Imaginez un réacteur nucléaire capable de produire de l’électricité propre pendant cinq ans sans la moindre recharge, et qui tient sur un simple semi-remorque. Cela ressemble à de la science-fiction ? Pourtant, c’est exactement ce que propose Radiant Nuclear, une startup californienne qui vient une nouvelle fois de faire parler d’elle en levant plus de 300 millions de dollars. Dans un contexte où les data centers affamés en énergie cherchent désespérément des solutions fiables, cette annonce soulève autant d’enthousiasme que de questions.

Radiant Nuclear : la nouvelle star du nucléaire nouvelle génération

Le secteur du nucléaire connaît actuellement une renaissance spectaculaire. Longtemps considéré comme trop complexe et trop cher, il attire soudainement des investissements colossaux, portés par la vague de l’intelligence artificielle et ses besoins énergétiques démesurés. Radiant Nuclear s’inscrit parfaitement dans cette dynamique en proposant une approche radicale : des micro-réacteurs transportables, simples à déployer et conçus pour remplacer les groupes électrogènes diesel polluants.

Cette levée de fonds, annoncée en décembre 2025, porte le total récolté par l’entreprise à plusieurs centaines de millions en quelques mois seulement. Un signal fort que les investisseurs croient dur comme fer à cette vision d’un nucléaire modulaire et accessible.

Une technologie pensée pour la mobilité et la simplicité

Au cœur du projet de Radiant Nuclear se trouve un réacteur de 1 mégawatt, baptisé sobrement micro-réacteur. Sa particularité ? Il peut être transporté par camion sur n’importe quel site, qu’il soit militaire, industriel ou commercial. Une fois arrivé, il suffit de le brancher pour disposer d’une source d’électricité constante et propre.

Le système utilise du hélium comme fluide de refroidissement, une choix technique qui améliore la sécurité et la performance par rapport aux réacteurs traditionnels à eau. Mais la vraie innovation réside dans le combustible : des billes TRISO (Tristructural Isotropic), constituées d’uranium enrichi encapsulé dans des couches de carbone et de céramique. Ces billes sont conçues pour résister à des températures extrêmes et éviter tout risque de fusion du cœur.

Résultat : le réacteur n’a besoin d’être rechargé qu’une fois tous les cinq ans. À la fin de sa vie utile, estimée à vingt ans, Radiant Nuclear vient simplement récupérer l’ensemble pour le recycler ou le mettre hors service.

  • Transportable par semi-remorque standard
  • Refroidissement par hélium pour plus de sécurité
  • Combustible TRISO ultra-résistant
  • Autonomie de cinq ans sans intervention
  • Puissance constante de 1 MW

Un modèle économique flexible pour séduire les clients

Radiant Nuclear ne se contente pas de vendre des réacteurs. L’entreprise propose deux modèles commerciaux pour s’adapter aux besoins de ses clients. D’un côté, l’achat direct du système. De l’autre, un contrat de type power purchase agreement (PPA), où le client paie simplement l’électricité consommée sans investir dans l’infrastructure.

Cette flexibilité est particulièrement adaptée aux sites isolés ou temporaires : bases militaires, mines, chantiers éloignés, ou encore data centers en pleine expansion. L’objectif affiché est clair : remplacer les générateurs diesel, responsables d’émissions massives de CO2 et très coûteux en carburant.

Nous voulons rendre l’énergie nucléaire aussi simple à déployer qu’un groupe électrogène, mais sans les inconvénients environnementaux et logistiques.

Équipe Radiant Nuclear

Les data centers, clients prioritaires d’une énergie vorace

Si Radiant Nuclear attire autant l’attention, c’est avant tout à cause de la crise énergétique qui touche les data centers. L’explosion de l’intelligence artificielle générative a multiplié les besoins en calcul, et donc en électricité. Les grandes plateformes cloud peinent à trouver des sources d’énergie fiables et décarbonées à grande échelle.

En août 2025, Radiant a signé un accord majeur avec Equinix, l’un des leaders mondiaux des data centers, pour fournir jusqu’à vingt réacteurs. Un contrat qui valide le modèle et montre que les géants de la tech sont prêts à adopter cette nouvelle génération de nucléaire.

Ce n’est d’ailleurs pas un cas isolé. De nombreuses startups du secteur ciblent le même marché : X-energy, Last Energy, Aalo Atomics… Toutes promettent des solutions rapides et modulaires pour alimenter les infrastructures numériques de demain.

Une levée de fonds impressionnante dans un secteur en ébullition

Le tour de table de plus de 300 millions de dollars a été mené par Draper Associates et Boost VC. Parmi les participants figurent des noms prestigieux : Founders Fund, Ark Venture Fund, Chevron Technology Ventures, ou encore Friends & Family Capital. La valorisation de Radiant Nuclear dépasse désormais les 1,8 milliard de dollars.

Cette opération arrive seulement six mois après une précédente levée de 165 millions. Un rythme qui illustre parfaitement l’appétit des investisseurs pour le nucléaire avancé. En quelques semaines seulement, le secteur a vu défiler des annonces spectaculaires :

  • Last Energy : 100 millions de dollars
  • X-energy : 700 millions de dollars
  • Aalo Atomics : 100 millions de dollars

Ces chiffres donnent le vertige et posent inévitablement la question : assiste-t-on à une bulle spéculative ? Le parallèle avec la ruée vers l’or des data centers est tentant. Tant que la demande en énergie restera exponentielle, les financements continueront probablement. Mais les startups devront livrer rapidement des preuves concrètes.

