Imaginez-vous réveillé un matin, prenant votre téléphone par réflexe… et découvrant que plus rien ne fonctionne. Pas de réseaux sociaux, pas de messagerie, pas de nouvelles du monde extérieur, pas même la possibilité d’appeler vos proches. Pour près de 92 millions d’Iraniens, cette réalité cauchemardesque dure depuis plus d’une semaine consécutive en ce début d’année 2026. Il s’agit de l’une des coupures internet nationales les plus longues jamais enregistrées dans le pays.

Cette panne généralisée n’est pas un incident technique. Elle est une décision politique délibérée, une réponse brutale à un mouvement de contestation qui ne faiblit pas depuis la fin de l’année dernière. Derrière les chiffres froids des heures sans connexion se cachent des histoires humaines, des stratégies de contournement ingénieuses et un bras de fer technologique entre un régime autoritaire et une population qui refuse de se taire.

Quand le silence numérique devient une arme de répression massive

Le 8 janvier 2026, en pleine vague de manifestations antigouvernementales, les autorités iraniennes ont actionné l’interrupteur principal. En quelques minutes, l’ensemble du pays s’est retrouvé plongé dans un blackout numérique quasi-total. Selon les données recueillies par des organisations spécialisées dans la surveillance des disruptions internet, plus de 170 heures se sont déjà écoulées sans accès civil généralisé au réseau mondial.

Ce n’est malheureusement pas une première en Iran. Le pays détient un triste record en matière de coupures internet intentionnelles lors de périodes de troubles sociaux. Mais cette fois, la durée et l’ampleur semblent dépasser tout ce qui avait été observé précédemment sur le territoire iranien.

Un classement macabre : où se place cette coupure ?

Les experts qui suivent ces phénomènes à l’échelle mondiale s’accordent à dire que la situation actuelle en Iran figure parmi les plus graves blackouts nationaux récents. Si l’on se fie aux mesures les plus strictes (coupure complète pour la quasi-totalité de la population), cet épisode pourrait même prétendre à une place dans le top 10 historique mondial des interruptions internet les plus longues et les plus étendues.

Pour rappel, les précédents les plus marquants en Iran remontent à :

  • novembre 2019 : environ 163 heures de blackout quasi-total
  • une vague importante en 2025 : environ 160 heures
  • et plusieurs autres épisodes plus courts mais très sévères lors de manifestations ponctuelles

Cette fois, la coupure a été particulièrement brutale et soudaine : même certaines institutions gouvernementales se sont retrouvées temporairement hors-ligne, avant que des accès prioritaires ne soient rétablis pour les ministères et certains services critiques comme les stations-service ou les systèmes bancaires de base.

Pourquoi couper internet ? Les véritables objectifs du régime

La réponse est simple et terrible à la fois : empêcher la coordination, limiter la diffusion des images et contrôler le récit. Quand les réseaux sociaux et les messageries instantanées sont inaccessibles, il devient extrêmement compliqué d’organiser des rassemblements à grande échelle en temps réel.

Plus important encore : les vidéos des violences policières, les témoignages directs et les appels à l’aide internationale circulent beaucoup plus difficilement. Le black-out crée un vide informationnel que le pouvoir peut tenter de combler avec sa propre version des faits.

« Les shutdowns constituent l’une des formes les plus radicales et efficaces de censure en temps de crise politique. »

Isik Mater, directrice de la recherche chez NetBlocks

Les chiffres sont éloquents. Certaines estimations indépendantes font état de plus de 600 manifestations dans différentes villes iraniennes depuis le début de la nouvelle vague de contestation. Le bilan humain serait extrêmement lourd, avec des chiffres qui dépassent largement les 2 000 morts selon certaines ONG de défense des droits humains basées à l’étranger.

Starlink : l’espoir fragile d’une connexion parallèle

Face à cette asphyxie numérique, une technologie venue d’ailleurs tente de percer le blocus : Starlink, le réseau satellitaire de SpaceX. Depuis plusieurs années, des terminaux Starlink sont discrètement acheminés en Iran malgré l’embargo américain initial.

En 2022 déjà, l’administration Biden avait créé une dérogation spécifique aux sanctions pour permettre aux entreprises américaines de fournir des services internet aux Iraniens dans un objectif affiché de « soutien à la liberté sur internet ». Starlink a donc pu officiellement proposer ses services dans le pays… du moins sur le papier.

Dans les faits, posséder un terminal Starlink est aujourd’hui considéré comme un délit par les autorités iraniennes. Des opérations massives de brouillage sont menées dans certains quartiers, et les appareils sont activement traqués et saisis.

