Imaginez une fusée plus haute qu’un immeuble de trente étages, capable de redécoller après avoir déposé sa charge utile, et qui enchaine les vols à un rythme que peu auraient osé prédire il y a encore deux ans. C’est exactement ce que Blue Origin est en train d’écrire dans l’histoire de l’accès à l’espace en ce début 2026. Alors que la concurrence fait rage entre les géants du New Space, l’entreprise fondée par Jeff Bezos accélère de manière impressionnante avec son lanceur lourd New Glenn.

Le 22 janvier 2026, l’information est tombée : le troisième vol de New Glenn est programmé pour la fin février. Une cadence fulgurante pour un engin qui a mis plus de quinze ans à passer du dessin à la réalité. Mais ce qui intrigue le plus, c’est la destination de cette mission : pas la Lune comme certains l’espéraient, mais une orbite terrestre basse au profit d’AST SpaceMobile. Un choix qui soulève de nombreuses questions sur la stratégie actuelle de Blue Origin.

New Glenn : la fusée qui veut changer la donne

Avec ses 98 mètres de haut, New Glenn se place directement dans la catégorie des lanceurs super-lourds. Sa capacité d’emport vers l’orbite basse est annoncée à 45 tonnes, ce qui le met en concurrence directe avec le Falcon Heavy de SpaceX et, à terme, avec Starship. Mais là où Blue Origin marque des points, c’est sur la réutilisation systématique du premier étage, élément le plus coûteux d’une fusée.

Pour ce troisième vol, l’entreprise prévoit de réutiliser le booster ayant déjà volé en novembre 2025. Après avoir accompli sa mission, celui-ci s’est posé avec précision sur une barge en mer, exactement comme le font les Falcon 9 depuis des années. Cette maîtrise croissante de la récupération marque un tournant décisif : Blue Origin n’est plus seulement un acteur du tourisme suborbital avec New Shepard, mais un sérieux prétendant au marché des lancements orbitaux commerciaux.

Un calendrier spatial surchargé en février 2026

Le mois de février 2026 s’annonce comme l’un des plus intenses de l’histoire récente de l’exploration spatiale. Entre la possible mission Artemis II de la NASA (premier vol habité autour de la Lune depuis 1972), les essais de la version 3 de Starship par SpaceX et la rotation d’équipage Crew-12 vers l’ISS, le troisième vol de New Glenn arrive dans un contexte extrêmement compétitif.

Cette densité d’activités reflète l’accélération globale du secteur. Là où les lancements orbitaux se comptaient sur les doigts d’une main chaque année dans les années 2000, on parle désormais de plusieurs missions majeures par semaine. Blue Origin, en s’inscrivant dans ce rythme, montre qu’elle entend bien prendre toute sa place dans cette nouvelle ère.

« Nous construisons la cadence industrielle nécessaire pour rendre l’accès à l’espace routinier et abordable. »

Porte-parole de Blue Origin, janvier 2026

AST SpaceMobile : le client qui monte en puissance

Le choix d’emporter un satellite AST SpaceMobile plutôt qu’un atterrisseur lunaire Blue Moon surprend. AST SpaceMobile développe un réseau de téléphonie cellulaire depuis l’espace, permettant aux smartphones classiques de se connecter directement aux satellites sans passer par des stations terrestres. L’entreprise texane a déjà lancé plusieurs prototypes et prépare maintenant le déploiement de sa constellation commerciale.

Blue Origin a signé un contrat plurilancements avec AST SpaceMobile. Ce troisième vol New Glenn constituera donc la deuxième mission commerciale pour le lanceur après une première charge utile en 2025. Ce partenariat stratégique permet à Blue Origin de sécuriser des revenus réguliers tout en accumulant des données de vol précieuses pour fiabiliser le système.

  • Objectif AST SpaceMobile : couverture cellulaire mondiale depuis l’orbite
  • Partenariat multi-lancements signé avec Blue Origin
  • Deuxième charge utile commerciale pour New Glenn
  • Satellite de grande taille nécessitant un lanceur puissant

Blue Moon MK1 en attente : pourquoi le report lunaire ?

L’atterrisseur lunaire Blue Moon Mark 1 poursuit son chemin, mais loin des feux des projecteurs pour l’instant. L’engin est actuellement en route vers le centre Johnson de la NASA à Houston pour des essais en chambre à vide. Ces tests thermiques et de compatibilité sont indispensables avant tout vol vers la Lune.

Plusieurs raisons peuvent expliquer le report de la mission lunaire : complexité technique plus importante que prévu, nécessité de démontrer la fiabilité du lanceur sur plusieurs vols orbitaux avant un voyage interplanétaire, ou encore opportunité commerciale plus immédiate avec AST SpaceMobile. Blue Origin reste très discrète sur les motivations exactes.

