Imaginez un instant : vous dirigez l’une des entreprises les plus emblématiques de la révolution des paiements en ligne depuis plus de vingt ans. Et soudain, les résultats trimestriels déçoivent, le cours de l’action plonge de près de 18 % en pré-ouverture et le conseil d’administration décide qu’il est temps de changer de capitaine. C’est exactement la scène qui s’est jouée début février 2026 chez PayPal.
Le géant américain des transactions numériques vient en effet d’annoncer une nomination qui en a surpris plus d’un : Enrique Lores, jusqu’alors président du conseil d’administration de PayPal et ex-PDG d’HP Inc., devient le nouveau président-directeur général du groupe. Un choix qui marque un tournant stratégique majeur pour l’entreprise fondée par Max Levchin, Peter Thiel et Elon Musk.
Un virage inattendu pour PayPal
Depuis plusieurs trimestres, PayPal traverse une zone de turbulences. La concurrence s’intensifie de toutes parts : Apple Pay, Google Pay, Stripe, Adyen, Klarna, Block (ex-Square), sans oublier les néo-banques et les solutions locales qui grignotent des parts de marché. Ajoutez à cela un contexte économique mondial compliqué, avec une inflation persistante et un pouvoir d’achat en berne dans de nombreux pays, et vous obtenez des résultats qui ne satisfont plus les investisseurs exigeants de Wall Street.
Le quatrième trimestre 2025 a particulièrement déçu. Le chiffre d’affaires et les bénéfices sont ressortis inférieurs aux attentes des analystes. Pire encore : les prévisions pour l’exercice suivant tablaient sur une baisse des profits, alors que le marché espérait un retour à la croissance. Résultat ? Une sanction immédiate en Bourse et un conseil d’administration sous pression.
C’est dans ce contexte tendu qu’Alex Chriss, arrivé en septembre 2023 en provenance d’Intuit, a été remplacé. Jamie Miller, directrice financière et des opérations, assure l’intérim le temps que Lores prenne effectivement ses fonctions.
Qui est Enrique Lores ?
Né en Espagne, Enrique Lores a passé la majeure partie de sa carrière chez Hewlett-Packard puis HP Inc. après la scission du groupe en 2015. Il a gravi les échelons pendant plus de trente ans, occupant des postes clés dans les divisions imprimantes, imaging et solutions pour entreprises avant de devenir président et CEO de HP Inc. en novembre 2019.
Sous sa direction, HP a traversé la pandémie, accéléré sa transformation numérique, renforcé ses marges et réussi une transition vers des modèles d’abonnement et de services récurrents. Beaucoup saluent sa capacité à exécuter rigoureusement les plans stratégiques tout en maintenant une discipline financière exemplaire.
« Les paiements évoluent plus vite que jamais, portés par de nouvelles technologies, des réglementations changeantes, une concurrence accrue et l’accélération fulgurante de l’IA qui redéfinit le commerce au quotidien. PayPal est au cœur de cette transformation, et je suis impatient de diriger les équipes pour accélérer l’innovation et façonner l’avenir des paiements numériques. »
Enrique Lores – Futur CEO de PayPal
Cette déclaration officielle donne déjà le ton : rigueur opérationnelle, accélération de l’innovation et focus sur l’exécution trimestrielle seront les maîtres-mots de la nouvelle ère PayPal.
Pourquoi recruter un profil hardware pour diriger une fintech ?
À première vue, le choix peut surprendre. Passer de la vente d’imprimantes, d’ordinateurs et de consommables à la gestion d’une plateforme de paiements en ligne semble être un virage à 180 degrés. Pourtant, plusieurs parallèles existent.
- Les deux secteurs sont ultra-compétitifs et confrontés à une commoditisation rapide de leurs produits historiques.
- HP, comme PayPal, a dû réinventer son modèle économique pour survivre (abonnements chez HP Instant Ink, services financiers et wallet chez PayPal).
- Les deux entreprises ont une très forte dépendance aux revenus récurrents et à la fidélisation client.
- L’exécution opérationnelle et la discipline des marges sont devenues des critères de survie dans les deux industries.
