Imaginez pouvoir commander dès aujourd’hui un pick-up 100 % électrique, conçu dès le départ pour cette motorisation, et affiché à un prix tournant autour de 25 000 à 30 000 dollars. Dans un marché où les constructeurs historiques galèrent à vendre leurs gros camionnettes à batterie à plus de 60 000 $, une nouvelle venue venue de nulle part vient de franchir un cap symbolique très impressionnant : plus de 150 000 réservations. Bienvenue dans l’univers de Slate Auto.

Slate Auto défie la tendance morose des pick-ups électriques

En décembre 2025, alors que le secteur des véhicules électriques traverse l’une de ses phases les plus compliquées depuis l’euphorie de 2021-2022, une startup relativement discrète continue de faire grimper les compteurs. Slate Auto n’est pas encore en production de série, son usine est toujours en phase de rénovation, et pourtant, la barre des 150 000 réservations remboursables vient d’être franchie.

Ce chiffre, dévoilé dans une vidéo questions-réponses avec la CEO Chris Barman, montre que l’intérêt ne faiblit pas. Mieux : les nouvelles inscriptions continuent d’arriver plus vite que les éventuelles annulations. Un signe plutôt encourageant dans un paysage où la plupart des promesses d’hier se sont transformées en déceptions.

Un concept radicalement différent

Contrairement à la majorité des pick-ups électriques actuels qui sont en réalité des versions électrifiées de modèles thermiques existants, Slate a fait le choix inverse : concevoir le véhicule entièrement autour de la motorisation électrique. Pas de compromis hérités d’une plateforme thermique, pas de moteur thermique à remplacer par des batteries : tout est pensé pour optimiser l’espace, le poids, l’autonomie et surtout le coût final.

Cette approche « ground-up » (de la feuille blanche) est extrêmement rare dans l’industrie automobile, surtout pour une startup. Elle rappelle la philosophie initiale de Tesla avec la Model S, ou plus récemment celle de Rivian avec ses R1T et R1S. Mais là où ces deux acteurs ont visé le haut de gamme, Slate a pris exactement le chemin opposé : la démocratisation.

Nous voulons construire le pick-up que les Américains peuvent réellement s’offrir, pas celui qu’ils regardent dans les publicités.

Chris Barman, CEO de Slate Auto

Cette citation, prononcée lors de la fameuse session Q&A de fin 2025, résume parfaitement l’ambition de l’entreprise. Un véhicule simple, fonctionnel, robuste, et surtout accessible.

Le contexte difficile du marché des trucks électriques

Pour bien mesurer la performance de Slate, il faut regarder ce qui se passe chez les grands constructeurs historiques. Quelques semaines seulement avant l’annonce des 150 000 réservations, Ford a pris une décision lourde de sens : l’arrêt définitif de la production du F-150 Lightning dans sa version 100 % électrique pure.

Le pick-up vedette de la marque à l’ovale bleu ne disparaît pas totalement, mais il sera remplacé par une version hybride dotée d’un groupe électrogène. La raison officielle ? Des marges négatives et des ventes désespérément faibles, souvent inférieures à 3 000 unités par trimestre.

  • Ford F-150 Lightning → ventes très faibles, fin de la version full EV
  • Tesla Cybertruck → production lente, prix très élevé
  • GMC Hummer EV & Silverado EV → volumes confidentiels
  • Rivian R1T → positionnement premium, prix élevé

Dans ce paysage, l’annonce de Slate fait figure d’ovni. Un pick-up électrique à bas prix qui continue d’attirer du monde alors que les mastodontes du secteur battent en retraite sur le segment full électrique ? Voilà qui interpelle.

Qui est vraiment derrière Slate Auto ?

Derrière ce projet ambitieux se cache une silhouette familière : Jeff Bezos. Le fondateur d’Amazon n’est pas le dirigeant opérationnel, mais il est l’un des principaux investisseurs privés via son fonds personnel. Cette implication donne une certaine crédibilité financière à l’entreprise.

Chris Barman, l’actuelle CEO, n’est pas non plus une inconnue. Elle a passé de nombreuses années chez Tesla où elle occupait le poste de Vice-Présidente en charge du service client mondial. Elle connaît donc parfaitement les attentes des clients dans le domaine des véhicules électriques, ainsi que les pièges à éviter lors du lancement d’une nouvelle marque.

