Imaginez une fusée qui décolle à une vitesse folle, mais dont une partie de l’équipe technique décide soudain de sauter en parachute. C’est un peu l’image qui vient à l’esprit quand on observe ce qui se passe actuellement chez xAI, la société d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk. En l’espace de quelques jours seulement, une vague impressionnante de départs a secoué l’entreprise : pas moins de six cofondateurs sur les douze initiaux ont quitté le navire, accompagnés d’une poignée d’ingénieurs parmi les plus talentueux.

Ce n’est pas tous les jours qu’une startup en hyper-croissance perd la moitié de ses fondateurs historiques en si peu de temps. Alors, simple coïncidence, restructuration normale ou signe avant-coureur d’une crise plus profonde ? Elon Musk a tenté de reprendre la main sur le récit, mais ses explications ont plutôt attisé les spéculations.

Une réorganisation brutale qui fait des vagues

Tout commence vraiment à s’accélérer début février 2026. Lors d’une réunion générale, Elon Musk explique aux équipes restantes que l’entreprise a atteint une taille critique. Selon ses mots rapportés par le New York Times, il faut désormais s’organiser différemment pour rester efficace à cette nouvelle échelle. Des propos qui pouvaient sembler logiques… jusqu’à ce qu’il publie le lendemain sur X une version nettement plus directe.

xAI a été réorganisé il y a quelques jours pour améliorer la vitesse d’exécution. Quand une entreprise grandit, surtout aussi vite que xAI, la structure doit évoluer, comme n’importe quel organisme vivant. Cela a malheureusement nécessité de se séparer de certaines personnes.

Elon Musk sur X, février 2026

Le message est clair : ces départs ne sont pas des choix personnels, mais des décisions venues d’en haut. On passe donc d’une explication soft (« certaines personnes sont mieux adaptées aux débuts qu’à la phase de scaling ») à une version beaucoup plus cash : la boîte a été restructurée et certains n’y ont plus leur place.

Qui sont les partants ? Un casting impressionnant

La liste des départs annoncés publiquement sur X ressemble à un who’s who des cerveaux les plus brillants de l’IA ces dernières années. Parmi les cofondateurs partis :

  • Yuhuai (Tony) Wu, responsable du raisonnement
  • Jimmy Ba, en charge de la recherche et de la safety

Mais ce ne sont pas les seuls. On trouve aussi des profils très seniors comme :

  • Shayan Salehian (ex-Twitter/X, infrastructure produit et post-training)
  • Vahid Kazemi (doctorant en ML)
  • Simon Zhai (MTS)
  • Hang Gao (multimodal, Grok Imagine)
  • Ayush Jaiswal
  • Radhakrishnan Venkataramani (RL et coding)
  • Andrew Ma (recommandation et app depuis l’époque Twitter)

Soit au moins onze ingénieurs de haut niveau qui ont publiquement annoncé leur départ en une poignée de jours. Un rythme absolument hors norme dans l’écosystème de l’IA où la guerre des talents fait rage.

Les véritables raisons : entre les lignes

Quand on lit attentivement les messages de départ, plusieurs thèmes reviennent en boucle, et ils sont assez éloquents :

  • envie de retrouver des petites équipes agiles
  • désir de plus d’autonomie créative
  • lassitude face à la standardisation des approches entre labs
  • conviction que l’avenir se joue désormais dans des structures plus légères

Vahid Kazemi a été particulièrement cash :

À mon avis, tous les labs d’IA construisent exactement la même chose, et c’est ennuyeux. Il y a de la place pour plus de créativité. Donc je lance quelque chose de nouveau.

Vahid Kazemi, ex-xAI

Yuhuai Wu évoque lui « une ère où une petite équipe armée d’IA peut déplacer des montagnes ». Jimmy Ba parle de « recalibrer sa vision sur le big picture » et prédit une année 2026 « folle et probablement la plus importante pour l’avenir de l’espèce ».

Un contexte déjà très tendu pour xAI

Ces départs massifs interviennent dans un moment particulièrement délicat pour l’entreprise. Quelques jours plus tôt, des autorités françaises ont perquisitionné les bureaux de X dans le cadre d’une enquête sur la diffusion de deepfakes non-consentis générés par Grok. L’affaire est extrêmement sensible : des images explicites de femmes et d’enfants auraient été créées et partagées sur la plateforme.

