Imaginez monter dans un véhicule futuriste, sans chauffeur, qui vous accueille d’un sympathique « Oh hi, Julien ! » avant de vous emmener à travers la ville en toute fluidité. Ce scénario, qui semblait tout droit sorti d’un film de science-fiction il y a encore quelques années, devient peu à peu réalité. Et l’acteur principal de cette révolution s’appelle aujourd’hui… Ojai.

Waymo, la filiale d’Alphabet spécialisée dans la conduite autonome, vient de révéler un changement de nom majeur pour son prochain robotaxi. Exit le Zeekr RT, bonjour Ojai. Ce rebranding, annoncé début 2026, n’est pas anodin. Il traduit à la fois une stratégie marketing fine et les ambitions démesurées de l’entreprise pour conquérir le marché mondial de la mobilité autonome.

Ojai : quand un nom de village inspire la révolution autonome

Perché dans les montagnes Topatopa au-dessus de Los Angeles, le petit village d’Ojai est surtout connu pour son ambiance bohème, ses artistes, ses sources thermales et son rythme de vie axé sur le bien-être. Pourquoi donc choisir ce nom pour baptiser un véhicule high-tech destiné à transporter des milliers de passagers chaque jour ? La réponse est plus subtile qu’il n’y paraît.

Waymo explique officiellement que le grand public américain ne connaît quasiment pas la marque Zeekr, propriété du géant chinois Geely. Prononcer et retenir « Zeekr » posait déjà problème. Ajoutez à cela le contexte géopolitique actuel et la sensibilité autour des technologies chinoises dans les véhicules autonomes américains, et le choix d’un nom 100 % californien devient soudain beaucoup plus logique.

« Nous avons cherché un nom qui évoque la Californie, l’innovation et une certaine douceur de vivre. Ojai nous a semblé parfait. »

Chris Bonelli, porte-parole de Waymo

Le petit détail amusant ? Quand vous ouvrirez la porte coulissante du robotaxi Ojai, l’assistant vocal vous accueillera par un chaleureux « Oh hi » suivi de votre prénom. Un jeu de mots phonétique très américain… et terriblement efficace pour créer une connexion émotionnelle immédiate avec l’utilisateur.

Retour sur l’histoire d’une collaboration sino-américaine hors norme

L’aventure commence en 2021. Waymo signe un partenariat stratégique avec Zeekr, marque premium du groupe Geely, pour co-développer un véhicule spécifiquement conçu pour la robotaxi. En 2022, lors d’un événement spectaculaire à Los Angeles, le prototype est dévoilé : un minivan sans volant ni pédales, basé sur l’architecture modulaire SEA-M de Zeekr.

Depuis, le véhicule a beaucoup évolué. Testé intensivement à Phoenix et San Francisco, il a subi d’innombrables ajustements logiciels et matériels. L’objectif ? Atteindre le niveau de fiabilité nécessaire pour une exploitation commerciale à grande échelle.

  • 13 caméras haute résolution
  • 4 lidars de dernière génération
  • 6 radars longue et courte portée
  • Microphones externes pour détecter sirènes et klaxons
  • Essuie-glaces miniaturisés pour les capteurs

Cette combinaison de capteurs reste inchangée sur la version Ojai présentée au CES 2026. En revanche, la livrée extérieure a subtilement évolué : fini le bleu métallisé un peu froid, place à un argent élégant et lumineux qui inspire davantage confiance au grand public.

Pourquoi le steering wheel est revenu… pour mieux repartir ?

Curiosité notable : le premier concept dévoilé en 2022 n’avait pas de volant. Le véhicule était censé être 100 % autonome dès le départ. Pourtant, la version Ojai présentée en 2026 possède bel et bien un volant escamotable.

Cette décision pragmatique s’explique par plusieurs facteurs :

  1. Faciliter les tests sur route ouverte avec un opérateur de sécurité
  2. Permettre une éventuelle reprise manuelle en cas de situation limite
  3. Rassurer les autorités régulatrices encore frileuses
  4. Offrir une solution transitoire dans les villes où la confiance publique reste à construire

Waymo précise cependant que le volant ne sera utilisé que très rarement, et uniquement par le superviseur de sécurité présent à bord lors des premières phases de déploiement commercial.

