Imaginez un instant : une intelligence artificielle si puissante qu’elle pourrait concevoir des moteurs de fusée entiers, gérer des corporations complètes et un jour prochain capter une partie significative de l’énergie du Soleil… depuis la Lune. C’est exactement la vision qu’Elon Musk et son équipe chez xAI ont partagée lors d’une réunion interne devenue publique. Un événement rarissime qui soulève des questions vertigineuses sur l’avenir de l’intelligence artificielle.

Le 11 février 2026, xAI a publié intégralement sur X une vidéo de 45 minutes issue de son all-hands. Ce geste inhabituel semble répondre à des fuites antérieures dans la presse. Ce qui frappe immédiatement, c’est l’ambition démesurée affichée sans filtre. On y parle moins d’améliorer un chatbot que de coloniser l’espace… avec des serveurs.

xAI : une startup qui voit très, très grand

Créée il y a seulement trente mois, xAI est déjà devenue l’une des entités les plus scrutées du monde de l’IA. Derrière cette accélération fulgurante se trouve bien sûr Elon Musk, mais surtout une équipe réduite et extrêmement talentueuse. La publication de cette réunion interne offre une fenêtre unique sur la culture, les priorités et les défis actuels de la société.

Une réorganisation douloureuse mais assumée

Comme beaucoup de jeunes pousses en hyper-croissance, xAI traverse une phase de restructuration. Plusieurs départs importants ont été officialisés, y compris des membres fondateurs. Elon Musk a tenu à clarifier la situation sur X :

« À mesure qu’une entreprise grandit, surtout aussi vite que xAI, la structure doit évoluer. Cela a malheureusement nécessité de se séparer de certaines personnes. Nous leur souhaitons le meilleur pour la suite. »

Elon Musk sur X

Cette réorganisation n’est pas anodine. Elle reflète une volonté de spécialisation accrue autour de produits concrets plutôt que de projets transversaux trop diffus. Quatre grandes équipes ont émergé de cette refonte :

  • L’équipe Grok (chatbot + voix)
  • L’équipe dédiée au système de codage intégré à l’application
  • L’équipe Imagine (générateur de vidéos)
  • L’équipe Macrohard, le projet le plus ambitieux et le plus énigmatique

Macrohard : quand l’IA pilote l’ordinateur… et l’entreprise

Le projet Macrohard fascine autant qu’il intrigue. Dirigé par Toby Pohlen, il vise à créer une IA capable d’effectuer n’importe quelle tâche qu’un humain peut réaliser sur un ordinateur. Mais l’ambition va bien au-delà de la simple automatisation de bureau.

On parle ici de simuler des usages complets d’ordinateurs, de modéliser des entreprises entières, et même de concevoir des produits physiques complexes. L’exemple donné lors de l’all-hands est particulièrement parlant :

« Il devrait être possible de concevoir entièrement par IA des moteurs de fusée. »

Toby Pohlen, responsable Macrohard

Derrière cette phrase se cache une vision où l’IA ne se contente plus d’assister l’ingénieur, mais devient l’ingénieur principal. Une étape qui, si elle se concrétise, bouleverserait radicalement l’industrie aérospatiale… et bien d’autres secteurs.

Les chiffres impressionnants… et leurs zones d’ombre

La réunion a également livré des métriques révélatrices sur l’adoption des produits xAI et sur l’écosystème X :

  • X aurait dépassé le milliard de dollars de revenus annuels récurrents grâce aux abonnements
  • L’outil Imagine générerait 50 millions de vidéos par jour
  • Plus de 6 milliards d’images auraient été produites en 30 jours

Ces chiffres sont spectaculaires. Ils témoignent d’une adoption massive. Pourtant, ils soulèvent aussi des interrogations éthiques majeures. Une partie très significative de ces images et vidéos générées correspond à du contenu pornographique deepfake, qui a littéralement saturé certaines sections de X pendant plusieurs semaines.

Difficile de séparer les usages créatifs légitimes de cette explosion de contenus explicites générés par IA. La question de la modération et de la responsabilité des plateformes se pose plus que jamais.

Le climax : des data centers… sur la Lune

La partie la plus mémorable de la présentation arrive en toute fin, lorsque Elon Musk aborde l’avenir à très long terme de l’infrastructure IA. Il réaffirme son intérêt pour des data centers spatiaux, puis va beaucoup plus loin.

Il évoque la construction d’usines sur la Lune destinées à produire des satellites d’intelligence artificielle. Pour les mettre en orbite à moindre coût, xAI imagine l’utilisation d’un mass driver lunaire — une sorte de canon électromagnétique géant capable de propulser des charges sans carburant.

