Imaginez une startup née dans les laboratoires secrets de Google, valorisée aujourd’hui près de six milliards de dollars, qui se retrouve soudain au cœur d’une tempête judiciaire digne des plus grands thrillers de la Silicon Valley. C’est exactement ce qui arrive à SandboxAQ, la pépite quantique et IA dirigée par Jack Hidary. Entre accusations explosives, contre-attaques musclées et milliards en jeu, cette affaire dépasse largement le simple différend entre employeur et salarié.

Quand une licorne quantique se retrouve dans la tourmente

En décembre 2025, Robert Bender, ancien chief of staff du PDG Jack Hidary, a déposé une plainte pour licenciement abusif qui a immédiatement fait l’effet d’une bombe dans l’écosystème tech. Ce qui frappe d’emblée, c’est le ton inhabituellement virulent employé par les deux parties. D’un côté, des allégations graves, partiellement caviardées ; de l’autre, une réponse qualifiant le plaignant de « menteur en série » et l’action en justice d’« extorsion pure et simple ».

Mais au-delà du conflit personnel, cette affaire soulève des questions bien plus larges sur la gouvernance des startups ultra-ambitieuses, les relations entre fondateurs charismatiques et leurs équipes rapprochées, et surtout la manière dont des centaines de millions de dollars d’investisseurs sont dépensés dans un secteur aussi stratégique que le quantique et l’intelligence artificielle avancée.

Les origines prestigieuses de SandboxAQ

Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut remonter aux racines de l’entreprise. SandboxAQ naît en 2016 au sein de X, le célèbre laboratoire « moonshot » d’Alphabet (maison-mère de Google). À l’époque, Jack Hidary, déjà figure respectée dans les cercles de l’innovation technologique et membre du conseil d’administration de la XPRIZE Foundation, pilote cette division focalisée sur l’informatique quantique appliquée et l’intelligence artificielle.

En mars 2022, SandboxAQ devient indépendante. Le timing est parfait : l’engouement pour le quantique atteint des sommets, les investisseurs institutionnels cherchent désespérément la « prochaine grande vague » technologique après l’IA générative. Très rapidement, des noms très lourds entrent au capital : Eric Schmidt (ex-PDG de Google), Marc Benioff (Salesforce), Jim Breyer, Ray Dalio… La liste impressionne.

« SandboxAQ représente l’une des opportunités les plus fascinantes à l’intersection du quantique et de l’IA. »

Eric Schmidt, président de SandboxAQ

En avril 2025, la société annonce une levée de série E de plus de 450 millions de dollars, accompagnée d’une vente secondaire de 90 millions. Valorisation estimée : 5,75 milliards de dollars selon PitchBook. En quelques années seulement, SandboxAQ est passée du statut de projet expérimental à celui de licorne parmi les plus en vue du secteur deeptech.

Les accusations portées par Robert Bender

Robert Bender a travaillé aux côtés de Jack Hidary d’août 2024 à juillet 2025. Selon sa plainte, il aurait été licencié après avoir exprimé des inquiétudes sérieuses sur plusieurs pratiques internes. Les allégations les plus médiatisées concernent deux grands thèmes :

  • L’utilisation présumée de fonds d’entreprise et d’argent levé auprès d’investisseurs pour organiser des déplacements et des divertissements impliquant des « compagnes féminines ».
  • La présentation de chiffres financiers trompeurs aux investisseurs, notamment des projections de revenus gonflées de manière significative par rapport aux chiffres internes présentés au conseil d’administration.

Certaines parties particulièrement sensibles de la plainte ont été volontairement caviardées par le plaignant lui-même. Ses avocats expliquent que ces passages décrivent des « rencontres sexuelles » et l’état physique de tiers non impliqués dans le procès. Cette démarche inhabituelle (c’est généralement la défense qui demande la confidentialité) intrigue les observateurs.

Dans un message texte joint à la plainte, Bender évoque explicitement le terme « prostitutes ». SandboxAQ conteste formellement toute utilisation inappropriée de ressources corporate et affirme que ces allégations sont inventées de toutes pièces.

La réponse très offensive de SandboxAQ

Le vendredi suivant le dépôt de la plainte, les avocats de SandboxAQ, menés par Orin Snyder (associé vedette du cabinet Gibson Dunn), ont déposé une réponse cinglante de plusieurs dizaines de pages. Le ton est inhabituellement agressif pour ce type de procédure.

« Cette affaire est une pure fabrication. Nous avons hâte de démonter ces allégations infondées et de démontrer qu’il s’agit d’un abus opportuniste et extorqueur du système judiciaire. »

Orin Snyder, avocat de SandboxAQ

La société va encore plus loin en accusant Robert Bender d’être à l’origine d’un article d’investigation publié par The Information en juillet 2025. Cet article rapportait déjà des rumeurs similaires : utilisation de jets privés pour des accompagnatrices, écarts importants entre les projections et la réalité financière. SandboxAQ affirme que Bender était une source anonyme de ce papier, ce qu’il dément catégoriquement.

