Imaginez un instant : votre maison ne se contente plus de vous montrer qui sonne à la porte. Elle vous prévient qu’un incendie se déclare à plusieurs kilomètres, identifie le visage de votre mère avant même que vous ne leviez les yeux de votre téléphone, et parfois… retrouve votre chien échappé du jardin grâce aux caméras des voisins. C’est exactement la direction que prend Ring aujourd’hui, et c’est son fondateur lui-même, Jamie Siminoff, qui est revenu piloter cette transformation spectaculaire.
En 2026, Ring n’est plus seulement la société du carillon vidéo que tout le monde connaît. Elle ambitionne de devenir l’assistant intelligent de votre foyer, voire de votre quartier. Une évolution portée par l’intelligence artificielle qui soulève autant d’enthousiasme que de questions éthiques.
Le retour inattendu du fondateur visionnaire
Jamie Siminoff aurait pu tranquillement profiter de la vie après avoir vendu Ring à Amazon en 2018 pour plus d’un milliard de dollars. Il ne l’a pas fait. Après avoir quitté l’entreprise en 2023, épuisé par des années à « appuyer à fond sur l’accélérateur », il pensait tourner la page. Puis l’intelligence artificielle a tout changé. Et un drame personnel a achevé de le convaincre.
Les incendies de Palisades ont ravagé une partie de sa propriété, y compris le garage où il avait bricolé le tout premier prototype de Ring. Ce drame a agi comme un électrochoc. Siminoff a réalisé que les technologies qu’il avait contribué à créer pouvaient désormais sauver des vies, à condition d’aller beaucoup plus loin.
« Turn AI backwards — it’s IA, it’s an intelligent assistant »
Jamie Siminoff, fondateur de Ring
Cette phrase résume parfaitement sa vision actuelle : faire de Ring un véritable compagnon intelligent qui réduit la charge mentale des utilisateurs au lieu de l’augmenter.
Fire Watch : quand les caméras combattent les flammes
Parmi les nouveautés les plus marquantes lancées fin 2025 et début 2026, Fire Watch occupe une place à part. En partenariat avec l’organisation à but non lucratif Watch Duty, Ring permet désormais à ses utilisateurs d’autoriser le partage automatique de leurs flux vidéo lors d’importants sinistres incendie.
L’intelligence artificielle analyse alors les images à la recherche de fumée, de flammes ou même de braises volantes. Ces données alimentent une cartographie en temps réel bien plus précise que les outils traditionnels, aidant les pompiers à positionner leurs moyens là où ils sont le plus nécessaires.
Ce système repose entièrement sur le consentement. Personne n’est forcé de participer. Mais quand un feu majeur se déclare, chaque contribution volontaire peut faire la différence entre une évacuation réussie et une catastrophe.
Search Party : un chien retrouvé… chaque jour
Une autre fonctionnalité qui touche le cœur des propriétaires d’animaux s’appelle Search Party. Le principe ? Vous signalez la disparition de votre chien avec une photo. L’IA de Ring compare ce cliché avec les images capturées par les milliers de caméras du réseau (toujours avec accord préalable des propriétaires).
Jamie Siminoff avoue lui-même avoir été surpris par les résultats :
« J’espérais retrouver un seul chien d’ici la fin du premier trimestre… on en retrouve un par jour. »
Jamie Siminoff
Cette technologie, parfois surnommée « reconnaissance faciale pour chiens », prouve que l’IA appliquée à des usages très concrets peut générer un impact émotionnel fort et positif.
Familiar Faces : personnalisation ou surveillance excessive ?
La fonctionnalité Familiar Faces permet à Ring d’apprendre à reconnaître les visages réguliers autour de votre domicile : conjoint, enfants, baby-sitter, livreur habituel… Une fois identifiés, vous recevez des notifications personnalisées du type « Maman est arrivée » ou « Les enfants sont rentrés ».
Sur le papier, cela semble pratique. Plus besoin de vérifier chaque mouvement suspect quand il s’agit simplement de routine. Pourtant, cette option a provoqué une levée de boucliers importante, notamment de la part de l’EFF (Electronic Frontier Foundation) et de certains sénateurs américains.