Une fois ces infrastructures en place, Musk envisage des clusters d’IA capables de capter une fraction significative de l’énergie solaire totale, voire de s’étendre à d’autres systèmes stellaires. Il conclut sur une note presque philosophique :

« Il est difficile d’imaginer ce qu’une intelligence de cette échelle pourrait penser… mais ce sera incroyablement excitant de le découvrir. »

Elon Musk

Pourquoi cette vision fascine et inquiète à la fois

Le mélange d’audace technique, de mégalomanie assumée et de pragmatisme entrepreneurial rend la présentation de xAI unique. D’un côté, on y trouve des avancées concrètes : Grok qui gagne en popularité, Imagine qui explose, un produit de codage qui séduit les développeurs. De l’autre, des projections qui semblent tout droit sorties d’un roman de science-fiction hard.

Cette dualité pose plusieurs questions essentielles :

  • Peut-on vraiment construire des data centers viables sur la Lune dans les prochaines décennies ?
  • Les mass drivers lunaires sont-ils réalistes à l’échelle industrielle ?
  • Une IA capable de tout faire sur ordinateur ne risque-t-elle pas de concentrer un pouvoir économique et stratégique sans précédent ?
  • Comment gérer les dérives éthiques (deepfakes, contenus illicites) quand la génération devient aussi massive ?

Autant de sujets qui dépassent largement le cadre d’une simple startup technologique.

xAI face aux géants : une stratégie différenciante

Dans un paysage dominé par OpenAI, Anthropic, Google DeepMind et Meta AI, xAI choisit une voie singulière. Plutôt que de se focaliser uniquement sur les grands modèles de langage ou la recherche fondamentale, l’entreprise mise sur :

  • Une intégration très forte avec la plateforme X
  • Des produits grand public à très fort volume (Imagine, Grok)
  • Des projets d’infrastructure à très long terme (espace)
  • Une culture du risque et de la transparence assumée (publication de l’all-hands)

Cette stratégie peut sembler chaotique vue de l’extérieur. Elle est pourtant cohérente avec la philosophie d’Elon Musk : penser en termes de premières principes, viser des ordres de grandeur supérieurs, et accepter que le chemin soit semé d’embûches.

Quelles leçons pour les autres entrepreneurs ?

Même si l’on reste sceptique sur la faisabilité d’une usine IA lunaire à court terme, plusieurs éléments de la démarche xAI méritent d’être médités :

  • Communiquer sans filtre — publier une réunion interne entière est un pari risqué, mais cela crée une proximité et une authenticité rares.
  • Segmenter très tôt — passer de projets transversaux à des équipes produits dédiées permet de gagner en vitesse d’exécution.
  • Penser l’infrastructure physique — l’énergie et le refroidissement deviennent les principaux goulots d’étranglement de l’IA ; anticiper ces contraintes est stratégique.
  • Accepter la controverse — plutôt que de censurer les dérives, xAI semble préférer avancer vite et corriger ensuite (approche risquée mais cohérente avec la culture Musk).

Ces choix ne conviennent pas à tout le monde. Ils traduisent néanmoins une certaine vision du monde : celle d’un futur où l’intelligence artificielle ne se cantonne plus aux data centers terrestres, mais devient une infrastructure civilisationnelle à l’échelle du système solaire.

Vers une nouvelle course à l’espace… numérique ?

Si l’on pousse la logique de Musk jusqu’au bout, on aboutit à un scénario où la prochaine grande compétition technologique ne se joue plus seulement sur Terre, mais dans l’espace. Les nations et les entreprises qui contrôleront les ressources énergétiques orbitales et lunaires détiendront un avantage décisif dans la course à l’intelligence artificielle générale.

xAI n’est pas la seule à regarder vers le ciel. Blue Origin, SpaceX (évidemment), mais aussi des acteurs chinois et européens commencent à étudier sérieusement les data centers orbitaux. La différence ? xAI est la première à l’afficher aussi ouvertement comme priorité stratégique.

Conclusion : entre vertige et réalisme

La réunion publique de xAI laisse une impression étrange : un mélange d’excitation enfantine et d’inquiétude diffuse. D’un côté, l’idée qu’une poignée d’ingénieurs puisse rêver — et peut-être réaliser — des data centers lunaires et des IA capables de tout concevoir est proprement fascinante. De l’autre, la concentration de pouvoir, les risques éthiques et les incertitudes techniques sont immenses.

Une chose est sûre : xAI ne joue pas dans la même cour que les autres laboratoires d’IA. Elle ne cherche pas simplement à construire le meilleur modèle de langage. Elle veut redéfinir les lois de l’échelle, de l’énergie et peut-être même de la géographie de l’intelligence.

Reste à savoir si ce rêve cosmique survivra au contact de la réalité… ou s’il entraînera l’humanité plus loin qu’elle ne l’imaginait.

Et vous, que pensez-vous de cette vision ? Utopie dangereuse ou audace nécessaire ?

avatar d’auteur/autrice
Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.