Imaginez un monde où vous commandez un Uber, mais aucun chauffeur humain ne se trouve derrière le volant. La voiture arrive seule, conduite par une intelligence artificielle capable de raisonner presque comme un humain. Ce futur n’est plus si lointain : le 28 janvier 2026, la startup canadienne Waabi a annoncé une levée de fonds colossale de 1 milliard de dollars et un partenariat stratégique majeur avec Uber pour déployer des robotaxis à grande échelle. Une nouvelle qui fait trembler le secteur de la mobilité autonome.
Waabi : quand une ex-patronne scientifique d’Uber revient en force
Derrière cette success-story se trouve Raquel Urtasun, une figure incontournable du monde de l’autonomous driving. Ancienne chief scientist chez Uber ATG (la division véhicules autonomes d’Uber vendue à Aurora en 2020), elle a fondé Waabi en 2021 avec une conviction profonde : les approches traditionnelles des acteurs historiques sont trop coûteuses, trop lentes et trop gourmandes en données.
Waabi mise tout sur une architecture IA généraliste, capable de s’adapter à différents types de véhicules sans repartir de zéro à chaque fois. Un pari audacieux qui semble aujourd’hui payer.
Un milliard de dollars pour changer la donne
La levée de fonds annoncée est impressionnante : 750 millions de dollars en Series C (co-dirigée par Khosla Ventures et G2 Venture Partners) auxquels s’ajoutent environ 250 millions de dollars en capital jalonné fourni directement par Uber. Au total, Waabi a désormais levé environ 1,28 milliard de dollars depuis sa création.
Mais au-delà des chiffres, ce qui frappe c’est la structure même de cet investissement. Uber ne se contente pas d’injecter de l’argent : l’entreprise s’engage à déployer au minimum 25 000 robotaxis équipés de la technologie Waabi Driver exclusivement sur sa plateforme de mobilité.
« Notre incroyable technologie de base permet, pour la première fois, une solution unique capable de gérer plusieurs verticales à grande échelle. »
Raquel Urtasun, fondatrice et CEO de Waabi
Cette citation résume parfaitement l’ambition : un seul cerveau IA pour les camions autonomes… et désormais pour les voitures de tourisme sans chauffeur.
Waabi Driver : la révolution par la simulation
Ce qui distingue Waabi de la concurrence (Waymo, Cruise, Zoox, etc.), c’est sa méthode de développement. Au lieu de collecter des milliards de kilomètres réels et d’employer des armées d’annotateurs humains, Waabi a construit Waabi World, un simulateur en boucle fermée d’un genre nouveau.
- Il crée automatiquement des jumeaux numériques ultra-réalistes à partir de données réelles
- Il simule en temps réel les capteurs (lidar, caméras, radar)
- Il génère des scénarios rares et dangereux pour tester les limites du système
- Il permet à l’IA d’apprendre directement de ses erreurs, sans intervention humaine
Conséquence directe : le Waabi Driver aurait besoin de beaucoup moins d’exemples réels pour atteindre un niveau de performance acceptable. Raquel Urtasun affirme que cette approche rend le développement capital-efficient, c’est-à-dire beaucoup moins gourmand en capitaux et en énergie que les méthodes de la première génération (Waymo, Cruise, etc.).
« Nous n’avons pas besoin de milliers de personnes pour annoter des données, ni de flottes immenses, ni de data centers monstrueux », explique-t-elle. Une déclaration qui sonne comme une critique à peine voilée des géants actuels du secteur.
Du camion autonome au robotaxi : une transition naturelle
Waabi s’est d’abord fait connaître avec l’autonomous trucking. Depuis 2022, la société mène des pilotes commerciaux (avec chauffeur de sécurité) au Texas. Elle travaille également avec Volvo pour concevoir des camions autonomes construits directement en usine avec la pile technologique embarquée.
Mais l’entreprise n’a jamais caché que les robotaxis faisaient partie de sa feuille de route. Dès le départ, elle collectait et simulait des données de voitures particulières en parallèle de ses travaux sur les poids lourds. Résultat : le même « cerveau » IA peut théoriquement piloter un semi-remorque de 40 tonnes ou une berline familiale.
