Imaginez un continent entier qui, pendant des années, restait largement invisible aux yeux des grands fonds d’investissement de la Silicon Valley. Puis, du jour au lendemain, des centaines de fondateurs se lèvent, pitchent en ligne, et trois d’entre eux se retrouvent sur la scène mythique de TechCrunch Disrupt à San Francisco. C’est exactement ce qui se joue en ce moment avec la deuxième édition de Road to Battlefield, le concours imaginé par Silkroad Innovation Hub. En 2026, le programme a battu tous ses records : 726 candidatures venues de 39 pays, une domination écrasante de l’intelligence artificielle et une génération de fondateurs parfois à peine sortis de l’adolescence. Voici l’histoire d’une région qui refuse désormais de rester dans l’ombre.
Une Porte Ouverte Vers La Scène Mondiale
Le principe de Road to Battlefield reste simple et radicalement efficace. Organisé par Silkroad Innovation Hub en partenariat avec TechCrunch, Freedom Holding, Astana Hub et IT Park Uzbekistan, le concours offre aux startups d’Eurasie centrale un accès direct au Startup Battlefield 200 de Disrupt. L’événement se déroule du 13 au 15 octobre 2026 à San Francisco. Pour des fondateurs qui, auparavant, devaient multiplier les contacts et les voyages pour espérer se faire remarquer, cette passerelle change tout.
Asset Abdualiyev, fondateur et PDG de Silkroad Innovation Hub, résume la philosophie du projet avec une clarté presque brutale :
Depuis deux ans, avec nos partenaires, nous organisons Road to TC Startup Battlefield pour offrir aux fondateurs de notre région un accès direct aux plus grands VCs et aux écosystèmes mondiaux, un accès qu’ils n’avaient jamais eu à cette échelle.
Asset Abdualiyev, fondateur et CEO de Silkroad Innovation Hub
Derrière cette phrase se cache une réalité géographique et économique. L’Asie centrale, le Caucase, une partie du Moyen-Orient et de l’Europe de l’Est forment un ensemble vaste, jeune et encore sous-représenté dans les classements des hubs technologiques mondiaux. Road to Battlefield vise précisément à combler ce fossé. En 2025, la première édition avait déjà attiré 485 dossiers provenant de 27 pays. Trois startups en étaient sorties pour représenter la région : Polygraf AI (Azerbaïdjan/États-Unis), Surfaice (Kazakhstan/États-Unis) et Investbanq (Singapour/États-Unis). Un an plus tard, les chiffres ont explosé.
Des Chiffres Qui Parlent D’Eux-Mêmes
Cette année, 726 startups ont postulé, soit une hausse de près de 50 %. Le nombre de pays représentés est passé de 27 à 39. La couverture géographique s’étend désormais de l’Asie centrale au Caucase, du Moyen-Orient à l’Europe de l’Est et jusqu’à l’Asie du Sud. Les fondateurs ont pitché en ligne devant 47 juges issus de huit pays différents : des partenaires de fonds de capital-risque, des dirigeants de hubs technologiques et des entrepreneurs ayant déjà réussi à scaler leurs propres entreprises. Parmi le jury figurait également un juge artificiel nommé AI-Dana, symbole de la place centrale que l’intelligence artificielle occupe désormais dans l’écosystème.
Les tours nationaux se sont déroulés en ligne du 6 au 20 juillet 2026. Vingt-deux startups ont été retenues pour la finale régionale du 12 août. Parmi elles, trois seulement seront sélectionnées pour représenter la région à San Francisco. La pression est immense, mais les récompenses le sont tout autant.
Les Vingt-Deux Finalistes Sous Le Feu Des Projecteurs
La liste des finalistes révèle immédiatement la dynamique du moment. Six startups viennent d’Ouzbékistan : MoliyAI, Sino AI, Deepen, Fermopolis, Oqim App et Cerberus. Six autres arrivent du Kazakhstan : Soup, CortexAI, Scano, 4sell.ai, WeGlobal AI et ZhanCare.AI. La Turquie est représentée par Kaptın Kaptın et Pocket eSIM. L’Azerbaïdjan envoie SeaDar, la Géorgie Telagri, les États-Unis Admyra, le Kirghizistan Soulward, la Mongolie Suriy, le Qatar MVSxAI, le Japon Looq et la Roumanie Defensive Pedal.
Deux pays dominent clairement le peloton : le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Ce n’est pas un hasard. Ces deux nations concentrent aujourd’hui les plus grands écosystèmes startup de la région. Magzhan Madiyev, PDG d’Astana Hub, le souligne avec satisfaction :
Nous observons une croissance constante des produits d’intelligence artificielle, surtout au Kazakhstan et en Eurasie centrale, et cela correspond exactement à notre vision. Ce progrès reflète le renforcement de notre écosystème d’innovation et le travail considérable accompli.