Un calendrier ambitieux soutenu par les autorités

Radiant Nuclear prévoit de tester son premier démonstrateur dès l’été 2026 au laboratoire national de l’Idaho. Un calendrier aligné sur l’objectif ambitieux fixé par l’administration Trump : voir trois réacteurs de nouvelle génération atteindre la criticité d’ici le 4 juillet 2026.

L’entreprise fait partie des onze sélectionnées pour ce programme accéléré, qui ne fournit pas de fonds publics mais simplifie considérablement les procédures d’autorisation. Un coup de pouce administratif précieux dans un secteur historiquement freiné par la bureaucratie.

Cette course contre la montre concerne l’ensemble des acteurs du nucléaire modulaire. Ceux qui réussiront à franchir cette étape gagneront une crédibilité immense. Les autres risquent de voir leurs financements se tarir rapidement.

Les défis techniques et industriels à venir

Construire un premier réacteur est une chose. Le produire en série en est une autre. La promesse centrale de ces startups repose sur la fabrication de masse, censée faire chuter drastiquement les coûts et rendre le nucléaire compétitif face aux énergies renouvelables.

Pour Radiant Nuclear, le passage à l’échelle industrielle sera déterminant. Les investisseurs attendent non seulement un démonstrateur fonctionnel, mais aussi une chaîne de production viable. Tout retard ou surcoût pourrait remettre en cause le modèle économique.

Par ailleurs, la sécurité reste un sujet sensible. Même si les réacteurs de nouvelle génération intègrent de multiples barrières passives, l’opinion publique et les régulateurs demeurent vigilants. Chaque étape de test sera scrutée de près.

DéfiEnjeu pour Radiant
Démonstration 2026Atteindre la criticité à temps
Production de masseRéduire les coûts unitaires
Acceptabilité socialeConvaincre régulateurs et public
ConcurrenceSe différencier des autres startups

Pourquoi le nucléaire modulaire pourrait changer la donne énergétique

Au-delà de Radiant Nuclear, c’est tout un paradigme qui est en train de bouger. Les réacteurs traditionnels, gigantesques et construits sur mesure, souffrent de dépassements budgétaires chroniques et de délais interminables. Les micro-réacteurs proposent l’approche inverse : petits, standardisés, fabriqués en usine.

Cette philosophie s’inspire directement de l’industrie aéronautique ou automobile. En produisant des unités identiques à la chaîne, les coûts diminuent et la qualité augmente. Si cette promesse se concrétise, le nucléaire pourrait enfin devenir une option crédible pour décarboner des secteurs difficiles comme l’industrie lourde ou les zones isolées.

Dans la lutte contre le changement climatique, disposer d’une source d’énergie dispatchable, c’est-à-dire disponible à la demande, est crucial. Les renouvelables intermittents ont besoin de compléments fiables. Le nucléaire modulaire pourrait jouer ce rôle à merveille.

Radiant Nuclear face à la concurrence

Le paysage des startups nucléaires est particulièrement dense. Chacune apporte sa propre innovation : réacteurs à sels fondus chez Kairos Power, SMR plus classiques chez NuScale, ou encore conceptions ultra-compactes chez Oklo.

Radiant se distingue par la portabilité extrême de son design. Là où certains concurrents visent des puissances de plusieurs dizaines de mégawatts, Radiant se concentre sur l’unité de 1 MW, idéale pour des applications spécifiques. Cette niche pourrait s’avérer payante.

Le soutien de grands noms du venture capital montre que les investisseurs parient sur plusieurs chevaux à la fois. Le gagnant ne sera pas forcément celui qui lève le plus, mais celui qui déploiera le premier réacteur commercial viable.

Perspectives : vers une démocratisation du nucléaire ?

Si Radiant Nuclear tient ses promesses, les conséquences pourraient être profondes. Des communautés isolées pourraient accéder à une électricité fiable et propre. Des industries polluantes pourraient se convertir sans attendre le développement de réseaux électriques complexes.

À plus long terme, ces micro-réacteurs pourraient même alimenter des projets spatiaux ou des bases lunaires. La NASA suit d’ailleurs de près ces développements pour ses futures missions.

Mais prudence : l’histoire du nucléaire est jalonnée de promesses non tenues. Les années 1950 rêvaient déjà d’une énergie « trop bon marché pour être mesurée ». Soixante-dix ans plus tard, le secteur tente une nouvelle révolution. Cette fois, les avancées technologiques et la pression climatique pourraient faire la différence.

Radiant Nuclear incarne cette ambition. Avec ses centaines de millions en poche et un calendrier serré, l’entreprise a désormais toutes les cartes en main pour transformer son rêve en réalité. Reste à savoir si 2026 marquera le début d’une nouvelle ère énergétique… ou un simple feu de paille dans un secteur en surchauffe.

Une chose est sûre : le monde regarde avec attention. L’enjeu dépasse largement une simple startup. Il touche à notre capacité collective à relever le défi d’une énergie abondante et décarbonée pour les décennies à venir.

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.