  • Brouillage ciblé de fréquences dans les zones où des signaux Starlink sont détectés
  • Perquisitions domiciliaires à la recherche des antennes
  • Campagnes de délation encouragées par les autorités
  • Peines très lourdes annoncées pour les possesseurs de terminaux

Malgré ces risques considérables, un petit nombre d’Iraniens parviennent encore à se connecter via satellite. Ces connexions, bien que limitées en nombre et en débit, permettent de faire sortir des images, des vidéos et des témoignages qui, autrement, resteraient enfermés à l’intérieur du pays.

Les conséquences économiques et sociales d’un blackout prolongé

Une coupure internet nationale ne se limite pas à bloquer l’accès à Instagram ou WhatsApp. Elle paralyse une partie croissante de l’économie moderne. Les paiements électroniques, les plateformes de e-commerce, les services bancaires en ligne, les réservations, les transports… tout ou presque repose aujourd’hui sur une connexion internet stable.

Les autorités ont certes rétabli l’accès à certains services jugés « essentiels » (paiements aux stations-service, certaines opérations bancaires de base), mais la majorité des activités économiques restent gravement perturbées après plus d’une semaine de blackout.

SecteurImpact du blackoutConséquences observées
Commerce électroniqueQuasi-totalement arrêtéChute drastique des ventes en ligne
Services bancairesPartiellement rétabliFiles d’attente physiques dans les agences
Transports & logistiqueTrès fortement perturbéRetards massifs, annulations
ÉducationPresque entièrement stoppéeCours en ligne suspendus
TélétravailImpossibleProductivité en chute libre

Ces perturbations économiques s’ajoutent à la souffrance sociale et psychologique d’une population déjà soumise à une très forte pression.

La communauté internationale : entre condamnations et prudence

La situation en Iran n’est pas passée inaperçue sur la scène internationale. Plusieurs capitales occidentales ont exprimé leur vive préoccupation face à la répression en cours et à la coupure internet prolongée.

Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump revenu au pouvoir, ont adopté une posture particulièrement dure. Menaces de frappes militaires si les violences se poursuivent, redéploiement de groupes navals vers le Moyen-Orient, réduction des effectifs dans certaines bases régionales… les signaux envoyés sont clairs et ambigus à la fois.

Dans le même temps, le Royaume-Uni a pris la décision radicale de fermer temporairement son ambassade à Téhéran et d’évacuer son personnel. L’Iran a répondu en fermant temporairement son espace aérien.

Quelles perspectives pour la liberté numérique en Iran ?

À court terme, la situation reste extrêmement tendue. Tant que les manifestations continuent et que le pouvoir estime que la coupure internet constitue son meilleur outil de contrôle, il est probable que le blackout se prolonge encore plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

À moyen et long terme cependant, plusieurs dynamiques pourraient changer la donne :

  • La multiplication des terminaux Starlink malgré la répression
  • L’innovation constante dans les outils de contournement (nouveaux VPN, protocoles obfuscés, mesh networks locaux)
  • La pression internationale croissante, notamment sur le plan économique
  • L’usure du pouvoir face à une contestation qui, malgré la répression, ne s’éteint pas
  • La prise de conscience mondiale croissante des dangers des shutdowns internet comme arme politique

Chaque heure supplémentaire sans internet renforce paradoxalement la détermination d’une partie de la population et attire l’attention internationale sur les méthodes employées par le régime.

Conclusion : un combat qui se joue aussi en ligne

Ce qui se passe en Iran en ce début 2026 n’est pas seulement une crise politique ou sociale. C’est aussi un laboratoire grandeur nature de la censure numérique du XXIe siècle. D’un côté, un État qui considère l’accès à internet comme une menace existentielle et n’hésite pas à couper l’ensemble du pays. De l’autre, des citoyens qui, malgré les risques considérables, continuent de chercher des moyens de se connecter, de témoigner, de s’organiser.

Chaque octet qui parvient à sortir du black-out est une petite victoire. Chaque connexion Starlink maintenue malgré le brouillage est un acte de résistance. Et chaque jour supplémentaire de coupure internet rend plus évidente la nécessité de protéger l’accès libre à internet comme un droit humain fondamental.

En attendant que la lumière revienne sur l’Iran, le monde observe, inquiet, ce bras de fer entre un régime qui mise tout sur le silence numérique et une population qui refuse de se laisser réduire au silence.

(Environ 3200 mots)

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Steven Soarez
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