Imaginez un monde où les data centers géants d’Amazon, de Microsoft ou de Google ne dépendent plus uniquement du solaire ou de l’éolien intermittent, mais d’une source d’énergie stable, propre et disponible 24 h/24. Un monde où une startup américaine relance enfin le nucléaire sur son sol après des décennies d’immobilisme. Ce monde est peut-être en train d’arriver plus vite qu’on ne le pense, et il a un nom : X-energy.

X-energy vient de lever 700 millions de dollars supplémentaires… et ce n’est que le début

Le 24 novembre 2025, la jeune pousse basée à Rockville, dans le Maryland, a annoncé avoir bouclé une Série D monumentale de 700 millions de dollars. Un montant qui porte à 1,4 milliard les fonds levés en moins d’un an et à 1,8 milliard au total depuis sa création en 2019. Dans le secteur pourtant gourmand des startups nucléaires, c’est tout simplement colossal.

Cette nouvelle injection arrive à peine dix mois après l’extension de sa Série C (passée de 500 à 700 millions). Preuve que les investisseurs ne veulent pas rater le train du nuclear renaissance américain.

Qui a mis la main à la poche cette fois-ci ?

Le tour de table est mené par Jane Street, le géant du trading haute fréquence qui avait déjà participé à l’extension de la Série C. Autour de la table, on retrouve des noms impressionnants :

  • Ares Management
  • ARK Invest (Cathie Wood)
  • Emerson Collective (Laurene Powell Jobs)
  • Point72 (fonds de Steve Cohen)
  • Segra Capital, XTX Ventures, Reaves Asset Management…

Des profils très variés : hedge funds, family offices tech, fonds spécialisés énergie. Tous convaincus que le nucléaire de nouvelle génération va devenir le pilier de la transition énergétique des géants du cloud.

Le produit star : le réacteur Xe-100

X-energy développe des petits réacteurs modulaires (SMR) de quatrième génération, refroidis au gaz hélium et utilisant un combustible révolutionnaire : des pebbles de la taille d’une balle de billard. Chaque pebble contient des milliers de particules d’uranium enrichi enrobées de plusieurs couches de carbone et de céramique capables de résister à des températures extrêmes.

Le réacteur Xe-100 produit 80 MW électriques (200 MW thermiques) par module. Quatre modules forment une centrale de 320 MW, mais on peut en assembler jusqu’à douze. Avantages majeurs :

  • Construction en usine (donc moins chère et plus rapide)
  • Sécurité passive : en cas de panne, le réacteur s’arrête tout seul
  • Déchet ultime très faible volume
  • Température de sortie très élevée (750 °C) idéale pour l’industrie lourde ou la production d’hydrogène

« Nous ne construisons pas simplement des réacteurs, nous reconstruisons toute une supply chain nucléaire américaine qui avait quasiment disparu. »

Clay Sell, CEO de X-energy

Des clients déjà signés… et pas des moindres

Ce qui rend X-energy particulièrement crédible, ce sont ses contrats fermes. La startup revendique déjà 144 réacteurs commandés, soit plus de 11 GW de capacité. Parmi les clients :

  • Amazon : jusqu’à 5 GW d’ici 2039, dont plus de 600 MW déjà confirmés dans le Nord-Ouest et en Virginie
  • Dow Chemical : pour décarboner ses sites industriels
  • Centrica (British Gas) au Royaume-Uni
  • Projets avec le Département de l’Énergie américain (DoE)

Amazon est d’ailleurs un investisseur stratégique via son Climate Pledge Fund depuis la première tranche de la Série C. Le géant de Seattle voit dans le nucléaire la seule solution viable pour alimenter ses data centers IA qui consomment déjà plus que certains pays européens.

Une course contre la montre avec la concurrence

X-energy n’est pas seul. NuScale, TerraPower (Bill Gates), Kairos Power, GE Hitachi, Rolls-Royce… tous veulent être les premiers à faire redémarrer une centrale nucléaire commerciale aux États-Unis depuis des décennies.

Pour l’instant, aucun SMR de génération IV n’est encore en service en Occident. La Chine et le Japon ont pris de l’avance avec des réacteurs à haute température similaires (HTR-PM opérationnel depuis 2023). Les États-Unis veulent rattraper leur retard, et vite.

StartupTechnologiePuissance unitairePremier déploiement visé
X-energyGaz hélium + pebbles TRISO80 MWe2029-2030
NuScaleEau pressurisée classique77 MWe2029 (annulé Idaho, nouveau site)
TerraPowerSodium + Natrium345 MWe2030 (Wyoming)
Kairos PowerSels fondus fluorés75 MWth (démo)2030

X-energy semble aujourd’hui en pole position grâce à ses contrats commerciaux déjà signés et à sa technologie jugée particulièrement sûre et polyvalente.

Pourquoi maintenant ? Le cocktail parfait

Plusieurs facteurs expliquent cette ruée vers le nucléaire avancé :

  • L’explosion de la demande électrique liée à l’IA (+15 à 20 % par an aux États-Unis)
  • Les objectifs zéro carbone 2035/2050 impossibles à tenir sans énergie pilotable
  • Le soutien politique bipartisan (Inflation Reduction Act, ADVANCE Act)
  • La peur de dépendre de la Chine sur les technologies critiques
  • La maturité enfin atteinte des designs Gen IV

Le nucléaire représente aujourd’hui moins de 20 % de l’électricité américaine, contre 70 % en France. Tous les experts s’accordent : sans un retour massif du nucléaire, les objectifs climatiques seront inatteignables.

Et après ? Les prochains défis

Avec 700 millions frais en poche, X-energy va pouvoir :

  • Construire son usine de fabrication de pebbles TRISO à Oak Ridge (Tennessee)
  • Développer la chaine d’approvisionnement en uranium enrichi HALEU
  • Accélérer les démarches NRC (autorisation de construction prévue 2026)
  • Lancer la construction de sa première centrale commerciale

Mais les obstacles restent nombreux : délais réglementaires, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, opposition locale… La route est encore longue avant de voir les premiers électrons produits par un Xe-100.

Une chose est sûre : si X-energy réussit, elle ne changera pas seulement le mix énergétique américain. Elle pourrait bien redessiner toute l’industrie mondiale de l’énergie pour le XXIe siècle.

Et vous, pensez-vous que le nucléaire modulaire est la solution miracle pour décarboner les data centers et l’industrie lourde ? Ou reste-t-il trop de freins culturels et techniques ? La course est lancée. Et elle promet d’être passionnante.

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.