormais les gaz expirés. Aucun de ces tableaux n’abolit la nécessité de bouger, de dormir, de manger avec un minimum de constance. Ils peuvent seulement rendre le flou un peu moins flou. C’est déjà beaucoup, à condition de ne pas transformer chaque courbe en verdict moral.
Ce qu’il faut retenir avant octobre
Pnoe 2.0 n’invente pas la calorimétrie indirecte. Elle tente de la rendre assez simple pour qu’une salle sans spécialiste dédié l’intègre à son parcours. Le masque se détache de l’électronique. Le test vise une poignée de minutes. Le discours officiel reste celui d’un outil de bien-être. Les clients affichés vont du club premium à l’hôtel, en passant par le sport de haut niveau et certaines structures de santé. L’entreprise, née d’un travail de thèse et d’une amitié d’enfance, a grandi avec Y Combinator, des dizaines de millions levés et une bascule annoncée vers la rentabilité.
Le 1er octobre n’est pas une révolution biologique. C’est un test industriel. Tenir la précision sans l’opérateur. Rassurer sur l’hygiène. Éviter le sur-promesse médicale. Convaincre des réseaux européens et asiatiques que le rituel américain de la longévité se traduit ailleurs. Si ces conditions sont réunies, le souffle quittera un peu plus les laboratoires pour devenir un service parmi d’autres, visible, tarifé, racontable. Sinon, l’objet restera ce qu’il est déjà à première vue : une silhouette marquante, fascinante, encore en quête d’un usage aussi sobre que sa science le mérite.
En attendant, la leçon dépasse la seule startup. Dès qu’une mesure quitte le labo, elle change de nature. Elle entre dans le commerce, dans le théâtre de la performance, dans les habitudes d’un public qui veut des réponses nettes à des questions troubles. Le masque de Pnoe, Bane ou pas Bane, n’est qu’un support. Ce qui compte, c’est la manière dont on lira l’air qui en sort. Avec curiosité, oui. Avec méthode, surtout. Et avec cette discipline rare, dans le wellness contemporain, qui consiste à ne pas faire dire au corps plus qu’il n’a murmuré.