Imaginez un instant : deux titans de la tech, l’un fabricant les puces qui font tourner le monde de l’intelligence artificielle, l’autre créant les modèles qui redéfinissent notre futur. Ensemble, ils évoquaient récemment un pacte titanesque de 100 milliards de dollars. Et puis, patatras : des rumeurs insistantes font état d’un refroidissement brutal, voire d’un possible abandon. Mais le principal intéressé vient de remettre les pendules à l’heure… et de façon plutôt tranchée.

Quand 100 milliards font trembler la planète IA

Depuis plusieurs mois, le tandem Nvidia-OpenAI fait saliver les observateurs de la tech. D’un côté, Jensen Huang dirige l’entreprise qui produit les GPU les plus convoités du moment. De l’autre, Sam Altman pilote la société qui a popularisé comme personne l’IA générative grand public. Leur union semblait presque inévitable.

En septembre dernier, les deux parties officialisaient une collaboration hors normes : Nvidia s’engageait à injecter jusqu’à 100 milliards de dollars dans OpenAI tout en construisant une infrastructure colossale de 10 gigawatts dédiée à l’entraînement et au déploiement des futurs modèles d’OpenAI. Un projet pharaonique qui aurait pu redessiner durablement le paysage de l’intelligence artificielle mondiale.

Les premières fissures visibles

Pourtant, fin janvier 2026, le vent a tourné. Le Wall Street Journal publiait un article choc affirmant que Nvidia envisageait sérieusement de réduire la voilure. Selon leurs sources, Jensen Huang aurait commencé à répéter en privé que l’accord n’était pas contraignant, tout en critiquant ouvertement la stratégie commerciale d’OpenAI.

Le quotidien économique évoquait également des inquiétudes croissantes chez Nvidia face à la montée en puissance de concurrents directs d’OpenAI, notamment Anthropic et les efforts massifs de Google dans le domaine. Le montant envisagé aurait fondu comme neige au soleil, passant d’une centaine de milliards à quelques dizaines seulement, selon les discussions les plus récentes.

Les deux entreprises repensent activement leur relation, même si cela ne signifie pas une rupture complète.

Extrait du Wall Street Journal, janvier 2026

Cette information, relayée par de nombreux médias, a créé une onde de choc dans l’écosystème. Les investisseurs se demandaient si l’alliance la plus symbolique du moment allait vraiment survivre à l’épreuve des réalités économiques et stratégiques.

Jensen Huang contre-attaque… et très fermement

Il n’aura fallu que quelques heures pour que le principal concerné mette les choses au clair. En visite à Taipei, Jensen Huang a répondu sans détour aux journalistes qui l’interrogeaient sur le sujet. Sa réponse ? Catégorique.

Nous participerons définitivement au prochain tour de financement d’OpenAI parce que c’est un très bon investissement. Nous allons investir énormément d’argent. Je crois en OpenAI. Le travail qu’ils réalisent est incroyable. Ils font partie des entreprises les plus importantes de notre époque.

Jensen Huang, CEO de Nvidia

Le message est clair : pas question de se retirer. Bien au contraire, Nvidia compte bien rester un acteur majeur aux côtés d’OpenAI. Huang a toutefois habilement esquivé la question du montant exact, renvoyant la balle dans le camp de Sam Altman : « Laissez Sam annoncer combien il va lever, c’est à lui de décider. »

Cette sortie publique a immédiatement été perçue comme une tentative de calmer les marchés et de rassurer les partenaires. Mais elle soulève aussi de nouvelles interrogations : pourquoi un tel démenti si rapide et si virulent ?

OpenAI sous pression : une levée record en vue

Derrière cette passe d’armes se cache un enjeu bien plus large : la prochaine méga-levée de fonds d’OpenAI. Plusieurs médias américains ont rapporté ces dernières semaines que la société visait une valorisation stratosphérique et un tour de table pouvant atteindre ou dépasser les 100 milliards de dollars.

  • Nvidia serait toujours dans la course, mais peut-être avec un ticket plus modeste que prévu initialement
  • Amazon, Microsoft et SoftBank discuteraient également de prises de participation importantes
  • Les investisseurs traditionnels (fonds souverains, VC growth) restent très attentifs au dossier

Pour OpenAI, réussir cette levée est crucial. Les coûts d’entraînement des modèles de nouvelle génération explosent. On parle désormais de plusieurs milliards de dollars rien que pour un seul nouveau modèle de pointe. Sans partenaires financiers solides et sans accès privilégié aux puces les plus performantes, le leadership technologique pourrait s’éroder rapidement.