Les chiffres qui racontent une histoire

Revenons sur la courbe des réservations, car elle est assez parlante :

PériodeRéservationsCommentaire
Mai 2025100 000Sortie de l’ombre très remarquée
Décembre 2025150 000Croissance continue malgré le ralentissement général
Objectif production annuelle150 000 unitésCapacité usine prévue

On remarque que la croissance s’est poursuivie sur sept mois malgré un contexte très défavorable pour l’ensemble du secteur. C’est plutôt bon signe. Cependant, pour remplir une usine prévue pour 150 000 unités par an, il faudra convertir une très large partie de ces réservations en commandes fermes, et surtout attirer de nouveaux clients une fois les premiers véhicules livrés.

Les atouts techniques et stratégiques de Slate

Le véhicule lui-même se veut extrêmement pragmatique. Pas de gadgets inutiles, pas d’écran géant de 50 pouces, pas de conduite autonome (le sujet est clairement écarté par la direction). Slate mise sur l’essentiel :

  • Prix cible : zone des 25-30 000 $
  • Configuration 2 portes + banquette arrière optionnelle
  • Possibilité d’installer un siège enfant à l’arrière
  • Conception optimisée pour réduire drastiquement les coûts
  • Usine de production en cours de rénovation à Warsaw, Indiana

Ce dernier point est crucial. Plutôt que de construire une gigantesque Gigafactory flambant neuve, Slate a choisi de réhabiliter une ancienne usine industrielle existante. Stratégie beaucoup moins coûteuse, beaucoup plus rapide, et qui limite les risques financiers.

Les défis qui attendent Slate en 2026-2027

Malgré ces points très positifs, la route reste semée d’embûches. Transformer 150 000 réservations en autant de clients satisfaits est un exercice d’une difficulté extrême. Voici les principaux défis identifiés :

  1. Tenir le prix annoncé malgré l’inflation des matières premières
  2. Réaliser la mise au point industrielle sans dérapage majeur
  3. Obtenir les certifications nécessaires dans les délais
  4. Créer un réseau de service après-vente crédible
  5. Convaincre les clients que Slate est une marque pérenne
  6. Résister à l’arrivée de nouveaux concurrents low-cost

Parmi ces concurrents, on surveille particulièrement la future plateforme low-cost que Ford promet pour 2027. Si le géant de Detroit parvient à proposer un pick-up électrique vraiment abordable, la fenêtre d’opportunité de Slate pourrait se refermer très rapidement.

Pourquoi Slate fascine autant les observateurs ?

Dans un secteur où l’on a vu défiler des dizaines de startups prometteuses qui ont finalement disparu (Lordstown, Canoo en grande difficulté, Nikola, Faraday Future…), Slate intrigue par sa discrétion assumée et son exécution méthodique.

Pas de promesses délirantes, pas de show à la Cybertruck, pas d’annonces de robotaxis pour 2026. Juste un produit simple, un prix agressif, une équipe expérimentée et un investisseur de poids. Parfois, dans l’univers automobile, la simplicité est la plus grande des audaces.

Quel avenir pour le pick-up électrique abordable ?

Le segment du pick-up électrique à prix accessible reste l’un des plus grands fantasmes du marché automobile américain. Des millions de foyers rêvent d’un véhicule capable de tracter une remorque, transporter du matériel, et tout cela sans consommer 15 litres aux 100 km.

Si Slate parvient à livrer ses premières unités fin 2026 comme annoncé, avec un prix respecté et une qualité satisfaisante, l’entreprise pourrait bien devenir le symbole d’une deuxième vague d’électrification : celle des travailleurs, des artisans, des familles nombreuses, et non plus seulement celle des early-adopters fortunés.

Pour l’instant, le pari reste audacieux. Mais les 150 000 réservations montrent que l’idée fait son chemin. Reste maintenant à transformer cette promesse en réalité sur les routes américaines… et peut-être, un jour, ailleurs dans le monde.

À suivre très attentivement en 2026.

avatar d’auteur/autrice
Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.