Imaginez un instant : une seule relation d’affaires génère en quelques mois plus d’argent que ce que beaucoup de licornes lèvent en plusieurs tours de table. C’est exactement ce qui se passe en ce début 2026 entre deux géants que tout semble opposer et pourtant lier indéfectiblement : Microsoft et OpenAI. Le dernier rapport trimestriel du premier a révélé un chiffre qui fait tourner les têtes : 7,6 milliards de dollars de bénéfices nets directement attribuables à son investissement dans le laboratoire d’intelligence artificielle le plus en vue de la planète.
Quand l’IA devient une véritable mine d’or pour Microsoft
Cette somme n’est pas tombée du ciel. Elle reflète à la fois la croissance phénoménale d’OpenAI et l’intelligence stratégique dont a fait preuve Microsoft depuis 2019 en misant très tôt et très massivement sur cette pépite. Mais au-delà du simple effet d’aubaine, ce résultat pose des questions fascinantes sur l’avenir des relations entre Big Tech et les laboratoires d’IA indépendants.
Revenons quelques instants sur le contexte. OpenAI n’est plus la petite structure de recherche à but non lucratif créée en 2015. En 2026, elle est devenue une véritable machine à cash, portée par des produits grand public (ChatGPT en tête) et des contrats d’entreprises colossaux. Et Microsoft, en échange de milliards investis, capte une partie significative de cette manne financière.
Les coulisses d’un partenariat hors normes
Le cœur de cette relation repose sur un accord signé il y a plusieurs années et régulièrement renégocié. Même si les deux parties restent discrètes sur les détails exacts, plusieurs éléments ont fuité au fil du temps. On parle notamment d’une part de revenus d’environ 20 % reversée à Microsoft sur certaines activités d’OpenAI. Une clause qui, à l’heure actuelle, s’avère être l’une des plus rentables de l’histoire récente de la tech.
Mais l’argent ne circule pas uniquement dans un sens. OpenAI s’est engagé à dépenser des sommes astronomiques sur l’infrastructure Azure de Microsoft. Lors de la dernière restructuration en public benefit corporation, cet engagement a même été renforcé : 250 milliards de dollars supplémentaires en services cloud prévus sur les prochaines années.
« 45 % de nos remaining performance obligations proviennent désormais d’un seul partenaire. »
Extrait commenté des résultats trimestriels Microsoft – janvier 2026
Cette phrase prononcée lors de la conférence avec les analystes est lourde de sens. Les « remaining performance obligations » (RPO) représentent les contrats signés mais pas encore facturés. Elles ont bondi à 625 milliards de dollars au total, soit une hausse spectaculaire de 233 milliards en un seul trimestre. Et presque la moitié de cette montagne contractuelle est liée… à OpenAI.
OpenAI : la locomotive inattendue du cloud Microsoft
Azure a longtemps couru derrière AWS et Google Cloud. Aujourd’hui, grâce à l’explosion de la demande en puissance de calcul pour l’IA générative, la division cloud de Microsoft réalise des performances impressionnantes. Le cap symbolique des 50 milliards de dollars de revenus trimestriels pour Microsoft Cloud a été franchi pour la première fois.
- Croissance globale du cloud : +33 % sur un an
- Part d’OpenAI dans les nouveaux engagements Azure : environ 45 %
- Investissement capex IA : 37,5 milliards de dollars ce trimestre dont les 2/3 pour des GPU/CPU
Ces chiffres montrent à quel point l’appétit d’OpenAI en ressources de calcul sert de moteur à la croissance d’Azure. Chaque nouveau modèle, chaque nouvelle version de ChatGPT, chaque client entreprise d’OpenAI consomme des quantités astronomiques de GPUs… et donc de capacité Azure.
Anthropic entre aussi dans la danse
Microsoft ne mise pas tout sur un seul cheval. Le groupe a également investi massivement dans Anthropic, concurrent direct d’OpenAI. En novembre dernier, un tour de table de 5 milliards a été annoncé, assorti d’un engagement d’achat de capacité Azure de… 30 milliards de dollars (avec option pour davantage).
Résultat : les « commercial bookings » (engagements futurs) ont progressé de 230 % sur le trimestre. Une manière polie de dire que les clients IA signent des chèques de plus en plus gros pour sécuriser de la puissance de calcul.
