Imaginez un monde où, du jour au lendemain, votre poste devient optionnel. Pas parce que vous avez mal travaillé, mais parce qu’une machine invisible, infatigable et qui ne demande jamais d’augmentation, fait exactement la même chose… en mieux, plus vite et pour presque rien. Cette vision, qui semblait encore futuriste il y a deux ans, est en train de devenir le scénario le plus probable pour 2026 selon certains des investisseurs les plus influents de la Silicon Valley.

Alors que nous entrons dans la nouvelle année, les regards se tournent vers l’intelligence artificielle non plus comme un gadget ou un outil d’assistance, mais comme une force de disruption massive sur le marché du travail. Les chiffres sont déjà alarmants et les déclarations des venture capitalists, encore plus explicites.

2026 : l’année où l’IA cesse d’augmenter… et commence à remplacer

Depuis l’émergence fulgurante de ChatGPT fin 2022, le discours dominant autour de l’IA consistait à répéter en boucle que « l’IA ne remplacera pas les humains, mais les humains qui utilisent l’IA remplaceront ceux qui ne l’utilisent pas ». Cette phrase rassurante semble aujourd’hui appartenir à une autre époque.

En cette fin 2025, plusieurs figures majeures du capital-risque américain affirment sans détour que 2026 marquera le passage d’une phase d’augmentation à une phase d’automatisation complète et donc de substitution de la main-d’œuvre humaine dans de nombreux domaines.

Les prédictions sans filtre des investisseurs

Eric Bahn, cofondateur de Hustle Fund, ne cache pas son anticipation :

« Je veux voir quels rôles répétitifs vont être automatisés, mais aussi quels rôles plus complexes, qui demandent de la logique, vont basculer. Est-ce que cela va provoquer plus de licenciements ? Plus de productivité ? Ou simplement une augmentation massive des capacités humaines ? Tout cela reste ouvert… mais quelque chose de très important va se produire en 2026. »

Eric Bahn – Hustle Fund

De son côté, Marell Evans d’Exceptional Capital va encore plus loin en prédisant un transfert budgétaire clair :

« À mesure que les budgets IA augmentent, nous allons voir les budgets salariaux et les embauches diminuer. Les licenciements vont continuer à peser fortement sur le taux de chômage américain. »

Marell Evans – Exceptional Capital

Jason Mendel de Battery Ventures enfonce le clou en annonçant le grand tournant :

« 2026 sera l’année des agents. Le logiciel va passer de la simple augmentation de la productivité humaine à l’automatisation complète du travail, concrétisant enfin la promesse de substitution du travail humain dans plusieurs domaines. »

Jason Mendel – Battery Ventures

Des signaux déjà très concrets en 2025

Ces déclarations ne sortent pas de nulle part. Plusieurs indicateurs mesurables montrent que la machine est déjà en marche :

  • Une étude du MIT datant de novembre 2025 estime que 11,7 % des emplois peuvent d’ores et déjà être automatisés avec les technologies actuelles.
  • De nombreuses entreprises ont explicitement mentionné l’IA comme justification de suppressions de postes lors des vagues de licenciements de 2024 et 2025.
  • Les offres d’emploi d’entrée de gamme dans plusieurs secteurs (support client, rédaction, analyse de données simple, community management…) ont chuté de manière spectaculaire depuis mi-2024.
  • Les plus grosses entreprises technologiques ont massivement investi dans des AI agents capables d’enchaîner des dizaines d’actions complexes sans intervention humaine.

Tous ces éléments convergent vers une seule conclusion : 2026 ne sera pas une année de transition douce, mais bien l’année du basculement.

Quels métiers sont les plus menacés ?

Contrairement à ce que l’on pouvait penser il y a encore deux ans, ce ne sont plus seulement les emplois très répétitifs qui sont concernés. Voici les catégories qui cristallisent les plus grosses inquiétudes pour 2026 :

  • Support client niveau 1 et 2 → remplacé par des agents conversationnels multilingues ultra-réactifs
  • Rédaction de contenu basique et SEO → déjà très impactée, la tendance va s’accélérer avec les modèles multimodaux
  • Analyse financière et reporting → les agents financiers deviennent capables de produire des rapports complets en quelques secondes
  • Community management et modération → l’automatisation de la détection de contenus sensibles progresse très vite
  • Développement logiciel junior → les agents codeurs (type Cursor, Devin, Replit Agent…) écrivent déjà des applications entières
  • Tâches administratives et back-office → traitement automatisé des factures, gestion des congés, onboarding RH
  • Ventes & qualification de leads → les SDR virtuels prennent le relais sur les premiers échanges

À l’inverse, certains métiers semblent pour l’instant relativement protégés : les postes très créatifs nécessitant une vraie vision stratégique, les métiers relationnels très humains (thérapie, enseignement primaire, soins aux personnes âgées), les rôles nécessitant une responsabilité pénale ou éthique forte, et les métiers physiques très manuels en environnement non structuré.