Nvidia : le roi incontesté… mais sous surveillance

Du côté de Nvidia, la situation est paradoxale. L’entreprise réalise des marges historiques grâce à la ruée vers l’IA. Ses GPU Blackwell et les futures architectures dominent le marché de l’entraînement des grands modèles. Pourtant, la société sait que son quasi-monopole n’est pas éternel.

AMD, Intel, les startups spécialisées (Groq, Cerebras, SambaNova…), sans oublier les puces maison développées par les hyperscalers (Google TPU, AWS Trainium/Inferentia, Microsoft Maia) : la concurrence s’organise. Investir massivement dans OpenAI permet à Nvidia de sécuriser un client majeur et de rester au cœur de l’écosystème IA le plus dynamique.

Mais investir 100 milliards dans une seule entreprise, même la plus prometteuse, représente un risque énorme. D’où les signaux contradictoires envoyés ces dernières semaines.

Les vraies questions derrière les déclarations

Au-delà des communiqués et des déclarations d’intention, plusieurs points méritent d’être creusés :

  1. Quel sera le montant réel investi par Nvidia dans le prochain tour ?
  2. La construction des 10 gigawatts d’infrastructure est-elle toujours d’actualité ?
  3. OpenAI va-t-elle accepter de lier une partie de son approvisionnement en puces à cet investissement stratégique ?
  4. Comment les autres investisseurs (Microsoft en tête) réagissent-ils à cette possible dilution ?
  5. Les critiques formulées en privé par Jensen Huang sur la stratégie d’OpenAI reflètent-elles un vrai désaccord stratégique ?

Autant de zones d’ombre qui montrent que, derrière les sourires de façade, les négociations restent très tendues.

Un précédent qui fait réfléchir : Microsoft et OpenAI

Il est intéressant de comparer cette situation avec le partenariat historique entre Microsoft et OpenAI. Depuis 2019, le géant de Redmond a investi plus de 13 milliards de dollars (en cash et en crédits Azure) dans la société de Sam Altman. En échange, il bénéficie d’un accès privilégié aux technologies et intègre massivement l’IA d’OpenAI dans ses produits (Copilot, Azure OpenAI Service, GitHub, etc.).

Nvidia cherche-t-elle à reproduire ce schéma, mais à une échelle encore plus grande ? Ou au contraire, craint-elle de se retrouver trop dépendante d’un seul acteur ? Les deux lectures sont plausibles.

Vers un nouvel équilibre des pouvoirs dans l’IA ?

Ce qui se joue actuellement dépasse largement le simple cadre d’un investissement. C’est toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle qui est en train de se redessiner :

  • Les fondeurs de puces (Nvidia en tête) restent incontournables
  • Les fournisseurs de cloud hyperscale (Microsoft, Amazon, Google) contrôlent l’infrastructure et les données
  • Les laboratoires d’IA de pointe (OpenAI, Anthropic, Google DeepMind, xAI…) se disputent les meilleurs talents et les meilleures idées
  • Les États et les fonds souverains entrent massivement dans la danse

Dans ce jeu d’échecs à plusieurs dimensions, chaque alliance, chaque investissement, chaque rumeur compte double.

Et maintenant ? Ce qu’on peut anticiper pour 2026

Si l’on en croit les déclarations les plus récentes de Jensen Huang, Nvidia restera un investisseur important dans OpenAI. Mais le deal initial de 100 milliards semble avoir vécu. Les montants réels devraient se situer entre 20 et 50 milliards selon la plupart des analystes.

Parallèlement, les deux entreprises devraient continuer à collaborer étroitement sur l’infrastructure. OpenAI a besoin des puces Nvidia pour maintenir son avance technologique ; Nvidia a besoin d’OpenAI pour démontrer la supériorité de ses architectures sur les cas d’usage les plus exigeants.

Reste une certitude : l’année 2026 sera décisive pour déterminer qui, dans la course à l’AGI, conservera durablement l’avantage stratégique.

Conclusion : une alliance sous tension mais toujours essentielle

Les relations entre Nvidia et OpenAI illustrent parfaitement les enjeux colossaux de l’intelligence artificielle actuelle. Derrière les milliards et les superlatifs se cachent des luttes de pouvoir, des visions stratégiques parfois divergentes et une course effrénée vers la suprématie technologique.

Jensen Huang a voulu éteindre l’incendie des rumeurs. Il y est probablement parvenu à court terme. Mais les questions de fond demeurent. Et elles seront au cœur de toutes les discussions dans les mois à venir.

Une chose est sûre : quand les deux acteurs les plus puissants de l’écosystème IA se parlent, le monde entier retient son souffle.

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Steven Soarez
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