Les startups face à cette nouvelle donne
Pour les entrepreneurs qui lancent des projets autour de l’IA générative, ce paysage pose plusieurs questions stratégiques cruciales :
- Doit-on absolument passer par les gros fournisseurs de cloud historiques ?
- Est-il encore possible de négocier des tarifs compétitifs quand les mastodontes réservent des centaines de milliers de GPUs ?
- Comment se différencier quand les leaders captent l’essentiel des capacités ?
- Faut-il envisager des alliances directes avec les laboratoires de frontier AI ?
- Quel impact sur la valorisation des startups IA face à ces accords titanesques ?
La réalité est brutale : la course à la puissance de calcul est devenue le principal goulet d’étranglement de l’industrie. Les startups qui n’ont pas sécurisé très tôt des allocations de GPUs se retrouvent souvent dans des files d’attente de plusieurs mois.
Les risques d’une dépendance excessive
Malgré les apparences, cette lune de miel technologique n’est pas exempte de tensions. Les relations entre Microsoft et OpenAI ont connu plusieurs épisodes conflictuels ces dernières années : tentatives de rapprochement avortées, négociations difficiles sur la gouvernance, soupçons de clauses anti-désertion…
OpenAI cherche désormais à diversifier ses fournisseurs d’infrastructure. Des contrats ont été signés avec d’autres acteurs du cloud et même avec des fournisseurs spécialisés en supercalculateurs IA. Microsoft, de son côté, multiplie les partenariats (Anthropic, Mistral, Cohere, etc.) pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Que retenir pour les investisseurs et entrepreneurs ?
Premier enseignement : l’IA n’est plus une promesse futuriste, c’est déjà une machine à cash pour ceux qui contrôlent l’infrastructure ou les modèles les plus performants.
Deuxième leçon : la concentration du pouvoir est extrême. Quelques acteurs captent l’essentiel de la valeur créée par l’IA générative : les fournisseurs de puces (NVIDIA en tête), les hyperscalers (Microsoft, AWS, Google) et les quelques laboratoires capables de produire des modèles de frontier.
Troisième point : pour les startups, la fenêtre d’opportunité se referme très vite. Ceux qui veulent se positionner sur des verticales précises (legaltech, santé, éducation…) ont intérêt à se bouger rapidement avant que les géants ne saturent chaque niche avec leurs propres solutions.
Vers une nouvelle économie de l’IA ?
Certains observateurs commencent à parler d’une « IA bubble » comparable à la bulle internet de l’an 2000. Pourtant, plusieurs éléments différencient la situation actuelle :
- Des revenus réels et croissants (pas seulement des promesses)
- Une adoption massive par les entreprises et les particuliers
- Des gains de productivité mesurables dans de nombreux secteurs
- Des coûts d’entraînement et d’inférence qui baissent régulièrement
Plutôt qu’une bulle qui va éclater, nous assistons peut-être à la naissance d’une nouvelle infrastructure technologique aussi structurante que le cloud l’a été dans les années 2010 ou que le smartphone dans les années 2000-2010.
Les perspectives pour 2026 et au-delà
Les prochains mois s’annoncent passionnants. OpenAI serait en train de lever entre 750 et 830 milliards de dollars de valorisation selon les dernières indiscrétions. Une valorisation qui la placerait devant la plupart des géants historiques… à l’exception de Microsoft, Apple, NVIDIA et quelques autres.
Dans le même temps, Microsoft continue d’investir des dizaines de milliards chaque trimestre dans des data centers toujours plus denses en GPUs. La course à l’IA ne fait que commencer et les enjeux économiques n’ont jamais été aussi élevés.
Pour les entrepreneurs, le message est clair : soit vous trouvez un angle défendable et suffisamment niche pour vous développer rapidement, soit vous risquez d’être écrasé par la vitesse d’exécution et les moyens des géants.
Une chose est certaine : l’année 2026 restera dans les annales comme celle où l’intelligence artificielle est passée du statut de technologie prometteuse à celui de machine économique majeure. Et Microsoft, grâce à sa vision stratégique précoce, est pour l’instant le grand gagnant de cette transformation.
À suivre de très près.