L’argument du « deep work » remis en question

Face à ces prévisions inquiétantes, beaucoup d’entreprises d’IA et certains dirigeants continuent d’affirmer que l’intelligence artificielle va surtout permettre aux collaborateurs de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée : le fameux deep work.

Mais cette promesse est de plus en plus contestée. D’abord parce que dans la réalité, quand une entreprise économise 30 % sur une masse salariale grâce à l’IA, elle ne réembauche généralement pas ces 30 % sous forme de postes ultra-qualifiés. Elle encaisse l’économie ou la redistribue aux actionnaires.

Ensuite parce que même les postes à haute valeur ajoutée ne sont pas totalement à l’abri. Un ingénieur produit senior qui passait 40 % de son temps sur des tâches ingrates va peut-être gagner en efficacité… mais si l’entreprise décide finalement qu’un agent peut gérer 80 % de ce que faisait cet ingénieur, le poste disparaît quand même.

Les entreprises utiliseront-elles l’IA comme alibi ?

Antonia Dean, partenaire chez Black Operator Ventures, pointe un phénomène déjà observable :

« Même les entreprises qui ne maîtrisent pas encore réellement l’IA vont brandir cet argument pour justifier des coupes budgétaires ou des réductions d’effectifs. L’IA devient l’excuse parfaite pour masquer des erreurs stratégiques antérieures. »

Antonia Dean – Black Operator Ventures

Cette stratégie de communication risque de rendre encore plus floue la frontière entre vrai impact de l’IA et prétextes opportunistes.

Quelles réponses collectives envisager ?

Face à cette vague qui s’annonce, plusieurs pistes sont déjà évoquées, même si aucune ne fait consensus :

  • La mise en place d’un revenu universel de base financé par une taxe sur les entreprises les plus automatisées
  • Une réduction massive du temps de travail (semaine de 4 jours généralisée, voire moins)
  • Une réorientation massive des formations vers les compétences que l’IA maîtrise mal : empathie, créativité stratégique, éthique complexe, gestion de crise humaine
  • Une régulation plus stricte sur l’usage de l’IA dans les processus de décision RH
  • Le développement de coopératives de travailleurs propriétaires de leurs propres agents IA

Aucune de ces solutions ne semble pouvoir être déployée à grande échelle dès 2026. Nous risquons donc d’assister à une période de forte tension sociale avant que de nouvelles formes d’organisation du travail ne s’inventent.

Et si 2026 marquait aussi l’émergence de nouveaux métiers ?

Pour équilibrer le tableau, il faut aussi reconnaître que toute grande vague technologique a créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruit… à moyen et long terme.

2026 pourrait donc être l’année où l’on verra apparaître massivement :

  • des prompt engineers spécialisés par industrie
  • des auditeurs d’agents IA (vérification éthique et factuelle)
  • des architectes d’orchestration multi-agents
  • des formateurs humains pour agents IA
  • des spécialistes en alignment et safety à grande échelle
  • des concepteurs d’expériences hybrides humain-IA

Ces nouveaux rôles pourraient compenser une partie des pertes… mais probablement pas au même rythme ni pour les mêmes populations.

Conclusion : préparez-vous dès maintenant

Que l’on soit salarié, dirigeant, étudiant, investisseur ou décideur public, 2026 ne sera pas une année comme les autres. L’intelligence artificielle va cesser d’être un sujet technologique pour devenir un sujet profondément social, économique et politique.

Ceux qui auront anticipé cette bascule – en apprenant à orchestrer des agents, en repensant leurs processus, en sécurisant leurs compétences les plus humaines ou en investissant dans les infrastructures de l’IA autonome – sortiront probablement renforcés.

Les autres risquent de se réveiller dans un monde où leur valeur sur le marché du travail a été divisée par dix… presque du jour au lendemain.

Le compte à rebours est lancé. 2026 approche à grande vitesse.

Et vous, de quel côté de la fracture voulez-vous vous trouver ?

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Steven Soarez
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