Imaginez : vous rentrez épuisé d’une longue journée, vous ouvrez votre application de livraison préférée, vous prenez une photo de votre liste de courses griffonnée sur un post-it ou même d’une recette Pinterest, et en quelques secondes votre panier est déjà rempli avec les bons produits, vos marques habituelles et même les quantités adaptées. De la science-fiction ? Non, c’est déjà possible en 2026 grâce à Uber Eats.

Le géant de la livraison a officiellement lancé, en février 2026, une fonctionnalité qui pourrait bien changer la routine de millions de foyers : Cart Assistant. Cet assistant intelligent, actuellement en version bêta, promet de réduire drastiquement le temps passé à constituer un panier de produits d’épicerie. Et si la promesse est tenue, il s’agit peut-être de l’une des avancées les plus concrètes que l’intelligence artificielle ait apportées au quotidien des consommateurs ces dernières années.

Quand l’IA rencontre le caddie virtuel

Longtemps cantonnée aux recommandations de films ou à la rédaction d’emails, l’intelligence artificielle conversationnelle s’invite désormais dans les rayons virtuels des supermarchés. Uber Eats n’est pas le premier acteur à explorer cette voie, mais il semble avoir trouvé une implémentation particulièrement pragmatique et immédiate avec Cart Assistant.

Concrètement, dès que vous consultez la page d’un magasin partenaire dans l’application, une petite icône violette – la couleur signature d’Uber Eats – apparaît : Cart Assistant. Un simple tap dessus et le chatbot s’active. À partir de là, plusieurs méthodes d’entrée sont possibles, ce qui fait toute la force de l’outil.

Les différentes façons de parler à Cart Assistant

  • Écrire une liste classique : « 2 L de lait demi-écrémé, 6 œufs, flocons d’avoine, bananes, poulet entier »
  • Uploader une photo d’une liste manuscrite (même très peu lisible)
  • Envoyer une capture d’écran d’une recette trouvée sur Marmiton, 750g ou un blog culinaire
  • Dictée vocale (dans les prochaines mises à jour selon les indiscrétions)
  • Demander directement des suggestions : « Je veux faire des lasagnes ce soir pour 4 personnes »

Dans tous les cas, l’IA analyse le besoin, recherche les produits correspondants dans le catalogue du magasin choisi, prend en compte les promotions du moment et surtout… se souvient de vos habitudes.

« Les utilisateurs nous disaient qu’ils voulaient une façon plus rapide de faire leurs courses. Nous savons à quel point votre temps est précieux. Cart Assistant permet de passer de l’idée à la validation du panier en quelques secondes. »

Praveen Neppalli Naga, CTO d’Uber

Cette citation illustre parfaitement l’angle choisi par Uber : avant tout une question de gain de temps. Pas de révolution philosophique sur l’IA, pas de promesses grandiloquentes, juste une fonctionnalité qui supprime l’une des tâches les plus chronophages du quotidien.

Personnalisation et mémoire à long terme

L’un des points forts mis en avant par l’équipe produit est la capacité de l’assistant à s’appuyer sur l’historique des commandes de l’utilisateur. Si vous achetez toujours la même marque de yaourt grec nature 0 %, la même référence de papier toilette ou le même paquet de café en grains, Cart Assistant va prioriser ces produits lorsqu’il constitue le panier.

Cette mémoire contextuelle transforme petit à petit l’expérience d’une simple liste automatique en véritable conseiller personnel d’épicerie. Plus vous utilisez l’outil, plus il devient pertinent. Un cercle vertueux classique dans les produits IA grand public, mais qui fonctionne particulièrement bien quand les données sont riches et récurrentes, comme c’est le cas avec les courses alimentaires.

Après l’ajout automatique : la phase de personnalisation

Une fois les produits ajoutés, rien n’est figé. L’utilisateur garde la main :

  • Remplacer un produit par une autre marque
  • Modifier les quantités
  • Ajouter des articles supplémentaires en naviguant dans les rayons virtuels
  • Supprimer les suggestions qui ne conviennent pas
  • Demander des alternatives moins chères ou bio

Cette étape reste indispensable car aucun algorithme ne peut encore deviner parfaitement les préférences subjectives ou les contraintes du moment (allergies temporaires, budget serré cette semaine, envie soudaine de chocolat…). Cart Assistant se positionne donc comme un co-pilote plutôt qu’un pilote automatique total.

Un marché déjà très concurrentiel

Uber Eats n’arrive pas en terrain vierge. Depuis 2023, la course à l’IA s’est accélérée dans le secteur de la livraison et de l’épicerie en ligne :

  • Instacart a déployé dès 2023 un outil de recherche conversationnelle propulsé par ChatGPT
  • DoorDash testait à la même période DashAI, un chatbot interne
  • Les deux plateformes (Uber Eats et DoorDash) ont intégré ChatGPT directement pour la commande de repas au restaurant

Uber Eats se distingue cependant sur deux points : l’intégration native dans le parcours d’achat grocery (et non seulement restaurant) et surtout la capacité à traiter des images de listes manuscrites ou de recettes, ce qui n’était pas encore généralisé chez les concurrents en début 2026.