Magzhan Madiyev, CEO d’Astana Hub
Astana Hub a fait de la formation de fondateurs capables de rivaliser à l’échelle mondiale l’une de ses priorités. Voir autant de projets kazakhs atteindre la finale régionale confirme que la stratégie porte ses fruits.
L’Intelligence Artificielle, Moteur Quasi Unique De La Vague
Sur les 726 candidatures, 609 concernent des produits liés à l’intelligence artificielle. Cela représente environ 84 % du total. Le chiffre est vertigineux. Il montre à quel point l’IA est devenue le point de départ naturel pour une majorité de fondateurs de la région. Qu’il s’agisse de solutions de scoring de crédit, d’outils de diagnostic médical, de plateformes agricoles ou de logiciels de cybersécurité, l’intelligence artificielle est partout.
Azamat Karamatov, PDG d’IT Park Uzbekistan, analyse cette tendance sous un angle stratégique :
Pour les fondateurs d’Ouzbékistan et d’Eurasie centrale, entrer sur les marchés internationaux fait désormais partie de la stratégie dès le départ. De plus en plus de startups construisent des produits capables de rivaliser et de se développer à l’échelle mondiale.
Azamat Karamatov, CEO d’IT Park Uzbekistan
IT Park Uzbekistan voit dans Road to Battlefield un levier concret pour connecter ses startups à des investisseurs, des clients et des écosystèmes technologiques de premier plan. L’objectif n’est plus seulement de créer des solutions locales, mais de penser global dès le premier jour.
Une Génération Extrêmement Jeune Et Ambiteuse
Parmi les 726 candidats, 89 ont moins de 18 ans. Le plus jeune n’a que 14 ans. Sept de ces mineurs viennent d’Ouzbékistan et du Kazakhstan. Ces chiffres dessinent le portrait d’une génération qui n’a jamais connu le monde d’avant le smartphone et qui considère l’intelligence artificielle comme un outil naturel plutôt que comme une révolution.
La majorité des projets se situent encore à un stade très précoce. Environ 41,6 % sont au stade de MVP, 38,6 % en pré-seed, 14,7 % en seed et seulement 4,7 % restent au stade de l’idée pure. Road to Battlefield attire donc surtout des équipes qui ont déjà quelque chose à montrer, même si le produit n’est pas encore mature.
Un Réseau De Partenaires Qui Couvre Tout Le Continent
Derrière le concours se cache une constellation d’acteurs régionaux. Des hubs et accélérateurs d’Azerbaïdjan, de Bulgarie, de Chine, de Géorgie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de Moldavie, de Mongolie, du Qatar, du Tadjikistan, de Turquie et d’Ouzbékistan se sont associés. On retrouve notamment Accelerate Prosperity, Activat VC, Ardventure, Bilkent Cyberpark, Bilişim Vadisi, Caucasus Ventures, CEVF, Doha Business Consulting, Future Laboratory, Future Unicorns, Global Tech Weekend Tbilisi, Hello Tomorrow Türkiye, IT Park Dushanbe, IT Park Mongolia, Khan Tengri Innovation Hub, MOST, Nazarbayev University, SABAH Angels, SABAH Fund, Silkroad Angels, Sofia Tech Park, Startup Moldova, Stanbase, StartupCentrum et Terricon Valley. Le média régional TheTech apporte son soutien médiatique.
Cette densité de partenaires explique en partie la capacité du concours à rayonner sur autant de territoires. Chaque hub local joue le rôle de relais et de filtre, ce qui permet à Silkroad Innovation Hub de recevoir des candidatures déjà pré-sélectionnées et de qualité.
Des Prix Qui Changent La Donne
Cette année, les enjeux financiers ont été sensiblement relevés. Un prix d’investissement de 100 000 dollars est mis en jeu, réparti entre les trois premiers : 50 000, 30 000 et 20 000 dollars. Ces sommes sont financées conjointement par Astana Hub Ventures, IT Park Ventures et Silkroad Innovation Hub.
En parallèle, OpenAI offre jusqu’à 100 000 dollars de crédits API aux trois vainqueurs, selon la même répartition. Les dix-neuf autres finalistes de la Top 22 reçoivent chacun 10 000 dollars de crédits API. Pour des équipes en phase de MVP ou de pré-seed, ces crédits représentent un accélérateur concret de développement.