En nommant Lores, le conseil d’administration semble donc miser sur un profil qui a déjà prouvé sa capacité à redresser la barre dans un contexte difficile, tout en maintenant une culture d’innovation produit.
Les grands défis qui attendent le nouveau CEO
Enrique Lores hérite d’une maison qui reste extrêmement puissante, mais qui doit impérativement retrouver un second souffle. Voici les principaux chantiers qui l’attendent :
- Redonner confiance aux investisseurs en montrant une trajectoire de croissance rentable et durable.
- Accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’ensemble des produits (détection de fraude, personnalisation des offres, automatisation des parcours marchands, etc.).
- Renforcer la position de PayPal face aux Big Tech (Apple, Google, Amazon) et aux pure-players de la fintech.
- Continuer à développer Venmo aux États-Unis tout en accélérant l’internationalisation de cette solution sociale de paiement.
- Améliorer significativement l’expérience marchands (taux d’acceptation, frais compétitifs, outils de conversion).
- Gérer avec finesse les relations réglementaires dans un environnement de plus en plus strict (DSP2 en Europe, évolutions aux États-Unis, etc.).
Chacun de ces axes représente à lui seul un chantier colossal. Lores devra donc prioriser sans pour autant négliger les signaux faibles qui pourraient devenir des menaces majeures demain.
Quel impact sur l’écosystème fintech mondial ?
La nomination d’Enrique Lores ne passe pas inaperçue auprès des autres acteurs du secteur. Beaucoup y voient le signe que PayPal veut revenir à une posture plus agressive et plus disciplinée financièrement.
Pour les startups fintech, cela signifie probablement une concurrence encore plus rude sur les segments où PayPal décide de mettre le paquet : BNPL (Buy Now Pay Later), paiements transfrontaliers, solutions pour PME, intégration dans les réseaux sociaux, etc.
Les investisseurs en capital-risque surveillent également de près la réaction du marché. Si Lores parvient à redresser la barre rapidement, cela pourrait redonner confiance à tout l’écosystème fintech coté, qui souffre depuis plusieurs années d’une sévère correction des valorisations.
PayPal face à l’IA : l’opportunité du siècle ou le plus grand danger ?
L’un des passages les plus marquants de la déclaration de Lores concerne l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas d’un simple effet de mode : l’IA est en train de bouleverser en profondeur la manière dont les transactions sont initiées, validées, sécurisées et optimisées.
Quelques exemples concrets déjà observables en 2026 :
- Agents conversationnels capables de finaliser un achat entier sans intervention humaine
- Détection de fraude quasi-instantanée grâce à des modèles multimodaux
- Personnalisation extrême des offres de crédit et de paiement en temps réel
- Automatisation complète des rapprochements comptables pour les marchands
- Génération automatique de campagnes marketing hyper-ciblées
PayPal dispose d’un atout majeur : des milliards de transactions qui constituent un terrain de jeu idéal pour entraîner des modèles d’IA exceptionnellement performants. La question est désormais de savoir à quelle vitesse l’entreprise saura transformer cette donnée brute en avantage compétitif durable.
Et maintenant ? Les 12 prochains mois décisifs
Les analystes s’accordent généralement à dire que les douze à dix-huit prochains mois seront déterminants pour l’avenir de PayPal. Soit l’entreprise retrouve une dynamique de croissance rentable et redevient un acteur incontournable du paysage fintech mondial, soit elle continue de perdre du terrain face à des concurrents plus agiles.
Enrique Lores aura la lourde tâche de redonner une vision claire et ambitieuse tout en rassurant les marchés sur la capacité d’exécution. Le défi est immense, mais le potentiel de rebond l’est tout autant.
Une chose est sûre : avec ce choix audacieux, PayPal a décidé de ne pas se contenter de gérer le déclin relatif. L’entreprise veut redevenir un acteur qui façonne l’avenir, et non un suiveur. Rendez-vous dans quelques trimestres pour juger des premiers résultats concrets de cette nouvelle page qui s’écrit.
Et vous, que pensez-vous de ce choix de direction ? PayPal peut-il réellement retrouver son mojo d’antan sous la houlette d’un ancien patron de HP ? L’intelligence artificielle sera-t-elle le catalyseur du come-back ou un miroir aux alouettes ?
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