Saviez-vous que près de la moitié des travailleurs étrangers aux États-Unis sont hispaniques, selon le Département du Travail américain ? Pourtant, pour beaucoup d’entre eux, décrocher un premier emploi reste un défi colossal, souvent à cause de la barrière linguistique. C’est dans ce paradoxe qu’une startup audacieuse, Ponte Labor, a vu le jour, avec une mission claire : relier les immigrants hispaniques légaux à des opportunités professionnelles via une plateforme aussi simple qu’innovante, WhatsApp.
Une idée née d’une observation quotidienne
Tout commence à Harvard Business School, où deux étudiantes colombiennes, Stephanie Murra et Lorenza Vélez, partagent bien plus qu’un appartement : une vision. En discutant avec les employés hispaniques de la cafétéria, elles découvrent une réalité frappante : trouver un emploi aux États-Unis, même pour des travailleurs autorisés, est un parcours semé d’embûches. La langue, le manque de familiarité avec les outils numériques classiques et les processus complexes des plateformes comme Indeed freinent ces candidats.
Dans le même temps, les États-Unis font face à une **pénurie de main-d’œuvre sans précédent**, notamment dans les secteurs comme l’hospitalité ou la construction. Face à ce constat, les deux entrepreneuses décident d’agir. Ponte Labor voit le jour en avril 2023, avec une ambition : devenir le *puente* – le pont – entre ces travailleurs et les employeurs en quête de talents.
WhatsApp : l’outil inattendu du recrutement
Pourquoi WhatsApp ? Pour Murra et Vélez, la réponse est évidente. Cette application, omniprésente dans les communautés hispaniques, est un terrain familier pour leurs candidats. Pas besoin de maîtriser des interfaces complexes ou de rédiger des CV en anglais : ici, tout se fait via des messages simples et des échanges vocaux. Une intelligence artificielle maison prend le relais pour présélectionner les candidats, vérifier leur autorisation de travail et les mettre en relation avec des employeurs.
Nous savons où trouver les travailleurs, nous parlons leur langue et utilisons leur canal préféré, WhatsApp.
Lorenza Vélez, co-fondatrice de Ponte Labor
Le résultat ? Un processus fluide qui contourne les obstacles traditionnels. Les employeurs, eux, y trouvent leur compte : fini les agences de placement coûteuses, ils embauchent directement des candidats préqualifiés.
Un modèle économique astucieux
Ponte Labor ne se contente pas d’être innovant dans son approche, son modèle économique est tout aussi malin. La startup facture aux employeurs une commission mensuelle équivalant à **10 % du salaire** du travailleur, pendant un maximum de 12 mois. Si le salarié quitte son poste dans le premier mois – fréquent dans ces secteurs à fort turnover –, l’employeur ne paie rien. Une formule qui séduit, notamment dans l’hospitalité, où Ponte collabore déjà avec des noms comme Omni Hotels & Resorts.
Depuis son lancement officiel en novembre 2023, la croissance est impressionnante : plus de **60 000 candidats** inscrits, près de **800 placements** réussis et un chiffre d’affaires annualisé passant de 70 000 $ à 550 000 $ en moins d’un an. Pas encore rentable, Ponte Labor mise sur des marges élevées pour assurer une scalabilité prometteuse.
Une réponse à un besoin criant
Le succès de Ponte Labor ne tient pas au hasard. Aux États-Unis, les immigrants hispaniques représentent une force de travail essentielle, avec **47,6 % des travailleurs nés à l’étranger** en 2023. Pourtant, beaucoup restent coincés dans des emplois précaires ou peinent à entrer sur le marché. La barrière linguistique, combinée à une méfiance envers les outils numériques classiques, crée un fossé que Ponte Labor comble avec brio.
En se concentrant sur des secteurs comme l’hospitalité pour commencer, la startup répond à une demande urgente. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : la construction et les soins aux personnes âgées sont dans son viseur pour une expansion future.
L’intelligence artificielle au service de l’humain
L’un des atouts majeurs de Ponte Labor, c’est son **recruteur virtuel dopé à l’IA**. Via WhatsApp, cet outil interagit avec les candidats, pose des questions vocales et évalue leur profil. Cette technologie permet de traiter un volume important de candidatures tout en restant accessible à des personnes peu à l’aise avec les ordinateurs. Une fois le tri effectué, les profils validés sont transmis aux employeurs, qui n’ont plus qu’à finaliser l’embauche.
