Imaginez un pays de 1,4 milliard d’habitants où plus de la moitié vient tout juste de découvrir le shopping en ligne. C’est exactement là que Meesho a planté son drapeau il y a dix ans. Et aujourd’hui, cette startup indienne s’apprête à faire ce qu’aucun autre grand acteur horizontal de l’e-commerce n’a osé avant elle : entrer en bourse. Avec une levée de 606 millions de dollars, Meesho marque un tournant historique pour l’écosystème tech indien.

Meesho : l’IPO qui fait trembler Amazon et Flipkart

Le 3 décembre 2025, les investisseurs du monde entier auront les yeux rivés sur la bourse indienne. Meesho, la plateforme qui a démocratisé l’achat en ligne pour les classes moyennes et populaires, va officiellement devenir la première grande marketplace horizontale du pays à être cotée. Un événement d’autant plus symbolique que ses deux mastodontes concurrents, Amazon India et Flipkart, préparent encore discrètement leurs propres projets d’introduction.

Ce qui rend cette opération particulièrement intéressante ? Le message envoyé par les investisseurs historiques.

SoftBank et Prosus : « On reste »

Dans un contexte où les fonds de venture capital profitent généralement des IPO pour prendre leurs bénéfices après dix ans d’attente, le comportement de certains actionnaires fait figure d’exception. SoftBank Vision Fund, Prosus et Fidelity ont purement et simplement refusé de vendre la moindre action. Un signal fort.

« Beaucoup d’Indiens découvrent l’e-commerce pour la première fois sur Meesho. Dans les dix prochaines années, ils achèteront de plus en plus souvent et de plus en plus de choses sur notre plateforme. »

Vidit Aatrey, cofondateur et CEO de Meesho

Ce choix stratégique de SoftBank n’est pas anodin. Le géant japonais, connu pour ses paris audacieux (et parfois risqués), voit en Meesho l’équivalent indien de ce que Pinduoduo a réussi en Chine : capter des centaines de millions de consommateurs sensibles au prix avec un modèle ultra-léger.

Les chiffres qui donnent le vertige

Derrière les grandes déclarations, les données parlent d’elles-mêmes. Sur les six premiers mois de l’exercice en cours, Meesho a réalisé :

  • Un chiffre d’affaires de 624 millions de dollars (+30 % sur un an)
  • Une valeur brute de marchandises (GMV) de 2,15 milliards de dollars (+44 %)
  • 234 millions d’acheteurs ayant effectué au moins un achat sur les 12 derniers mois
  • 706 000 vendeurs actifs annuels
  • Plus de 50 000 créateurs de contenu générant des commandes

Ces chiffres placent déjà Meesho dans la cour des très grands, tout en conservant une structure de coûts ultra-compétitive grâce à son modèle commission-light.

Un modèle économique qui détonne

Là où Amazon et Flipkart misent sur la rapidité de livraison et les abonnements premium, Meesho a fait un choix radical : devenir le champion du value for money. La plateforme gagne principalement son argent via :

  • Les frais logistiques
  • La publicité
  • Les services aux vendeurs
  • Et seulement marginalement via les commissions (réservées au canal Meesho Mall)

Ce positionnement « low-cost mais pas low-quality » a permis à Meesho de conquérir les villes de taille moyenne et les zones rurales, là où la concurrence peine encore à être rentable.

Qui vend, qui garde lors de l’IPO ?

La structure de l’offre réserve quelques surprises. Si le montant total reste fixé autour de 606 millions de dollars, la répartition entre capital frais et ventes secondaires a fortement évolué depuis le draft prospectus :

ActionnairePart vendueComportement
SoftBank0 %Garde tout
Prosus0 %Garde tout
Fidelity0 %Garde tout
Peak XV Partners~3 %Vente partielle
Elevation Capital~4 %Vente partielle
Y Combinator~14 %Vente significative
Fondateurs+32M actionsVendent plus que prévu

Les cofondateurs Vidit Aatrey et Sanjeev Kumar ont finalement décidé d’augmenter leur part de vente pour compenser le désistement des gros fonds. Un geste qui permet de maintenir un flottant suffisant tout en gardant la confiance des institutionnels.

Pourquoi cette IPO change tout pour l’écosystème indien

Au-delà des chiffres, l’introduction en bourse de Meesho possède une portée symbolique immense. Elle valide plusieurs tendances de fond :

  • Le social commerce reste une arme absolue en Inde (WhatsApp comme canal d’acquisition principal)
  • Le modèle « value » peut défier les géants du premium
  • Les investisseurs long-terme recommencent à croire aux histoires indiennes
  • La prochaine vague d’IPO tech indiens est bel et bien lancée

Flipkart, qui prépare activement sa propre cotation pour 2026, observe avec attention. Amazon India, quant à lui, étudierait une séparation de ses activités locales en vue d’une éventuelle introduction. Meesho vient de prendre une longueur d’avance.

« Être coté va nous aider à attirer les meilleurs talents, même ceux qui viennent de Google ou Microsoft, et renforcera la confiance de tout notre écosystème. »

Dhiresh Bansal, CFO de Meesho

Et maintenant ? Les défis qui attendent Meesho

Tout n’est pas rose pour autant. Les pertes se sont creusées à 48 millions de dollars sur le semestre (contre seulement 2,7 millions un an plus tôt), signe que la croissance agressive a un coût. La rentabilité reste l’enjeu numéro un.

De plus, la concurrence ne compte pas se laisser faire. Amazon et Flipkart disposent de trésoreries bien plus importantes et pourraient accentuer leurs efforts sur le segment value. La guerre des prix risque de s’intensifier.

Enfin, la dépendance au réseau de créateurs et aux groupes WhatsApp représente à la fois une force et une fragilité. Toute modification d’algorithme ou de politique de Meta pourrait avoir un impact direct.

Ce que cette IPO nous dit sur l’avenir du e-commerce indien

Meesho incarne une vérité que beaucoup refusaient de voir : en Inde, le prochain milliard d’utilisateurs ne ressemblera pas aux clients premium de Bangalore et Mumbai. Ce seront des familles de Lucknow, Coimbatore ou Guwahati qui achèteront leur premier smartphone à 100 dollars et chercheront les meilleures affaires possibles.

Dans cette course, celui qui saura combiner prix bas, sélection large et expérience sociale fluide l’emportera. Meesho a déjà une avance considérable.

Le fait que SoftBank, après avoir connu des années difficiles avec certains paris indiens (Oyo, Paytm), choisisse de doubler sa mise sur Meesho en dit long. Les investisseurs institutionnels recommencent à croire à la grande histoire indienne du e-commerce.

Le 3 décembre 2025 restera probablement dans les mémoires comme le jour où l’Inde a prouvé, une nouvelle fois, qu’elle peut produire des champions mondiaux dans les secteurs les plus compétitifs. Et cette fois, c’est une startup partie de zéro, née pour les oubliés du boom tech indien, qui montre la voie.

À suivre de très près.

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Steven Soarez
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