Imaginez une application utilisée par plus de 200 millions d’Américains qui, du jour au lendemain, pourrait disparaître des stores ou changer radicalement de visage. Pendant des années, TikTok a vécu sous la menace permanente d’une interdiction aux États-Unis. Et puis, en janvier 2026, le couperet est tombé… mais pas comme prévu. Au lieu d’une fermeture brutale, un accord historique a été conclu. ByteDance, la maison mère chinoise, accepte de devenir actionnaire minoritaire. L’Amérique reprend les rênes. Mais qu’est-ce que cela change vraiment ?

Le deal du siècle pour TikTok aux États-Unis

Le 22 janvier 2026, TikTok officialise la création de TikTok USDS Joint Venture LLC, une nouvelle entité qui marque un tournant majeur. Pour la première fois, les opérations américaines de la plateforme sortent largement du contrôle de ByteDance. Cette structure répond directement à l’exécutif signé par le président Trump, qui avait multiplié les délais et les négociations.

Ce n’est pas une vente totale. ByteDance conserve environ 20 % du capital. Les 80 % restants passent entre des mains non chinoises. Un consortium d’investisseurs américains et de fonds déjà présents au capital de ByteDance se partage désormais le gâteau. Une page se tourne, mais le livre n’est pas encore terminé.

Qui possède vraiment TikTok US désormais ?

Le tour de table est clair et assez inédit. Trois acteurs principaux se détachent :

  • Oracle : 15 %
  • Silver Lake : 15 %
  • MGX : 15 %

Ces trois entités contrôlent donc collectivement 45 % de la nouvelle société. Viennent ensuite d’autres investisseurs historiques ou familiaux qui se partagent les 35 % suivants : le family office de Michael Dell, des affiliés de Susquehanna, Alpha Wave Partners, et plusieurs autres fonds déjà impliqués dans ByteDance depuis plusieurs années.

La valorisation de l’entité américaine tourne autour de 14 milliards de dollars, un chiffre cité à plusieurs reprises par le vice-président JD Vance lui-même. C’est loin des valorisations délirantes évoquées en 2020-2021, mais cela reste une transaction massive dans l’univers des applications sociales.

« Nous avons obtenu un accord qui protège la sécurité nationale tout en préservant l’innovation et des millions d’emplois américains. »

Un haut responsable de la Maison Blanche, janvier 2026

Oracle, le gardien incontournable des données

Depuis plusieurs années, Oracle joue un rôle discret mais stratégique. La firme de Larry Ellison héberge déjà les données des utilisateurs américains dans ses data centers. Avec ce nouveau deal, son implication devient centrale.

Oracle est officiellement nommé « trusted security partner ». Concrètement, l’entreprise va :

  • Auditer en continu les flux de données
  • Vérifier la conformité aux exigences de sécurité nationale
  • Superviser la gestion et l’entraînement d’une version américaine de l’algorithme
  • Empêcher tout accès non autorisé par ByteDance

Une des craintes majeures concernait l’algorithme, véritable cœur secret de TikTok. Selon plusieurs sources concordantes, les nouveaux propriétaires américains pourront louer l’algorithme à ByteDance, mais Oracle sera chargé de le dupliquer, de le sécuriser et de l’entraîner localement, sans que les ingénieurs chinois n’aient accès aux données d’entraînement américaines.

Retour sur une saga longue de six ans

Pour bien comprendre l’ampleur de cet accord, il faut remonter à l’été 2020. À l’époque, Donald Trump, encore président, signe un décret interdisant les transactions avec ByteDance. L’administration accuse l’entreprise de transmettre les données des Américains au gouvernement chinois.

Quelques semaines plus tard, la Maison Blanche exige la cession des activités américaines. Les noms qui circulent alors sont déjà impressionnants : Microsoft, Oracle, Walmart… Mais un juge suspend l’interdiction. TikTok reste en ligne.

Sous Joe Biden, le dossier traîne. Puis arrive 2024. Trump, revenu au pouvoir, change de ton. Il ne veut plus interdire, il veut un deal équilibré. Il parle même un temps d’une répartition 50-50. Plusieurs consortiums se manifestent :

  • The People’s Bid (soutenu par Alexis Ohanian, Kevin O’Leary, Tim Berners-Lee…)
  • American Investor Consortium (Jesse Tinsley, David Baszucki de Roblox, MrBeast…)
  • Et des géants solitaires : Amazon, Microsoft, AppLovin, Perplexity AI, Rumble, etc.