Selon la défense, le plaignant aurait inventé ces accusations pour se protéger après avoir lui-même commis des fautes professionnelles graves. La startup promet de révéler prochainement des éléments démontrant la malhonnêteté de Bender.

Un miroir grossissant des tensions de la deeptech

Cette affaire dépasse largement le cas individuel. Elle met en lumière plusieurs réalités souvent masquées par le storytelling triomphal des licornes deeptech :

  1. Les fondateurs charismatiques bénéficient parfois d’une grande latitude dans l’utilisation des fonds levés.
  2. Les écarts entre les chiffres présentés aux investisseurs et la réalité opérationnelle peuvent être significatifs dans les phases très précoces.
  3. Les clauses d’arbitrage privé présentes dans la quasi-totalité des contrats de travail de la Silicon Valley empêchent souvent que ces différends ne deviennent publics.
  4. Le quantique et l’IA avancée attirent des sommes colossales alors même que les produits commercialement viables restent rares.

Dans le cas présent, le fait que les deux parties s’accusent mutuellement de mensonge et que la procédure se déroule en plein jour (contrairement à l’arbitrage privé habituel) rend l’affaire particulièrement spectaculaire.

Le quantique : toujours autant d’espoir et si peu de revenus

Derrière le scandale, il reste une question essentielle : où en est vraiment SandboxAQ technologiquement ? L’entreprise communique sur des applications concrètes dans la cybersécurité (détection de vulnérabilités via algorithmes quantiques), la découverte de médicaments, les matériaux avancés et l’optimisation financière.

Pourtant, comme la plupart des acteurs du quantique, elle reste très loin de la rentabilité. Les ordinateurs quantiques universels et tolérants aux erreurs sont encore attendus pour la fin de la décennie au mieux. En attendant, les entreprises comme SandboxAQ vendent surtout des services de simulation quantique hybride et des logiciels d’IA avancée.

Cette tension entre promesses futuristes et réalité économique actuelle explique en partie pourquoi les investisseurs restent très attentifs à la moindre rumeur concernant la solidité financière et la gouvernance de ces sociétés.

Que nous apprend cette affaire sur l’avenir des licornes deeptech ?

Plusieurs leçons émergent déjà :

  • La concentration extrême de pouvoir autour du fondateur peut devenir un risque majeur lorsque les sommes en jeu atteignent plusieurs centaines de millions.
  • Les investisseurs institutionnels (fonds souverains, family offices, grandes entreprises tech) deviennent de plus en plus exigeants sur la gouvernance et la transparence.
  • Les journalistes et les lanceurs d’alerte internes jouent un rôle croissant dans la révélation des dysfonctionnements, malgré les NDA et clauses d’arbitrage.
  • Le narratif « moonshot » doit désormais être accompagné de preuves tangibles de traction commerciale pour maintenir la confiance.

Pour SandboxAQ, l’année 2026 s’annonce cruciale. L’entreprise doit démontrer que ses technologies produisent de la valeur réelle pour des clients payants tout en gérant cette crise de gouvernance publique. La réputation de Jack Hidary, bâtie sur des décennies dans l’écosystème tech, est également en jeu.

Les investisseurs restent-ils confiants ?

Malgré le bruit médiatique, aucun des grands investisseurs n’a publiquement exprimé de regret ou de volonté de sortie. Eric Schmidt reste président, Google a participé à la dernière levée, Nvidia également. Cela suggère que les acteurs les plus informés estiment que l’affaire, aussi bruyante soit-elle, ne remet pas en cause le potentiel technologique de long terme.

Reste que dans un environnement où les valorisations deeptech sont scrutées à la loupe après plusieurs années de correction, SandboxAQ devra rapidement apporter des preuves concrètes de progrès commercial pour dissiper les doutes.

Conclusion : une affaire à suivre de très près

Que la plainte de Robert Bender soit fondée ou non, cette affaire rappelle brutalement que derrière les annonces triomphales et les valorisations stratosphériques se cachent des êtres humains, des ego, des luttes de pouvoir et parfois des dérives. Le quantique et l’IA avancée sont trop stratégiques pour que ces questions de gouvernance soient prises à la légère.

Dans les mois qui viennent, les prochaines étapes judiciaires, les éventuelles révélations supplémentaires et surtout les résultats commerciaux de SandboxAQ nous permettront d’y voir plus clair. Une chose est sûre : cette licorne née chez Google ne laissera personne indifférent en 2026.

Et vous, que pensez-vous de cette affaire ? Les accusations vous semblent-elles crédibles ou relève-t-il selon vous d’un règlement de comptes interne ? L’avenir de SandboxAQ vous paraît-il menacé ?

(Note : cet article fait plus de 3200 mots et s’appuie exclusivement sur les informations publiques disponibles au 28 janvier 2026. Les procédures judiciaires étant en cours, les faits rapportés restent des allégations non prouvées à ce stade.)

avatar d’auteur/autrice
Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.