Imaginez une entreprise qui, il y a quelques années encore, minait du Bitcoin dans des hangars reconvertis, et qui aujourd’hui se retrouve au cœur d’une des plus grosses opérations financières de l’intelligence artificielle. CoreWeave, cette société américaine devenue l’un des acteurs les plus agressifs du cloud IA, vient de recevoir une injection de confiance colossale : 2 milliards de dollars de la part de Nvidia. Oui, vous avez bien lu. Le roi incontesté des puces graphiques parie gros sur une entreprise croulant sous 18,8 milliards de dollars de dettes. Une opération qui fait beaucoup parler… et qui soulève des questions fascinantes sur l’avenir de l’IA.

Nvidia et CoreWeave : une alliance qui redessine la course à la puissance IA

Le 26 janvier 2026, Nvidia a officialisé son entrée massive au capital de CoreWeave. L’opération s’est faite via l’achat d’actions de classe A à 87,20 dollars pièce. Mais au-delà du chèque, c’est surtout la promesse d’une collaboration industrielle très étroite qui retient l’attention. Ensemble, les deux sociétés entendent construire des « usines d’IA » : des data centers géants entièrement pensés autour des technologies Nvidia.

CoreWeave s’engage à intégrer l’ensemble de l’écosystème Nvidia : la future architecture Rubin (succédant à Blackwell), les systèmes de stockage Bluefield, mais aussi la nouvelle gamme de CPU Vera. En échange, Nvidia aide CoreWeave à dénicher des terrains, à sécuriser l’alimentation électrique et à intégrer ses architectures de référence dans les offres cloud destinées aux entreprises.

CoreWeave : de la crypto à l’eldorado de l’IA

L’histoire de CoreWeave est digne d’un scénario hollywoodien. Fondée initialement pour exploiter la puissance de calcul GPU dans le minage de cryptomonnaies, la société a senti le vent tourner dès 2022-2023. Plutôt que de s’accrocher à un modèle en déclin, elle a pivoté radicalement vers le cloud spécialisé dans l’entraînement et l’inférence des grands modèles d’intelligence artificielle.

Ce virage audacieux a payé. Aujourd’hui, CoreWeave compte parmi ses clients les géants les plus gourmands en calcul : OpenAI, Meta, Microsoft… La société a même conclu un partenariat cloud élargi avec OpenAI fin 2025, renforçant encore sa position.

« Nous devons travailler ensemble pour répondre à ce changement violent entre l’offre et la demande. »

Michael Intrator, CEO de CoreWeave

Cette citation résume parfaitement la philosophie de l’entreprise : dans un marché où la demande explose plus vite que l’offre ne suit, les acteurs doivent s’allier, quitte à créer des relations parfois qualifiées de « circulaires » par les observateurs les plus critiques.

Une dette record… et une stratégie assumée

En septembre 2025, PitchBook chiffrait les engagements de dette de CoreWeave à 18,81 milliards de dollars. Un montant astronomique pour une société dont le chiffre d’affaires trimestriel atteignait 1,36 milliard au troisième trimestre 2025. Beaucoup y voient une bulle prête à éclater. Michael Intrator, le PDG, défend pourtant mordicus ce modèle : utiliser les GPU comme collatéral pour lever de la dette et financer l’expansion rapide des infrastructures.

  • Les GPU Nvidia Blackwell et H200/H100 constituent l’actif principal mis en garantie.
  • Les contrats long terme signés avec OpenAI, Meta et Microsoft rassurent les créanciers.
  • La croissance explosive du CA (multiplié par plus de 10 en deux ans) valide la stratégie agressive.

Cette approche « dette massive + croissance explosive » n’est pas sans risque. Mais pour l’instant, elle fonctionne. L’annonce de l’investissement Nvidia a fait bondir le cours de l’action CoreWeave de plus de 15 % en séance.

5 gigawatts d’ici 2030 : l’objectif démesuré

Le chiffre donne le vertige : CoreWeave ambitionne d’atteindre 5 gigawatts de capacité de calcul IA d’ici 2030. À titre de comparaison, un réacteur nucléaire EPR produit environ 1,6 GW. On parle donc ici de l’équivalent de trois EPR rien que pour les data centers de CoreWeave.

Cet objectif titanesque explique en grande partie pourquoi Nvidia a décidé d’entrer au capital. En aidant CoreWeave à sécuriser terrains et alimentation électrique, le fondeur s’assure qu’une part significative de cette future puissance tournera avec ses puces. Une façon élégante de verrouiller une partie du marché en pleine explosion.