Où en est Waymo en ce début 2026 ?

La société opère déjà des services commerciaux complets dans cinq grandes villes américaines : Phoenix, San Francisco, Los Angeles, Austin et Atlanta. Les trajets sont effectués majoritairement avec la Jaguar I-PACE modifiée, mais aussi avec le Chrysler Pacifica Hybrid dans certaines zones.

L’arrivée prochaine de l’Ojai doit permettre plusieurs avancées majeures :

  • Capacité d’accueil supérieure (jusqu’à 6-7 passagers)
  • Coût de fabrication et d’exploitation nettement réduit
  • Meilleure autonomie énergétique
  • Design intérieur optimisé pour l’expérience passager
  • Portes coulissantes automatiques des deux côtés

Actuellement, les employés Waymo, leurs familles et amis peuvent déjà commander un Ojai à San Francisco et Phoenix via l’application. Il s’agit de la dernière étape avant l’ouverture au grand public, généralement réalisée dans les 3 à 6 mois suivants.

Une expansion fulgurante annoncée pour 2026-2027

Waymo ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’entreprise a dévoilé un calendrier ambitieux : une douzaine de nouvelles villes devraient accueillir ses robotaxis d’ici fin 2027. Parmi les noms qui reviennent le plus souvent :

  • Denver
  • Las Vegas
  • Miami
  • Washington D.C.
  • Seattle
  • Londres (première incursion européenne)

Cette expansion massive nécessite des milliers de véhicules supplémentaires. C’est précisément là qu’intervient l’Ojai : un modèle pensé dès l’origine pour une production à grande échelle et un coût maîtrisé.

La concurrence observe… et accélère

Waymo reste largement en tête aux États-Unis, mais la pression monte. Cruise (General Motors) reprend doucement son activité après une longue pause réglementaire. Zoox (Amazon) prépare ses propres lancements. Tesla promet toujours son robotaxi « Full Self-Driving » pour… bientôt. Sans oublier les acteurs chinois comme Baidu Apollo Go ou Pony.ai qui explosent sur leur marché domestique.

Dans ce contexte ultra-concurrentiel, le choix d’un nom simple, chaleureux et 100 % américain comme Ojai pourrait bien s’avérer être un coup marketing génial. À l’heure où la provenance technologique devient un sujet sensible, Waymo mise sur l’émotion et la proximité plutôt que sur la prouesse technique brute.

Quel impact sur le quotidien des citadins ?

Si le déploiement se passe comme prévu, l’Ojai pourrait transformer en profondeur nos habitudes de déplacement. Finis les parkings hors de prix, les embouteillages monstres et les taxis introuvables à 2h du matin. Bonjour un service disponible 24/7, prévisible, confortable et potentiellement 30 à 60 % moins cher qu’un VTC classique.

Mais des défis subsistent : la météo extrême, les zones mal cartographiées, les comportements imprévisibles des piétons et cyclistes, la cybersécurité, la régulation… Waymo avance prudemment, ville par ville, en accumulant des milliards de kilomètres de données réelles.

Et si Ojai devenait le symbole d’une nouvelle ère ?

Derrière ce simple changement de nom se cache peut-être plus qu’une opération de communication. C’est aussi la fin symbolique d’une dépendance technologique affichée envers un constructeur chinois, et le début d’une ère où Waymo cherche à incarner pleinement l’innovation « made in USA ».

En choisissant Ojai, Waymo ne se contente pas de renommer un véhicule. Elle raconte une histoire : celle d’une technologie ultra-sophistiquée qui veut s’intégrer avec douceur et bienveillance dans le quotidien des Américains… et peut-être bientôt des Européens.

Reste à savoir si ce pari audacieux portera ses fruits. Mais une chose est sûre : quand le premier passager montera dans un Ojai et entendra ce petit « Oh hi », la mobilité urbaine aura définitivement changé de visage.

Et vous, seriez-vous prêt à monter à bord ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.