Et si vous pouviez accéder à des liquidités sans sacrifier vos précieuses parts dans un fonds de venture capital ? Depuis quelques années, les investisseurs, notamment les limited partners (LP), font face à un casse-tête : les sorties via IPO se raréfient, et leurs capitaux restent bloqués. C’est dans ce contexte qu’une startup américaine, Turbine, vient de lever 22 millions de dollars pour proposer une solution aussi simple qu’ingénieuse : un crédit adossé aux participations dans les fonds VC.

Turbine : Une Réponse à un Problème Méconnu

Imaginez un instant : vous êtes un investisseur individuel ou une petite structure familiale ayant placé des fonds dans un VC. Tout va bien jusqu’à ce que les appels de capitaux s’enchaînent, mais vos liquidités, elles, ne suivent plus. C’est exactement ce qu’a vécu Mike Hurst, le cerveau derrière Turbine, après avoir vendu sa précédente entreprise en 2018. Une expérience personnelle qui a donné naissance à une idée révolutionnaire.

D’où Vient l’Idée de Turbine ?

Après avoir cédé Exactuals, une startup de paiements, à City National Bank, Mike Hurst a investi une partie de ses gains dans des fonds VC et des actions technologiques. Mais en 2022, le krach boursier a frappé. « Les fonds continuaient d’appeler des capitaux pour de nouveaux investissements, mais je n’avais pas assez de cash disponible », confie-t-il. Vendre ses actions Amazon à 90 $ alors qu’il anticipait une remontée à 210 $ ? Hors de question. C’est là qu’il a eu l’idée de Turbine : un produit de crédit sécurisé par les positions dans les fonds.

« Je ne voulais ni hypothéquer ma maison, ni vendre mes actifs à perte. Il fallait une autre solution. »

Mike Hurst, Fondateur de Turbine

Comment Fonctionne Cette Solution ?

Turbine propose une approche comparable à une ligne de crédit hypothécaire ou une marge sur des actions. Concrètement, les LP peuvent emprunter en utilisant la valeur de leurs participations dans des fonds comme garantie. Si, par exemple, un investissement initial de 3 millions de dollars vaut aujourd’hui 10 millions, c’est cette valorisation qui sert de base au prêt. Une manière astucieuse de débloquer des fonds sans renoncer au potentiel de croissance futur.

Le concept n’est pas sans rappeler les mécanismes du marché secondaire, mais avec une différence clé : pas besoin de vendre à rabais. Turbine sort de l’ombre avec une levée de fonds de 22 millions de dollars, co-menée par Alpha Edison et TTV Capital, et un accès à une ligne de crédit de 100 millions via Silicon Valley Bank.

Un Besoin Réel sur le Marché

Le manque de liquidité est un sujet brûlant pour les LP depuis que les IPO se font rares. Pour les grandes institutions, ce n’est qu’un désagrément. Mais pour les investisseurs individuels ou les petites structures, c’est une tout autre histoire. Gardiner Garrard, de TTV Capital, raconte avoir été souvent sollicité par des LP en quête de solutions. « Vendre des actifs sur le marché secondaire ? Trop coûteux. Céder une participation dans un fonds ? Les discounts sont dissuasifs », explique-t-il.

Turbine répond à ce vide avec une offre qui séduit déjà ses premiers clients : les cinq fonds VC ayant investi dans la startup. Leurs general partners proposent désormais ce service à leurs LP, et l’ambition est claire : élargir l’accès à d’autres fonds dans les mois à venir.

Les Avantages et Limites du Modèle

Le principal atout de Turbine ? Offrir une **flexibilité financière** sans forcer les LP à brader leurs actifs. Prenons un cas concret : un LP dont la participation a triplé de valeur peut emprunter sur cette base, tout en conservant son exposition aux gains futurs. Mais cette liberté a un coût. Avec un taux d’intérêt autour de 9 %, ces prêts ne sont pas donnés, surtout dans un contexte où le taux préférentiel avoisine les 7,5 %.

Pourtant, Garrard défend cette tarification : « C’est bien plus avantageux que de vendre à perte sur le marché secondaire. » Un argument qui tient la route, surtout quand on sait que les discounts sur les ventes de participations peuvent atteindre 20 à 30 % selon les conditions du marché.

  • Avantage clé : Liquidité immédiate sans perte de potentiel.
  • Point faible : Un coût d’emprunt non négligeable.
  • Opportunité : Une alternative aux solutions traditionnelles.

Un Modèle Qui Séduit les Acteurs du VC

Les premiers à adopter Turbine ne sont autres que ses investisseurs. Alpha Edison, TTV Capital, Fin Capital, B Capital et Sozo Ventures ont non seulement misé sur la startup, mais intègrent déjà son produit dans leurs offres. « Je n’arrivais pas à croire qu’une telle solution n’existait pas déjà pour nos LP », s’étonne Garrard. Une réaction qui illustre le potentiel disruptif de cette fintech.

Pour Hurst, l’objectif est clair : démocratiser cet outil. Après avoir testé le concept avec ses partenaires initiaux, Turbine prévoit de s’ouvrir à un plus large éventail de fonds VC. Une expansion qui pourrait redéfinir la manière dont les LP gèrent leurs engagements financiers.

Pourquoi Turbine Peut Changer la Donne

Dans un écosystème où la liquidité est devenue un luxe, Turbine apporte une bouffée d’air frais. Les LP ne sont plus condamnés à attendre une sortie hypothétique ou à céder leurs parts à vil prix. Cette innovation pourrait même encourager davantage d’investisseurs individuels à se tourner vers le venture capital, en réduisant les risques liés à l’illiquidité.

Et si le modèle fonctionne, il pourrait s’étendre au-delà du VC. Les fonds de private equity, par exemple, partagent des problématiques similaires. Avec 100 millions de dollars de capacité de prêt en poche, Turbine a les moyens de ses ambitions.

Un Pari sur l’Avenir du Financement

En levant 22 millions de dollars, Turbine ne se contente pas de résoudre un problème ponctuel. Elle s’inscrit dans une tendance plus large : celle de la **financiarisation des actifs alternatifs**. À l’heure où les marchés traditionnels peinent à offrir des rendements stables, les solutions comme celle-ci pourraient devenir des standards.

Pour les LP, c’est une opportunité de reprendre le contrôle. Pour les fonds VC, c’est un moyen de fidéliser leurs investisseurs. Et pour Turbine, c’est le début d’une aventure qui pourrait bien transformer le paysage du financement privé.

CritèreTurbineMarché Secondaire
CoûtTaux de 9 %Discounts de 20-30 %
FlexibilitéConserve les partsVente définitive
AccessibilitéVia fonds partenairesMarché limité

En conclusion, Turbine ne se contente pas de lever des fonds : elle lève le voile sur une nouvelle façon d’envisager la liquidité dans le venture capital. Reste à voir si cette innovation saura s’imposer comme un incontournable ou si elle restera une niche. Une chose est sûre : elle répond à un besoin criant, et ça, c’est déjà un sacré pari gagné.

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Steven Soarez
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