Imaginez un instant : vous ouvrez votre smartphone, vous faites défiler l’écran d’accueil… et vous réalisez que vous n’avez quasiment plus installé de nouvelle application depuis des mois. Vous n’êtes pas seul. En 2025, pour la cinquième année consécutive, le nombre total de téléchargements d’applications mobiles a reculé à l’échelle mondiale. Pourtant, paradoxalement, jamais les utilisateurs n’ont autant dépensé dans ces mêmes applications.

106,9 milliards de téléchargements contre près de 156 milliards de dollars dépensés : ce contraste saisissant résume parfaitement la nouvelle réalité de l’économie mobile. Les chiffres, publiés par la firme d’analyse Appfigures dans son rapport annuel très attendu, montrent une industrie qui a su se réinventer en profondeur.

Quand moins devient plus : la métamorphose de l’app economy

Depuis le pic historique de 135 milliards de téléchargements atteint en pleine pandémie en 2020, la courbe s’est inexorablement infléchie. 2021, 2022, 2023, 2024… et maintenant 2025 : chaque année confirme la tendance. Mais derrière cette apparente contraction se cache une transformation bien plus profonde et surtout bien plus rentable.

Les développeurs et les éditeurs ont compris une chose essentielle : il est souvent plus efficace (et moins coûteux) de maximiser la valeur d’un utilisateur existant plutôt que d’en acquérir sans cesse de nouveaux à prix d’or. Résultat ? Une explosion spectaculaire des modèles dits « récurrents » : abonnements, achats intégrés premium, pass saisonniers, etc.

Les abonnements : nouvelle locomotive de la croissance mobile

Le grand gagnant de 2025 s’appelle sans conteste le modèle par abonnement. Les applications de productivité, de bien-être, d’apprentissage, de rencontres, de fitness, de méditation… toutes catégories confondues ont massivement adopté cette approche.

Pourquoi un tel succès ? Parce que l’utilisateur moderne préfère souvent payer un petit montant régulier pour une expérience sans publicité et sans friction plutôt que de subir des écrans de pub toutes les 30 secondes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Dépenses totales consommateurs : 155,8 milliards $ (+21,6 % vs 2024)
  • Dont applications non-jeux : 82,6 milliards $ (+33,9 %)
  • États-Unis uniquement : 33,6 milliards $ sur les apps non-jeux (+26,8 %)

Le segment non-jeux dépasse désormais largement les jeux vidéo en valeur, alors qu’il y a encore cinq ans la situation était inverse.

« Les abonnements ne sont plus une option parmi d’autres, ils sont devenus la colonne vertébrale de la monétisation mobile pour les applications sérieuses. »

Observation tirée du rapport Appfigures 2025

Les jeux mobiles : toujours puissants, mais moins dominants

Les jeux mobiles restent un pilier colossal : 72,2 milliards de dollars dépensés (+10 %) et 39,4 milliards de téléchargements (-8,6 %). Mais leur part relative dans le gâteau total n’a cessé de diminuer.

Autrefois responsables de 70 à 75 % des dépenses in-app, les jeux ne représentent plus « que » 46 % en 2025. Cette redistribution progressive profite logiquement aux applications utilitaires et de divertissement non-ludique.

Les hyper-casual games, très téléchargés mais très peu monétisés, ont particulièrement souffert. Beaucoup de studios ont pivoté vers des mécaniques plus engageantes et surtout plus rémunératrices sur le long terme.

États-Unis : un marché encore plus mature

Outre-Atlantique, la tendance est encore plus marquée. Avec seulement 10 milliards de téléchargements (-4,2 %), les Américains ont tout de même dépensé 55,5 milliards de dollars (+18,1 %).

CatégorieDépenses 2025ÉvolutionTéléchargements 2025
Total apps55,5 milliards $+18,1 %10 milliards
Non-jeux33,6 milliards $+26,8 %7,1 milliards
Jeux21,9 milliards $+6,8 %2,9 milliards

Ce tableau illustre clairement la préférence croissante des consommateurs américains pour des applications payantes ou par abonnement plutôt que pour des jeux gratuits financés par la publicité.

Les startups qui profitent de cette nouvelle donne

Cette mutation profonde de l’économie des applications n’a pas seulement profité aux éditeurs finaux. Tout un écosystème de startups s’est développé autour de la monétisation récurrente et de la rétention utilisateur.

