Imaginez un instant que vous vous confiez à une intelligence artificielle comme on le ferait avec un ami de longue date… ou pire, comme avec un thérapeute. Vous lui racontez vos doutes professionnels, vos peurs les plus secrètes, vos projets les plus fous. Et si, au même moment, cette entité enregistrait chaque mot pour les revendre à des annonceurs ou les utiliser pour entraîner un modèle encore plus intrusif ? C’est exactement le cauchemar que Moxie Marlinspike, le créateur de Signal, a décidé de combattre avec un projet aussi audacieux que radical : Confer.
En décembre 2025, alors que le monde s’habituait déjà à partager ses pensées les plus profondes avec ChatGPT, Claude ou Gemini, Moxie a lancé une plateforme qui inverse complètement la logique dominante de l’industrie de l’IA : et si l’intelligence artificielle pouvait être puissante sans devenir un outil de surveillance de masse ? Confer ne collecte rien. Rien du tout. Et il le prouve techniquement.
Confer : quand la confidentialité devient l’innovation principale
Dans un secteur où la course à la performance se fait souvent au détriment de la vie privée, Confer choisit une voie diamétralement opposée. Plutôt que de maximiser le volume de données ingérées, l’équipe a concentré toute son énergie sur un seul objectif : garantir que personne, pas même les créateurs du service, ne puisse lire ce que vous écrivez à l’IA.
Moxie Marlinspike : l’homme qui ne fait pas de compromis sur la privacy
Pour comprendre pourquoi Confer existe, il faut revenir sur le parcours de son fondateur. Moxie Marlinspike n’est pas un entrepreneur classique. C’est avant tout un cryptographe passionné, un activiste de la vie privée qui a passé plus de quinze ans à construire des outils résistants à la surveillance de masse. Signal, l’application de messagerie qu’il a co-fondée, est aujourd’hui considérée comme la référence mondiale en matière de sécurité des communications.
Quand il parle d’intelligence artificielle conversationnelle, Moxie utilise des mots forts :
C’est une forme de technologie qui invite activement à la confession. Les interfaces de chat comme ChatGPT en savent plus sur les gens que n’importe quelle autre technologie auparavant. Quand on ajoute la publicité à cela, c’est comme si quelqu’un payait votre thérapeute pour vous convaincre d’acheter quelque chose.
Moxie Marlinspike – janvier 2026
Cette phrase résume à elle seule la philosophie de Confer : ne pas faire confiance aux promesses marketing des géants de la tech, mais imposer des garanties cryptographiques vérifiables.
Comment Confer parvient à rendre l’IA réellement privée
Atteindre un tel niveau de confidentialité demande plusieurs couches de protection qui fonctionnent ensemble. Voici les principaux mécanismes mis en place :
- Chiffrement de bout en bout des échanges grâce au standard WebAuthn et aux passkeys
- Exécution de l’inférence dans un Trusted Execution Environment (TEE) certifié
- Attestation à distance vérifiable par l’utilisateur
- Utilisation exclusive de modèles open-weight (open source)
- Interdiction totale d’enregistrement des conversations, même temporairement
- Architecture conçue pour que même un administrateur compromis ne puisse pas accéder aux données en clair
Le résultat est impressionnant : vos messages sont chiffrés avant même de quitter votre appareil. Le serveur ne reçoit jamais de texte clair. L’inférence se déroule dans un environnement isolé matériellement, et des preuves cryptographiques permettent à n’importe qui de vérifier que le code exécuté correspond bien à celui publié publiquement.
Les limites techniques et ergonomiques actuelles
Confer n’est pas parfait. Le choix du chiffrement via WebAuthn passkeys, bien que très sécurisé, pose encore quelques problèmes de compatibilité. Le système fonctionne de manière optimale sur iPhone, iPad et Mac sous macOS Sequoia. Sur Windows et Linux, il faut souvent passer par un gestionnaire de mots de passe compatible (Bitwarden, 1Password, etc.), ce qui complexifie légèrement l’expérience.
De plus, l’utilisation massive de TEE et d’attestation distante augmente considérablement les coûts d’infrastructure. C’est l’une des raisons pour lesquelles le service reste relativement cher par rapport aux offres grand public.