TeraWave : Blue Origin se lance dans l’internet spatial

En parallèle de ses activités de lanceur, Blue Origin a créé la surprise en novembre 2025 en dévoilant TeraWave, sa propre constellation de satellites internet en orbite basse. Le projet vise à concurrencer Starlink (SpaceX), OneWeb, Amazon Kuiper et bien d’autres.

Le déploiement est prévu à partir de fin 2027, ce qui place Blue Origin parmi les acteurs les plus tardifs sur ce marché déjà très encombré. Toutefois, l’entreprise compte sur la puissance de New Glenn pour placer plusieurs satellites à la fois, réduisant ainsi le nombre de lancements nécessaires et donc les coûts.

ConstellationOpérateur1er lancement prévuNombre satellites visé
StarlinkSpaceX2019> 12 000
Project KuiperAmazon2024-20253 236
TeraWaveBlue Originfin 2027non communiqué

La super-version de New Glenn : un monstre en préparation

En novembre 2025, Blue Origin a présenté une version super-lourde de New Glenn, dépassant même la hauteur mythique de la Saturn V (110 mètres contre 98 m pour la version actuelle). Cette variante pourrait emporter plus de 100 tonnes en orbite basse, se plaçant ainsi au niveau des capacités annoncées pour Starship.

Cette annonce montre que Blue Origin ne compte pas se contenter de rattraper son retard : l’entreprise vise clairement la suprématie dans la catégorie des très gros lanceurs réutilisables. Avec cette version, les missions vers la Lune, Mars et les stations spatiales privées deviennent envisageables à des coûts compétitifs.

Blue Ring : la plateforme logistique orbitale

Autre projet ambitieux dévoilé récemment : Blue Ring. Ce vaisseau modulaire en orbite servira de plateforme logistique, capable d’accueillir, de stocker et de déployer des charges utiles pour des tiers. Blue Ring pourrait devenir une sorte de « hub » orbital facilitant l’assemblage de grandes structures spatiales ou le ravitaillement de missions lointaines.

Ce concept rappelle les projets de stations-services orbitales ou de dépôts de carburant que plusieurs entreprises étudient pour rendre les voyages interplanétaires plus réalistes. Blue Origin positionne ainsi son écosystème complet : lanceur, atterrisseur lunaire, constellation internet et infrastructure orbitale.

Blue Origin face à la concurrence

En 2026, le paysage du New Space a considérablement évolué. SpaceX domine avec plus de 100 lancements par an et une constellation Starlink qui compte déjà plusieurs milliers de satellites opérationnels. Rocket Lab s’impose sur le marché des petits lanceurs, tandis qu’Arianespace, ULA et d’autres acteurs traditionnels tentent de moderniser leur offre.

Blue Origin arrive donc dans un marché mature et très concurrentiel. Son avantage réside dans la puissance financière de Jeff Bezos, la capacité à développer plusieurs projets en parallèle et une approche méthodique qui contraste avec la prise de risque élevée de SpaceX. Reste à transformer cette stratégie en parts de marché significatives.

Quel avenir pour le tourisme spatial Blue Origin ?

Si New Glenn marque l’entrée de Blue Origin dans le monde des lancements orbitaux, le programme New Shepard continue de proposer des vols suborbitaux à des passagers privés. Ces missions, bien que limitées à quelques minutes au-dessus de la ligne de Kármán, permettent à l’entreprise d’entretenir son image et de former ses équipes aux opérations spatiales.

Certains observateurs estiment que Blue Origin pourrait à terme proposer des vols orbitaux habités avec une capsule dérivée des technologies développées pour New Shepard et Blue Moon. Pour l’instant, aucune annonce officielle n’a été faite dans ce sens.

Conclusion : Blue Origin change de braquet

Le troisième vol de New Glenn prévu fin février 2026 symbolise une nouvelle phase pour Blue Origin. Après des années de développement discret et la moquerie de certains concurrents sur les délais, l’entreprise montre qu’elle peut désormais enchaîner les vols et signer des contrats commerciaux significatifs.

Entre réutilisation maîtrisée, diversification avec TeraWave et Blue Ring, et ambitions lunaires toujours d’actualité, Blue Origin construit patiemment un empire spatial intégré. La route reste longue face à SpaceX, mais la trajectoire des derniers mois force le respect. L’année 2026 pourrait bien marquer le véritable décollage de cette entreprise qui porte depuis toujours de très hautes ambitions.

Le secteur spatial privé n’a jamais été aussi passionnant. Et si le troisième vol de New Glenn se déroule comme prévu, il faudra compter avec Blue Origin dans la course à la nouvelle économie spatiale qui s’ouvre devant nous.

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Steven Soarez
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