Certaines sociétés sont devenues des acteurs incontournables :

  • RevenueCat → plateforme de gestion d’abonnements cross-platform, a levé 50 millions $ en Série C
  • Appcharge → spécialisée dans l’optimisation de la monétisation pour jeux mobiles, 58 millions $ en Série B
  • Liftoff Mobile → acteur majeur du marketing et de la monétisation apps, a déposé son dossier d’introduction en bourse

Ces levées de fonds massives et ces mouvements stratégiques montrent que les investisseurs croient fermement à la poursuite de cette tendance vers des revenus récurrents et prévisibles.

Pourquoi les téléchargements continuent-ils de baisser ?

Plusieurs facteurs expliquent cette érosion continue :

  1. La maturité du marché : la plupart des personnes qui veulent un smartphone en ont déjà un
  2. La saturation des écrans d’accueil : les utilisateurs hésitent à installer de nouvelles apps
  3. La concurrence des Progressive Web Apps (PWA) et mini-apps (WeChat style)
  4. Les politiques anti-tracking (iOS App Tracking Transparency notamment)
  5. La lassitude face aux apps peu qualitatives ou trop publicitaires

Ces éléments combinés créent un environnement où acquérir un nouvel utilisateur coûte de plus en plus cher, poussant les acteurs rationnels à se concentrer sur la monétisation de leur base existante.

Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ?

Tout porte à croire que la tendance va se poursuivre, voire s’accentuer. Plusieurs éléments plaident en ce sens :

  • La génération Z et Alpha sont habituées dès le plus jeune âge aux paiements numériques
  • Les grandes plateformes (Apple, Google) poussent elles-mêmes les abonnements via des outils toujours plus performants
  • Les applications de santé, fitness, éducation et productivité ont encore d’énormes marges de progression
  • L’intelligence artificielle intégrée dans les apps crée de nouvelles opportunités de valeur perçue élevée

En parallèle, les jeux mobiles devraient continuer à se polariser : d’un côté les blockbusters AAA-like avec budgets conséquents et monétisation hybride très sophistiquée, de l’autre une multitude de petits jeux indépendants qui misent sur des niches très spécifiques et des communautés fidèles.

Ce que les entrepreneurs et créateurs doivent retenir

Si vous envisagez de lancer une application en 2026, voici quelques leçons tirées de l’année 2025 :

  • Priorisez la rétention dès le premier jour plutôt que l’acquisition massive
  • Construisez une proposition de valeur qui justifie un paiement récurrent
  • Testez très tôt différents modèles de monétisation (freemium, abonnement pur, achat unique + upsell)
  • Investissez massivement dans le onboarding et la première heure d’utilisation
  • Ne négligez pas les outils d’analyse de cohortes et de LTV (Lifetime Value)
  • Envisagez dès le départ une stratégie multi-plateforme (iOS + Android + éventuellement web)

Les applications qui réussiront demain seront celles qui parviennent à créer une véritable relation de confiance et de valeur continue avec leurs utilisateurs, au lieu de chercher à maximiser le nombre d’installations à court terme.

Conclusion : la fin de l’ère du volume, l’avènement de la valeur

L’histoire de l’économie mobile en 2025 pourrait se résumer en une phrase : moins de téléchargements, mais tellement plus de valeur extraite par utilisateur.

Ce pivot stratégique, forcé par la saturation du marché et la hausse des coûts d’acquisition, a finalement profité à toute la chaîne : développeurs plus rentables, utilisateurs mieux servis (moins de pubs, plus de qualité), investisseurs enthousiastes et tout un écosystème de startups qui fleurit autour de cette nouvelle réalité.

Reste une question ouverte : jusqu’où ira cette concentration sur la monétisation récurrente ? Y aura-t-il un jour une forme de ras-le-bol généralisé face à la multiplication des abonnements ? Ou au contraire, les consommateurs continueront-ils d’accepter – voire de réclamer – de payer pour des expériences premium sans publicité ?

Une chose est sûre : l’année 2025 aura marqué un tournant décisif. L’ère du « gratuit » financé uniquement par la publicité semble toucher à sa fin. Bienvenue dans le monde des applications payantes… mais payantes parce qu’elles apportent vraiment quelque chose d’unique et de durable.

Et vous, combien d’abonnements actifs avez-vous sur votre téléphone en ce moment ?

avatar d’auteur/autrice
Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.