Imaginez une petite entreprise née dans un garage néo-zélandais qui, en moins de deux décennies, se retrouve à signer des contrats à neuf chiffres avec le Pentagone. C’est l’histoire folle de Rocket Lab, cette startup qui ne cesse de défier les géants du spatial. Et le dernier chapitre ? Un contrat record de 816 millions de dollars pour concevoir et fabriquer 18 satellites dédiés à la défense antimissile. On en parle ?
Rocket Lab : de la fusée low-cost au géant de la défense spatiale
Depuis sa création en 2006 par Peter Beck, Rocket Lab s’est imposée comme une alternative crédible aux mastodontes comme SpaceX ou Blue Origin. Mais si tout le monde connaît l’entreprise pour sa fusée Electron – cette petite lanceuse capable d’envoyer des charges utiles en orbite à un coût défiant toute concurrence –, peu savent qu’elle est en train de vivre une transformation profonde. La voilà désormais incontournable dans le domaine ultra-sensible de la défense spatiale américaine.
Un contrat historique qui change la donne
Le 19 décembre 2025, Rocket Lab a annoncé avoir remporté un contrat de 816 millions de dollars avec la Space Development Agency (SDA), une branche du Département de la Défense des États-Unis. Il s’agit tout simplement du plus important contrat jamais signé par l’entreprise. L’objectif ? Concevoir, fabriquer et livrer 18 satellites équipés de capteurs avancés pour la détection, le suivi et la défense contre les missiles.
Ces satellites feront partie du programme Tracking Layer Tranche 3, une constellation en orbite basse destinée à renforcer les capacités de surveillance spatiale américaine. En clair, il s’agit de créer un bouclier invisible capable de repérer des menaces hypersoniques en temps réel.
Ce contrat démontre notre capacité à livrer des solutions spatiales critiques à grande échelle pour la sécurité nationale.
Rocket Lab, communiqué officiel
Et ce n’est pas tout. Ce nouveau contrat s’ajoute à un précédent de 515 millions de dollars pour le programme Transport Layer-Beta. Au total, Rocket Lab dépasse désormais les 1,3 milliard de dollars de contrats avec la SDA seule. Une manne financière qui sécurise l’avenir de l’entreprise et valide sa stratégie de diversification.
Pourquoi la défense américaine mise-t-elle sur Rocket Lab ?
La réponse tient en quelques mots : rapidité, coût maîtrisé et expertise verticale. Contrairement aux grands groupes traditionnels de la défense (Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon), Rocket Lab contrôle l’ensemble de la chaîne : conception des fusées, fabrication des satellites, logiciels embarqués, et même les lancements.
Cette intégration verticale permet de réduire drastiquement les délais et les coûts. Là où un contrat classique peut prendre des années, Rocket Lab promet des livraisons en mois. Un atout décisif dans un contexte géopolitique où la Chine et la Russie accélèrent leurs programmes spatiaux militaires.
- Réactivité inégalée face aux besoins urgents de défense
- Coûts bien inférieurs aux acteurs historiques
- Capacité à produire en série des satellites performants
- Expérience prouvée avec plus de 50 lancements Electron
La SDA, créée en 2019, cherche précisément à moderniser l’architecture spatiale militaire américaine en s’appuyant sur des constellations proliferées en orbite basse. Un modèle inspiré… de Starlink. Et Rocket Lab est parfaitement positionnée pour répondre à cette vision.
Peter Beck, le visionnaire discret derrière cette ascension
Derrière cette success story, il y a un homme : Peter Beck. Ingénieur autodidacte, passionné de propulsion depuis l’enfance, il a fondé Rocket Lab avec une idée simple : démocratiser l’accès à l’espace. Ce qui frappe chez lui, c’est sa discrétion. Pas de tweets provocateurs, pas de promesses irréalistes. Juste des résultats.
Aujourd’hui, il dirige une entreprise cotée au Nasdaq (valeur supérieure à 3 milliards de dollars début 2026), employant plus de 2 000 personnes entre la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et le Canada. Et il ne cache pas son ambition : devenir un acteur majeur de la défense spatiale tout en continuant à servir le marché commercial.
De Electron à Neutron : une stratégie en deux temps
La fusée Electron reste le produit phare de Rocket Lab. Petite, agile, réutilisable partiellement (récupération du premier étage en test), elle a réalisé plus de 50 lancements avec un taux de succès impressionnant. Mais l’entreprise prépare déjà l’avenir avec Neutron, une fusée moyenne beaucoup plus puissante, prévue pour 2026-2027.
Neutron permettra de placer en orbite des charges bien plus importantes, y compris les constellations complètes de satellites. Un atout stratégique pour répondre aux méga-contrats comme ceux de la SDA. Rocket Lab ne veut plus seulement lancer les satellites des autres : elle veut les concevoir, les fabriquer et les mettre en orbite elle-même.
Golden Dome et les ambitions mégalomaniaques
Rocket Lab a récemment annoncé son intention de répondre à l’appel d’offres Golden Dome, un programme du Département de la Défense potentiellement valu plusieurs dizaines de milliards de dollars. Objectif : créer un réseau global de satellites pour la défense antimissile. Rien que ça.
Même si la concurrence sera rude (SpaceX, Blue Origin, et les géants traditionnels), Rocket Lab a déjà prouvé qu’elle pouvait surprendre. Sa taille intermédiaire lui confère une agilité que les mastodontes n’ont pas. Et ses succès récents avec la SDA constituent un argument de poids.
Les défis à venir pour Rocket Lab
Tout n’est pas rose pour autant. Le développement de Neutron accuse des retards et des dépassements budgétaires. La concurrence s’intensifie, notamment avec Relativity Space, Astra, ou encore les chinois. Et le marché spatial reste volatile : un échec de lancement peut avoir des conséquences dramatiques en bourse.
Mais l’entreprise dispose d’atouts solides : un carnet de commandes rempli, des contrats gouvernementaux longs termes, et une réputation d’excellence technique. Sans oublier une culture d’innovation qui attire les meilleurs talents.
- Développement de Neutron : enjeu critique pour les gros contrats
- Concurrence accrue sur le segment des lancements moyens
- Dépendance croissante aux contrats défense (risque géopolitique)
- Nécessité de maintenir un taux de succès élevé
Pourquoi cette success story nous fascine tant
L’histoire de Rocket Lab incarne parfaitement l’esprit startup : partir de rien, défier les incumbents, innover sans relâche. Dans un secteur aussi capitalistique que le spatial, réussir à s’imposer sans milliards de fonds privés (contrairement à SpaceX) relève de l’exploit.
Et surtout, elle montre que la diversification stratégique peut transformer une entreprise spécialisée en acteur global. De la simple fusée low-cost au fournisseur critique de la défense nationale : le chemin parcouru est vertigineux.
Au final, Rocket Lab nous rappelle que dans la nouvelle économie spatiale, la taille ne fait pas tout. L’agilité, la vision et l’exécution parfaite comptent bien plus. Et pour l’instant, Peter Beck et son équipe excellent dans ces trois domaines.
Alors, la prochaine étape ? Peut-être devenir le principal partenaire spatial du Département de la Défense américain. Ou réussir le premier lancement de Neutron. Une chose est sûre : on n’a pas fini d’entendre parler de Rocket Lab.