Parallèlement, xAI vient d’être rachetée juridiquement par SpaceX et prépare activement une introduction en bourse prévue pour la fin 2026. Ajoutez à cela les révélations récentes de documents judiciaires américains montrant des échanges entre Elon Musk et Jeffrey Epstein datant de 2012-2013… le climat est électrique.

Que signifie vraiment cette vague pour l’avenir de xAI ?

Avec plus de 1 000 employés, xAI reste une machine impressionnante. Perdre 11 personnes, même très seniors, ne va pas faire couler le bateau demain matin. Mais dans le monde de l’intelligence artificielle frontalière, la rétention des meilleurs chercheurs est devenue le nerf de la guerre.

Chaque profil qui part est un chercheur qui maîtrise des techniques de pointe, souvent sur des sujets ultra-stratégiques (raisonnement, safety, RL, multimodal, post-training…). Quand plusieurs d’entre eux annoncent en plus vouloir « lancer quelque chose ensemble », on peut légitimement se demander si un nouvel acteur sérieux n’est pas en train de naître sous nos yeux.

Les signaux faibles à surveiller dans les prochains mois

  • Est-ce que le recrutement annoncé par Elon Musk (« nous recrutons agressivement ») compense réellement les pertes en qualité et en vitesse ?
  • Les départs vont-ils se poursuivre au-delà de cette vague de février ?
  • Le ou les nouveaux projets lancés par les ex-xAI vont-ils lever rapidement et attirer d’autres talents ?
  • La réputation de xAI en tant qu’employeur de choix va-t-elle en prendre un coup durable ?
  • Grok 3 (ou la prochaine itération majeure) arrivera-t-il dans les délais malgré tout ?

Car c’est bien là le paradoxe : xAI a toujours communiqué sur sa capacité à avancer extrêmement vite grâce à une équipe réduite mais ultra-compétente. Si cette équipe se disloque, la promesse fondatrice pourrait vaciller.

Le paradoxe Musk : hyper-croissance et turnover extrême

Ceux qui suivent Elon Musk depuis longtemps ne sont pas vraiment surpris. Chez Tesla, SpaceX, Neuralink, The Boring Company ou Twitter/X, les vagues de départs massifs ont été monnaie courante à chaque phase de pivot stratégique ou de montée en charge brutale. La culture maison repose sur une intensité hors norme, une obsession du résultat et une tolérance très faible pour la routine.

Ce qui change ici, c’est le secteur : l’IA est encore plus compétitive que l’automobile ou l’aérospatiale. Les talents ont le choix entre cinq ou six labs majeurs qui se battent à coup de milliards et d’actions. Perdre des cofondateurs aussi tôt dans l’histoire d’une entreprise est statistiquement beaucoup plus rare et beaucoup plus inquiétant.

Et si c’était le début d’une nouvelle fragmentation de l’IA ?

Depuis 2023, on observe une concentration extrême : quelques acteurs (OpenAI, Anthropic, Google DeepMind, Meta FAIR, xAI…) captent l’essentiel des meilleurs chercheurs. Mais plusieurs signaux montrent que la roue pourrait tourner :

  • les coûts de training explosent
  • les datasets de qualité deviennent plus rares
  • les approches scaling law classiques arrivent peut-être à leurs limites
  • de plus en plus de chercheurs expriment leur frustration face à la standardisation

Dans ce contexte, des petites équipes très agiles, bien financées et libérées des contraintes politiques ou corporates pourraient créer la surprise. Plusieurs anciens de xAI semblent précisément convaincus que c’est là que se jouera la prochaine décennie de l’intelligence artificielle.

Conclusion : une rupture ou une simple anecdote ?

Pour l’instant, impossible de trancher définitivement. Elon Musk a déjà retourné des situations bien plus compliquées. xAI dispose de ressources financières colossales, d’une marque puissante et d’une vision unique. Mais la perte simultanée de la moitié des cofondateurs et d’un contingent significatif d’ingénieurs seniors est un signal qu’il serait imprudent d’ignorer.

Les prochains mois seront décisifs : capacité à remplacer les talents partis, cadence des publications scientifiques, annonces produit, et surtout… qui sera le premier à sortir un produit vraiment disruptif parmi tous ces ex-xAI qui préparent « quelque chose de nouveau ».

Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce encore plus folle que prévu dans le monde de l’intelligence artificielle. Et xAI, qu’on le veuille ou non, est en train d’écrire un chapitre particulièrement mouvementé de son histoire.

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Steven Soarez
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