Les critiques portent sur plusieurs points :
- Le stockage des données biométriques par une entreprise privée
- Le risque de détournement par des autorités
- La normalisation progressive de la reconnaissance faciale dans l’espace privé
Siminoff répond systématiquement en insistant sur le contrôle utilisateur : vous décidez ce qui est enregistré, vous pouvez tout effacer, et surtout… si Ring perd la confiance, plus personne n’achètera ni n’installera ses caméras.
Partenariats police : le retour par la petite porte
En 2024, sous la pression des utilisateurs, Ring avait mis fin à son programme Neighbors Police Request qui permettait aux forces de l’ordre de demander directement des vidéos. Beaucoup y voyaient une dérive liberticide.
Mais en 2025-2026, de nouvelles collaborations ont vu le jour, cette fois avec des acteurs comme Flock Safety et Axon. Le mécanisme a changé : les demandes passent par des alertes anonymes géolocalisées. Si vous avez une vidéo pertinente, vous choisissez de la partager. Sinon, l’agence ne sait même pas que vous avez reçu la notification.
Siminoff défend cette approche en citant l’exemple concret de la fusillade de l’université Brown en décembre 2025. Selon lui, les images partagées via Ring et d’autres caméras privées ont accéléré l’identification et l’arrestation du tireur.
« Si nous avions cédé aux critiques, la police n’aurait pas eu cet outil et la communauté aurait été moins protégée. »
Jamie Siminoff
Reste que le débat reste vif : où trace-t-on la frontière entre entraide citoyenne et surveillance de masse déguisée ?
Ring s’attaque désormais au marché professionnel
Autre évolution majeure : Ring ne se limite plus aux particuliers. La société déploie des solutions pour les entreprises, les chantiers, les campus universitaires, les parkings, les festivals et même les parkings temporaires grâce à des remorques solaires équipées de caméras.
Cette diversification élargit considérablement le réseau de caméras disponibles pour alimenter les fonctionnalités IA collectives (recherche de personnes, détection d’incendie, etc.). Mais elle pose aussi la question de la concentration des données entre les mains d’une seule entreprise liée à Amazon.
Les promesses et les risques de l’assistant domestique IA
Avec ces nouveautés, Ring veut incarner le futur de la maison connectée : moins d’alertes inutiles, plus d’intelligence contextuelle, une interaction naturelle et conversationnelle avec le système.
Pourtant, plusieurs défis majeurs demeurent :
- La protection effective des données biométriques
- La transparence sur l’utilisation des flux partagés
- La prévention des abus par des acteurs étatiques ou privés
- L’équilibre entre commodité et vie privée
Jamie Siminoff en est conscient. Il répète que sans confiance, Ring n’a aucun avenir. Mais dans un monde où les caméras sont partout, la notion même de sphère privée est en train de muter.
Vers une nouvelle ère de sécurité augmentée ?
Ring n’est plus une simple sonnette vidéo. C’est désormais une plateforme d’intelligence artificielle appliquée à la sécurité, à la prévention des sinistres et même au lien social de proximité (retrouver un animal, signaler un danger).
Le pari de Jamie Siminoff est clair : en combinant un réseau massif de caméras, une IA de plus en plus performante et un modèle opt-in strict, il est possible de construire un système qui protège mieux tout en respectant (autant que possible) les libertés individuelles.
Reste à savoir si les utilisateurs accepteront massivement de participer à cet écosystème, et si les régulateurs laisseront cette expérience se déployer sans barrières trop lourdes.
Une chose est sûre : en 2026, la maison intelligente ne ressemble déjà plus à ce qu’elle était il y a cinq ans. Et Ring compte bien rester à l’avant-garde de cette révolution.
Le garage incendié de Jamie Siminoff aura peut-être donné naissance à bien plus qu’une nouvelle fonctionnalité : le début d’une ère où l’intelligence artificielle ne se contente plus d’analyser nos habitudes… mais tente aussi de protéger nos vies.