Avec le partenariat Uber, Waabi passe à la vitesse supérieure. L’objectif affiché est ambitieux : déployer des dizaines de milliers de véhicules autonomes sur la plateforme Uber dans les années à venir. Même si aucune date précise n’a été communiquée, l’ampleur de l’engagement financier laisse penser que les premiers tests grandeur nature pourraient arriver plus vite qu’on ne le croit.
Uber AV Labs : la nouvelle arme secrète d’Uber
En parallèle de l’accord avec Waabi, Uber annonce la création d’Uber AV Labs, une division dédiée à la collecte de données pour ses partenaires autonomes. Waymo, Avride, WeRide, Momenta et d’autres acteurs sont déjà dans le giron d’Uber. Waabi devient donc l’un des piliers de cette stratégie multi-partenaires.
Uber ne développe plus sa propre pile autonome (après l’échec d’Uber ATG), mais se positionne comme la plateforme de distribution privilégiée des robotaxis du futur. Une stratégie maligne qui lui permet de rester central dans l’écosystème sans porter seul les risques colossaux du R&D.
Les investisseurs qui croient au projet
La confiance des investisseurs est impressionnante. Outre Khosla Ventures et G2 Venture Partners, on retrouve dans le tour :
- Uber lui-même
- NVentures (bras VC de Nvidia)
- Volvo Group Venture Capital
- Porsche Automobil Holding SE
- BlackRock
- BDC Capital
- et plusieurs autres fonds stratégiques
La présence de Nvidia n’est pas anodine : les puces DRIVE Orin et les futures architectures Blackwell sont au cœur des systèmes autonomes modernes. Le soutien de l’architecte principal du hardware IA donne du poids supplémentaire au projet.
Les défis qui restent à relever
Malgré l’enthousiasme, plusieurs obstacles demeurent. Waabi a déjà repoussé son lancement de camion autonome sans chauffeur (initialement prévu fin 2025) à 2026. La validation complète des camions Volvo prend plus de temps que prévu.
Pour les robotaxis, les enjeux sont encore plus importants : il s’agit d’opérer en milieu urbain dense, avec des piétons imprévisibles, des cyclistes, des travaux, des conditions météo extrêmes… Un tout autre niveau de complexité par rapport aux autoroutes.
Enfin, la concurrence est rude : Waymo circule déjà sans chauffeur à Phoenix, San Francisco et Los Angeles ; Zoox (Amazon) avance ; Tesla promet toujours son Robotaxi… Waabi devra prouver que sa promesse de généralisation et d’efficacité économique se concrétise sur le terrain.
Vers un futur multimodal autonome ?
Raquel Urtasun a laissé entendre que la prochaine vertical pourrait être… la robotique. Si le Waabi Driver parvient réellement à généraliser à différents facteurs de forme (camions, voitures, robots), alors la startup pourrait devenir l’un des acteurs les plus transversaux du secteur de l’autonomie.
Nous serions alors face à une plateforme IA capable de piloter aussi bien un 18-roues sur autoroute qu’un robot de livraison dernier kilomètre dans un centre commercial bondé. Un scénario qui, s’il se réalise, changerait radicalement la donne économique de la mobilité et de la logistique autonomes.
Ce que cela signifie pour l’avenir de la mobilité
Si Waabi et Uber parviennent à déployer ne serait-ce qu’une fraction des 25 000 véhicules promis, cela pourrait accélérer drastiquement l’adoption massive des robotaxis. Les prix pourraient baisser, la disponibilité augmenter, et les comportements de mobilité des citadins changer profondément.
Moins de voitures personnelles, plus d’usage partagé, réduction potentielle des embouteillages, impact environnemental… Les scénarios sont nombreux. Mais tout repose sur la capacité de Waabi à transformer sa technologie prometteuse en produit fiable et scalable.
En attendant, cette annonce marque un tournant : la deuxième génération d’acteurs autonomes, plus malins sur le plan technologique et plus économes en capitaux, commence à prendre le dessus sur les pionniers dispendieux de la première vague.
Waabi n’est peut-être pas encore le leader incontesté, mais avec ce milliard et ce partenariat Uber, elle vient clairement de passer dans la cour des grands. La course au million de robotaxis est lancée… et elle s’annonce passionnante.
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