Finalement, c’est l’alliance Oracle-Silver Lake-MGX qui l’emporte, avec le soutien discret mais décisif de plusieurs investisseurs historiques de ByteDance.

Que va changer concrètement pour les utilisateurs américains ?

C’est LA grande question que se posent les créateurs, les adolescents, les marques et les annonceurs. Pour l’instant, TikTok assure que :

  • Il n’y aura pas de nouvelle application à télécharger
  • Les comptes existants restent intacts
  • L’expérience quotidienne ne devrait pas changer du jour au lendemain

Mais plusieurs points restent flous. L’algorithme sera-t-il strictement identique ? Les recommandations risquent-elles de devenir plus « politiquement correctes » ou moins addictives ? Les créateurs verront-ils leurs vues baisser temporairement pendant la transition ?

Pour beaucoup d’observateurs, la vraie révolution se jouera dans les coulisses : protection renforcée des données, audits permanents, cloisonnement strict entre les équipes chinoises et américaines. L’utilisateur lambda, lui, devrait continuer de scroller sans rien remarquer… du moins au début.

Les gagnants et les perdants du deal

Dans cette opération complexe, chacun y trouve son compte… ou presque.

ActeurPositionGains principaux
ByteDanceActionnaire minoritaireÉvite l’interdiction totale, monétise une partie de la valeur US, garde un pied dans le marché
OraclePartenaire sécurité + 15 %Devient acteur incontournable du cloud social, gagne en visibilité géopolitique
Silver Lake & MGX15 % chacunInvestissement stratégique dans une licorne à très fort trafic
Utilisateurs USConsommateurs finauxApplication maintenue + (théoriquement) meilleure protection des données
Créateurs TikTokÉcosystème monétisationStatu quo espéré, mais incertitude sur l’algorithme
Gouvernement USRégulateurRépond aux préoccupations de sécurité nationale sans tuer une plateforme populaire

Et l’Europe dans tout ça ?

Si les États-Unis ont trouvé (pour l’instant) une solution pragmatique, l’Europe reste sur le qui-vive. Le DMA, le DSA, les enquêtes multiples sur la protection des mineurs et les transferts de données continuent de peser sur TikTok. L’accord américain pourrait servir de modèle… ou au contraire durcir les positions européennes si elles estiment que ByteDance garde encore trop d’influence.

Une chose est sûre : ce qui se passe outre-Atlantique finit souvent par arriver chez nous avec un léger décalage. Les créateurs français ont donc tout intérêt à suivre attentivement l’évolution de TikTok USDS dans les prochains mois.

Vers une nouvelle ère des plateformes sociales géopolitisées ?

Ce deal TikTok n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une tendance lourde : la fragmentation d’Internet. Les États-nations reprennent la main sur les géants technologiques quand la sécurité nationale est en jeu. On l’a vu avec Huawei, avec WeChat, avec les débats sur les puces électroniques. TikTok est simplement le cas le plus visible et le plus grand public.

Demain, d’autres applications très populaires pourraient être soumises au même type d’exercice : séparation des entités nationales, création de structures juridiques locales, nomination de « gardiens » technologiques de confiance. Oracle n’est probablement pas le dernier acteur traditionnel à devenir le bouclier numérique d’une licorne controversée.

Pour les entrepreneurs et les investisseurs, l’équation devient plus complexe. Construire une application à vocation mondiale implique désormais de penser dès le départ aux scénarios de « découplage géopolitique ». Une donnée qui change radicalement la stratégie de nombreuses startups.

Conclusion : un statu quo gagnant-gagnant… provisoire

En signant cet accord, les États-Unis ont évité le pire : une interdiction qui aurait provoqué colère des utilisateurs, faillite de milliers de créateurs et un précédent dangereux pour la liberté d’expression en ligne. ByteDance, de son côté, sauve l’essentiel : sa présence sur le marché le plus lucratif du monde et une partie non négligeable de la valeur créée.

Mais le calme est-il durable ? Rien n’est moins sûr. Les tensions sino-américaines ne disparaissent pas avec un simple contrat. Les évolutions réglementaires, les audits, les campagnes électorales, les scandales de données… tout peut faire basculer à nouveau la situation.

En attendant, les 200 millions d’Américains peuvent continuer de scroller. Pour combien de temps encore ? L’histoire de TikTok aux États-Unis n’est visiblement pas terminée. Elle ne fait peut-être que commencer un nouveau chapitre.

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Steven Soarez
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