Pourquoi cette fonctionnalité pourrait vraiment changer la donne

Pour comprendre l’enjeu, il faut se pencher sur les statistiques d’usage des applications d’épicerie en ligne. En moyenne, un utilisateur met entre 7 et 14 minutes pour constituer un panier de 20-30 articles. Avec Cart Assistant, Uber Eats annonce pouvoir ramener ce temps à moins de 90 secondes dans de nombreux cas.

Sur le papier, 10-12 minutes économisées par commande ne semblent pas révolutionnaires. Mais rapporté à 2-3 commandes par semaine et à plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs actifs dans le monde, cela représente des milliers d’années de vie humaine rendues aux clients… et potentiellement des milliers de paniers supplémentaires passés sur la plateforme.

Les limites actuelles et les défis techniques

Comme toute fonctionnalité en bêta, Cart Assistant n’est pas exempt de défauts. Parmi les retours utilisateurs précoces :

  • Confusion occasionnelle sur les références très similaires (différents conditionnements d’une même marque)
  • Difficulté à interpréter certaines écritures très cursives ou sur fond coloré
  • Manque parfois de nuance sur les demandes imprécises (« du fromage » → quel fromage ?)
  • Produits indisponibles non signalés assez tôt

Ces écueils sont classiques dans les premières versions d’outils IA grand public. Uber dispose cependant d’un avantage compétitif majeur : un volume colossal de données d’achat qui permet d’entraîner et d’améliorer très rapidement le modèle.

Au-delà des clients : l’impact sur les commerçants partenaires

Uber Eats ne communique pas encore beaucoup sur la façon dont Cart Assistant bénéficie aux enseignes partenaires, mais plusieurs pistes sont probables :

  • Meilleure visibilité des produits mis en avant par l’IA
  • Augmentation du panier moyen grâce aux suggestions intelligentes
  • Réduction des abandons de panier liés à la complexité de navigation
  • Données enrichies sur les intentions d’achat réelles des consommateurs

On peut aussi imaginer que les commerçants les plus avancés pourront, à terme, alimenter directement l’IA avec des données spécifiques (promotions flash, stocks en temps réel, produits du jour…).

Vers une bataille d’assistants IA dans la foodtech ?

Si l’on regarde l’évolution des douze derniers mois, une tendance se dessine clairement : chaque grand acteur de la livraison alimentaire cherche à devenir l’assistant personnel de référence de ses utilisateurs.

Uber mise sur l’intégration profonde dans le parcours grocery + la multimodalité (texte + image). DoorDash travaille sur des recommandations très contextuelles (budget, régime, occasion). Instacart continue de capitaliser sur sa spécialisation pure épicerie. Et pendant ce temps, Amazon peaufine Rufus, son assistant IA global qui couvre déjà l’épicerie.

Dans ce contexte ultra-compétitif, la qualité de l’exécution, la rapidité des itérations et surtout la fidélisation des données utilisateurs seront déterminantes.

Ce que l’avenir pourrait réserver à Cart Assistant

Si l’on pousse la logique un peu plus loin, voici quelques évolutions probables d’ici 2027-2028 :

  • Intégration native avec les listes partagées familiales
  • Suggestions proactives (« Tu n’as plus de lait depuis 10 jours… »)
  • Planification hebdomadaire automatique selon les habitudes et le budget
  • Connexion avec des objets connectés (réfrigérateur intelligent, balance connectée)
  • Mode « anti-gaspillage » qui propose des recettes à partir de ce qu’il reste chez vous
  • Analyse nutritionnelle personnalisée en temps réel

Certaines de ces fonctionnalités existent déjà isolément chez différents acteurs ; Uber Eats pourrait les regrouper dans une seule interface fluide.

Conclusion : un petit pas pour l’utilisateur, un grand pas pour Uber Eats ?

Cart Assistant ne va pas, à lui seul, détrôner les leaders de l’épicerie en ligne. Mais il constitue une brique supplémentaire dans la construction d’une relation toujours plus intime entre Uber Eats et ses utilisateurs.

En rendant l’acte d’achat d’épicerie presque invisible, l’entreprise espère transformer une corvée en geste anodin, voire agréable. Et dans un secteur où la fidélité se joue souvent à quelques minutes près, ces quelques secondes gagnées à chaque commande pourraient valoir de l’or.

Reste maintenant à suivre les retours utilisateurs, les améliorations successives et surtout la réponse des concurrents. Car dans la bataille de l’IA appliquée au quotidien, celui qui offrira l’expérience la plus fluide, la plus rapide et la plus personnelle risque fort de rafler la mise.

Et vous, seriez-vous prêt à laisser une intelligence artificielle remplir votre panier de courses ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.