Ce mariage entre technologie et proximité humaine séduit. Plus de **95 % des candidats** de Ponte Labor sont des immigrants hispaniques, un focus qui renforce la confiance au sein de cette communauté.
Un tremplin pour les ambitions professionnelles
Pour Stephanie Murra et Lorenza Vélez, Ponte Labor ne se limite pas à décrocher un premier job. Leur rêve ? Accompagner les candidats dans leur évolution professionnelle. “Nous voulons les aider à grandir dans leurs postes”, explique Vélez. Une piste concrète : proposer des formations en anglais, clé pour débloquer des promotions et sortir de l’impasse des emplois d’entrée de gamme.
Cette vision à long terme distingue Ponte Labor des simples plateformes de recrutement. Elle s’inscrit dans une mission sociale autant que technologique, avec l’idée de transformer des parcours souvent chaotiques en histoires de réussite.
Une levée de fonds qui valide le concept
Le potentiel de Ponte Labor n’a pas échappé aux investisseurs. En 2025, la startup a bouclé une levée de fonds de **3 millions de dollars**, menée par Harlem Capital, valorisant l’entreprise à 15 millions de dollars. D’autres acteurs, comme Better Tomorrow Ventures ou Wischoff Ventures, ont également misé sur ce projet, portant le total des fonds levés à **4,5 millions de dollars** depuis ses débuts.
J’ai adoré leur capacité à obtenir une forte traction en si peu de temps.
Henri Pierre-Jacques, Harlem Capital
Cette confiance des investisseurs repose sur des chiffres solides et une exécution exemplaire. Avec seulement **15 employés à temps plein**, Ponte Labor prouve qu’on peut faire beaucoup avec peu.
Un modèle adaptable à d’autres horizons
Si Ponte Labor se concentre aujourd’hui sur les hispanophones, son modèle pourrait s’étendre. Les outils développés sont **agnostiques à la langue**, ouvrant la porte à d’autres communautés, comme les Brésiliens lusophones. Même des anglophones natifs ont déjà utilisé la plateforme, preuve de sa flexibilité.
En parallèle, la startup peaufine ses canaux de recrutement : publicités sur Facebook et Instagram, ciblées en espagnol, renforcent sa visibilité. Une stratégie qui ancre sa légitimité auprès de son public cible.
Les défis à relever pour l’avenir
Malgré son envol, Ponte Labor doit encore relever des défis. Le secteur de l’hospitalité, avec son turnover élevé, demande une agilité constante. Atteindre la rentabilité, tout en continuant à investir dans la technologie et les formations, sera une étape clé. Enfin, élargir son spectre à d’autres industries nécessitera d’adapter son approche sans perdre son ADN.
Pourtant, les fondatrices restent confiantes. Leur parcours – deux ans de collaboration dans une fintech colombienne avant Harvard – et leur proximité avec les réalités des immigrants leur donnent une longueur d’avance.
Pourquoi Ponte Labor fascine
Ponte Labor, c’est l’histoire d’une idée simple devenue une solution puissante. En misant sur WhatsApp, un outil du quotidien, et en combinant IA et empathie, la startup redéfinit le recrutement pour une population souvent oubliée. Elle ne se contente pas de répondre à un besoin : elle bâtit un écosystème où employeurs et travailleurs se rencontrent sur un pied d’égalité.
Ses chiffres parlent d’eux-mêmes, mais c’est sa mission qui captive. En offrant un tremplin aux immigrants hispaniques, Ponte Labor ne fait pas que combler une pénurie : elle redonne espoir et dignité à des milliers de parcours.
Et demain ?
L’aventure ne fait que commencer. Avec des projets d’expansion sectorielle et une volonté d’accompagner les candidats sur le long terme, Ponte Labor pourrait devenir un acteur incontournable du marché du travail américain. Une chose est sûre : Stephanie Murra et Lorenza Vélez ont posé les bases d’une révolution discrète mais impactante.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un employé hispanique dans un hôtel ou un restaurant, pensez-y : derrière son sourire, il y a peut-être l’histoire d’un pont bâti par Ponte Labor.