Formules et tarifs : le prix de la tranquillité
Confer propose deux niveaux d’accès :
| Formule | Prix | Messages/jour | Chats actifs | Modèles | Personnalisation |
| Gratuit | 0 € | 20 | 5 | Modèles de base | Non |
| Premium | 35 $/mois | Illimité | Illimité | Modèles avancés | Oui |
35 dollars par mois, c’est nettement plus cher que les 20 $ de ChatGPT Plus ou les 20 € de Claude Pro. Mais pour beaucoup d’utilisateurs sensibles à la confidentialité (journalistes, avocats, lanceurs d’alerte, dirigeants, thérapeutes…), cette différence de prix peut apparaître dérisoire face à la protection offerte.
Quel avenir pour une IA réellement respectueuse de la vie privée ?
Confer arrive à un moment charnière. D’un côté, les géants de l’IA accélèrent leurs efforts pour monétiser directement les données des conversations (publicité contextuelle, profilage comportemental, vente de datasets anonymisés). De l’autre, une partie croissante de la population commence à réaliser l’ampleur des risques.
Plusieurs signaux montrent que le sujet devient central :
- En 2025, plusieurs plaintes collectives ont été déposées contre OpenAI pour utilisation non consentie de données personnelles dans l’entraînement
- Des pays européens ont commencé à exiger des garanties de confidentialité pour les outils d’IA utilisés dans l’administration publique
- Les entreprises de la cybersécurité intègrent désormais systématiquement des clauses d’interdiction d’utilisation des données d’entreprise pour l’entraînement
- Des sondages montrent que plus de 68 % des cadres dirigeants hésitent à utiliser des IA grand public pour des sujets stratégiques
Dans ce contexte, Confer pourrait devenir le catalyseur d’une nouvelle génération d’outils d’IA « souverains » ou « zero-knowledge ». Des projets similaires commencent déjà à émerger en Europe et aux États-Unis, souvent portés par des cryptographes ou d’anciens membres des équipes de Signal, Proton ou Tor.
Qui devrait (vraiment) passer à Confer dès aujourd’hui ?
Tout le monde n’a pas besoin d’une IA à 35 $/mois. Mais certains profils y trouveront un intérêt immédiat :
- Journalistes d’investigation manipulant des sources sensibles
- Avocats discutant de stratégies de défense
- Dirigeants traitant de fusions-acquisitions ou de restructurations
- Thérapeutes et coachs souhaitant utiliser l’IA comme outil de supervision sans enfreindre le secret professionnel
- Personnes vivant dans des régimes autoritaires ou exerçant une activité militante
- Utilisateurs simplement épuisés par la collecte de données omniprésente
Pour ces personnes-là, Confer n’est pas un gadget. C’est une assurance-vie numérique.
Les prochaines étapes annoncées par l’équipe
L’équipe de Confer a déjà partagé une feuille de route ambitieuse pour 2026 :
- Amélioration de la compatibilité WebAuthn sur Windows et Linux
- Support des appareils Android (actuellement en bêta fermée)
- Intégration de modèles plus puissants dès qu’ils sortent en open-weight
- Fonctionnalités de personnalisation avancées (mémoire locale chiffrée)
- Publication régulière des rapports d’audit indépendants
- Version « Entreprise » avec déploiement on-premise ou VPC privé
Si ces promesses sont tenues, Confer pourrait devenir la référence incontestée de l’IA conversationnelle sécurisée d’ici fin 2027.
Conclusion : un pari risqué mais nécessaire
Confer ne révolutionne pas l’intelligence artificielle en termes de performance brute. Il existe déjà des modèles plus puissants, plus rapides, moins chers. Ce que Confer révolutionne, en revanche, c’est le contrat moral passé entre l’utilisateur et la machine.
En choisissant délibérément de ne pas monétiser les données personnelles, Moxie Marlinspike et son équipe posent une question essentielle à toute l’industrie : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour conserver le contrôle sur nos pensées les plus intimes ?
Pour l’instant, la réponse de Confer est claire : aussi loin que la cryptographie et l’ingénierie matérielle le permettent.
Et vous, seriez-vous prêt à payer trois fois plus cher pour parler à une IA qui ne vous espionne pas ?