Les trois lauréats finaux bénéficieront également d’un voyage et d’un hébergement entièrement pris en charge pour se rendre à San Francisco, ainsi que d’un accès à un réseau de plus de 1 000 fondateurs répartis dans 39 pays. Marlen Sikhayev, conseiller du président de Freedom Holding Corp., justifie cet engagement :
Nous soutenons l’écosystème depuis le début, et cette année ne fait pas exception. Ce qui impressionne le plus, c’est à quel point tout cela est porté par l’IA, des solutions conçues ici au Kazakhstan et dans toute notre région qui ne restent plus locales. Elles sont présentées au monde, sur la même scène que les plus grands noms de la tech.
Marlen Sikhayev, conseiller du président de Freedom Holding Corp.
Pourquoi Cette Édition 2026 Marque Un Tournant
Au-delà des chiffres et des prix, Road to Battlefield 2026 raconte une mutation plus profonde. L’Eurasie centrale n’est plus seulement un marché émergent qui attend d’être découvert. Elle produit désormais des startups capables de s’adresser directement aux marchés américains et européens. L’intelligence artificielle, loin d’être un simple effet de mode, sert de levier de différenciation et d’accélérateur de croissance.
Les fondateurs qui participent au concours n’attendent plus qu’on vienne les chercher. Ils construisent dès le départ des produits pensés pour l’international. Cette attitude change la relation avec les investisseurs étrangers. Au lieu de devoir expliquer longuement le contexte local, les équipes arrivent avec des métriques, des démonstrations et une ambition claire.
La présence d’un juge artificiel, AI-Dana, dans le panel 2026 n’est pas un gadget. Elle illustre la volonté d’introduire des critères d’évaluation objectifs et reproductibles, tout en restant à la pointe des outils que les startups elles-mêmes utilisent au quotidien.
Le Kazakhstan Et L’Ouzbékistan, Nouveaux Centres De Gravité
Le fait que ces deux pays fournissent à eux seuls douze des vingt-deux finalistes n’est pas anodin. Astana Hub au Kazakhstan et IT Park Uzbekistan ont investi massivement dans l’infrastructure, la formation et l’internationalisation. Les résultats se voient aujourd’hui dans la qualité et le volume des candidatures.
Au Kazakhstan, l’écosystème bénéficie d’un soutien public affirmé et d’une volonté politique de positionner le pays comme un hub technologique régional. En Ouzbékistan, la croissance démographique et la modernisation rapide des infrastructures numériques créent un terrain fertile pour les jeunes entrepreneurs. Les deux pays se renforcent mutuellement et entraînent derrière eux les nations voisines.
Ce Que La Finale Régionale Va Décider
Le 12 août 2026, les vingt-deux finalistes se retrouvent pour la dernière sélection. Trois d’entre eux seulement gagneront le droit de monter sur la scène de TechCrunch Startup Battlefield 200. Le choix des juges sera scruté de près. Au-delà des prix en cash et en crédits API, c’est la visibilité internationale et l’accès au réseau qui font la différence.
Les trois startups sélectionnées rejoindront un peloton mondial de projets déjà très compétitifs. Elles devront convaincre non seulement les juges de Battlefield, mais aussi les centaines d’investisseurs présents à Disrupt. Pour des équipes venues d’Almaty, de Tachkent ou de Bakou, ce moment représente souvent la première vraie confrontation avec l’écosystème californien.
Une Trajectoire Qui Ne Fait Que Commencer
Road to Battlefield n’est plus une expérience isolée. En deux éditions, le concours a prouvé qu’il existait un réservoir de talents et de projets capables de rivaliser à l’échelle mondiale. La hausse de 50 % des candidatures et l’élargissement géographique montrent que le message a été entendu. De plus en plus de fondateurs de la région considèrent désormais TechCrunch Disrupt comme une étape réaliste plutôt que comme un rêve inaccessible.
Le défi pour Silkroad Innovation Hub et ses partenaires sera de maintenir cette dynamique tout en accompagnant les startups au-delà de la simple sélection. Le voyage à San Francisco n’est qu’un début. Ce qui compte ensuite, c’est la capacité des équipes à transformer la visibilité en levées de fonds, en partenariats et en croissance réelle.
Dans les mois qui viennent, les regards seront tournés vers les trois finalistes qui franchiront la dernière étape. Mais au-delà des noms qui seront retenus, c’est toute une région qui s’affirme. L’Eurasie centrale n’attend plus d’être découverte. Elle force désormais la porte et s’installe à la table des grands.
Les prochains mois diront si cette génération de fondateurs, souvent très jeunes et ultra-spécialisés dans l’intelligence artificielle, réussira à transformer l’opportunité de Road to Battlefield en succès durable. Une chose est déjà certaine : le monde de la tech regarde désormais vers l’est avec une attention nouvelle. Et cette attention, les startups de la région comptent bien la capitaliser.