AnnéeCapacité visée (GW)Équivalent
2026~0,8 GWpetit réacteur nucléaire
2028~2 GWgrand barrage hydroélectrique
20305 GWtrois EPR

Ces chiffres, bien que prévisionnels, montrent l’échelle à laquelle pense désormais le secteur. Et CoreWeave veut clairement jouer dans la cour des très grands.

Les acquisitions stratégiques qui renforcent le stack

Depuis son introduction en bourse en mars 2025, CoreWeave ne s’est pas contentée de construire des data centers. La société a lancé une frénésie d’acquisitions pour compléter son offre et devenir un acteur full-stack.

  1. Mars 2025 : rachat de Weights & Biases, plateforme très prisée par les équipes de machine learning.
  2. Avril 2025 : acquisition d’OpenPipe, spécialiste du reinforcement learning.
  3. Octobre 2025 : rachat de Marimo (alternative open-source à Jupyter) et de Monolith (autre pépite IA).

Ces mouvements traduisent une ambition claire : ne pas se limiter à fournir de la puissance brute, mais proposer un environnement complet aux chercheurs et aux entreprises qui développent des modèles d’IA.

Nvidia multiplie les paris stratégiques

Pour Nvidia, cet investissement n’est qu’un épisode parmi des dizaines d’autres. En 2025, le groupe a multiplié les prises de participation minoritaires dans des acteurs du cloud, des logiciels d’optimisation IA, des fabricants de refroidissement liquide, etc. L’objectif est simple : rester au centre de l’écosystème et s’assurer que la majorité des watts consommés par l’IA le seront sur des architectures Nvidia.

En soutenant CoreWeave, Nvidia ne se contente pas d’investir financièrement. Il sécurise un client très important pour les prochaines générations de puces (Blackwell, Rubin, Vera) et il participe activement à la construction des infrastructures qui feront tourner les modèles de demain.

Les critiques et les risques qui planent

Tous les observateurs ne sont pas aussi enthousiastes. Certains pointent du doigt le risque systémique : si l’engouement pour l’IA ralentissait brutalement, les valorisations gonflées et les dettes massives pourraient provoquer un effet domino.

D’autres s’interrogent sur la soutenabilité énergétique. Alimenter 5 GW de data centers demande des quantités d’électricité colossales. Aux États-Unis, plusieurs États connaissent déjà des tensions sur le réseau. CoreWeave et Nvidia promettent de travailler main dans la main pour résoudre ces défis, mais la route s’annonce longue et semée d’embûches réglementaires.

« L’IA est en train de créer une demande d’énergie sans précédent dans l’histoire industrielle. »

Analyste financier anonyme cité par Bloomberg, janvier 2026

Quel avenir pour CoreWeave et le cloud IA spécialisé ?

CoreWeave incarne parfaitement le paradoxe actuel du secteur IA : croissance explosive, valorisations stratosphériques, dettes records, alliances stratégiques avec les géants… et incertitudes majeures sur la soutenabilité à long terme.

Pourtant, tant que la demande pour les grands modèles continue d’augmenter, ce modèle semble tenir la route. L’entrée de Nvidia au capital constitue un signal fort : le leader du marché croit suffisamment en CoreWeave pour y mettre plusieurs milliards et pour lier son avenir technologique à celui de cette licorne endettée.

Dans les mois et les années à venir, tous les regards seront tournés vers deux indicateurs clés :

  • L’avancement réel vers les 5 GW de capacité
  • La capacité de CoreWeave à refinancer sa dette dans des conditions acceptables

Si ces deux défis sont relevés, CoreWeave pourrait devenir l’un des principaux fournisseurs indépendants de cloud IA au monde. Dans le cas contraire… l’histoire retiendra peut-être qu’il s’agissait d’un pari trop audacieux.

Conclusion : quand les géants misent sur les audacieux

L’investissement de 2 milliards de dollars de Nvidia dans CoreWeave n’est pas seulement une opération financière. C’est un pari stratégique sur l’avenir de l’infrastructure IA. Dans un secteur où la vitesse d’exécution et la disponibilité immédiate de la puissance de calcul font la différence, CoreWeave a choisi la voie de l’hyper-croissance financée par la dette.

Nvidia, en devenant actionnaire et partenaire industriel privilégié, s’assure une place de choix dans cette aventure risquée mais potentiellement historique. Reste à savoir si cette alliance tiendra toutes ses promesses… ou si elle deviendra, rétrospectivement, le symbole d’une bulle qui aura brillé trop fort et trop vite.

Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce décisive pour CoreWeave et pour tout l’écosystème de l’intelligence artificielle.

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Steven Soarez
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