Les Enjeux Pour Les Investisseurs Internationaux
Pour les fonds d’investissement occidentaux, Road to Battlefield représente une opportunité de sourcing rare. Les projets sélectionnés ont déjà passé plusieurs filtres : tours nationaux, évaluation par un jury international et, pour les trois finalistes, une confrontation directe avec le standard de TechCrunch. Cela réduit considérablement le risque de découverte de startups encore trop immatures ou trop locales.
L’omniprésence de l’intelligence artificielle dans les candidatures répond également à une demande forte des marchés. Les investisseurs cherchent des équipes capables de construire des produits d’IA différenciants, souvent moins chers à développer grâce à des coûts de talent encore compétitifs dans la région. La combinaison d’ambition internationale et de structure de coûts favorable crée un profil particulièrement attractif.
Le Rôle Des Hubs Locaux Dans La Montée En Puissance
Astana Hub et IT Park Uzbekistan ne se contentent pas d’envoyer des startups au concours. Ils construisent des pipelines complets : formation, mentorat, accès à des infrastructures cloud, mise en relation avec des clients pilotes et préparation aux pitchs internationaux. Ce travail de fond explique en grande partie la qualité des projets qui atteignent la finale régionale.
D’autres hubs, comme ceux de Géorgie, d’Azerbaïdjan ou de Turquie, jouent un rôle similaire à plus petite échelle. Ensemble, ils forment un réseau qui permet à un fondateur de Tachkent ou d’Almaty de se préparer aussi sérieusement qu’un concurrent de Londres ou de Berlin.
Une Culture De L’Ambition Qui Se Diffuse
Le plus frappant dans les témoignages des organisateurs reste le changement d’état d’esprit. Il y a encore quelques années, de nombreux fondateurs de la région se contentaient de solutions locales. Aujourd’hui, la majorité des candidats à Road to Battlefield construisent dès le départ des produits pensés pour le marché américain ou européen. Cette bascule culturelle est peut-être le signal le plus important de l’édition 2026.
Elle s’accompagne d’une professionnalisation rapide des équipes. Les pitchs sont mieux préparés, les métriques plus solides, la compréhension des attentes des VCs plus fine. Le concours lui-même agit comme un accélérateur de maturité. Même les startups qui ne seront pas retenues parmi les trois finalistes repartent avec une expérience de pitch international et un réseau élargi.
Ce Que L’On Peut Attendre Des Prochaines Éditions
Si la trajectoire actuelle se confirme, les éditions futures de Road to Battlefield devraient voir le nombre de candidatures continuer à croître et la qualité moyenne s’élever encore. L’enjeu pour les organisateurs sera de garder un équilibre entre ouverture géographique et exigence de sélection. Trop élargir risque de diluer la qualité ; trop restreindre pourrait freiner l’élan.
La place de l’intelligence artificielle devrait rester dominante, mais d’autres verticales pourraient gagner en visibilité : deep tech, climat, fintech et santé numérique. La région dispose déjà d’atouts dans ces domaines, et le concours peut servir de vitrine.
Enfin, le succès des alumni des premières éditions sera déterminant. Si Polygraf AI, Surfaice, Investbanq et les futurs lauréats de 2026 parviennent à lever des fonds significatifs ou à réaliser des sorties notables, cela renforcera encore l’attractivité du programme et la crédibilité de toute la région.
Un Signal Fort Pour L’Écosystème Mondial
Road to Battlefield 2026 n’est pas seulement un concours de startups. C’est un signal. Il indique que de nouvelles géographies produisent désormais des talents et des projets capables de rivaliser avec les hubs traditionnels. Pour les organisateurs de TechCrunch Disrupt, c’est l’assurance d’avoir sur scène des équipes venues d’horizons encore peu explorés. Pour les investisseurs, c’est une source de deal-flow différenciante. Pour les fondateurs de la région, c’est la confirmation que leur ambition n’est plus illusoire.
Dans un monde où les grands centres technologiques semblent saturés, l’émergence de pipelines structurés en Eurasie centrale offre une respiration bienvenue. Silkroad Innovation Hub, Astana Hub, IT Park Uzbekistan et leurs partenaires ont su transformer une intuition en mécanisme concret. Le 12 août, lorsque les vingt-deux finalistes monteront sur scène pour la dernière sélection, c’est toute une région qui se jouera une place sur la carte mondiale de l’innovation.
Et cette place, elle ne se négocie plus. Elle se conquiert, un pitch après l’autre, une startup après l’autre, jusqu’à San Francisco.