Imaginez un instant : vous envoyez un email ultra-confidentiel à un collègue, soigneusement étiqueté comme sensible par votre entreprise, et sans que vous le sachiez, une intelligence artificielle le lit, l’analyse et en produit même un résumé… tout cela pendant des semaines. C’est exactement ce qui est arrivé à de nombreux utilisateurs de Microsoft 365 grâce à un bug discret mais extrêmement préoccupant dans Copilot Chat.

En février 2026, l’affaire éclate au grand jour et soulève immédiatement une vague d’inquiétudes parmi les DSI, les responsables conformité et les juristes d’entreprise. Microsoft, géant incontesté du logiciel professionnel, se retrouve une nouvelle fois sous les projecteurs pour des questions de sécurité et de respect de la vie privée.

Quand l’IA devient trop curieuse : le scandale Copilot de 2026

Depuis son lancement progressif, Copilot s’est imposé comme l’assistant IA incontournable dans la suite Office. Il rédige, synthétise, crée des présentations, analyse des tableaux… mais jusqu’ici, la plupart des entreprises pensaient pouvoir contrôler finement ce que l’IA pouvait ou non “voir”.

Le bug identifié sous la référence interne CW1226324 a révélé une faille majeure : les messages électroniques (brouillons et envoyés) portant une étiquette de confidentialité étaient malgré tout transmis et traités par le modèle d’IA de Copilot Chat.

Concrètement, cela signifie que des informations stratégiques, des contrats en négociation, des échanges RH sensibles ou même des données personnelles pouvaient être ingérés par l’IA sans respect des politiques DLP (Data Loss Prevention) mises en place par les organisations.

Comment le bug a-t-il pu passer inaperçu aussi longtemps ?

Le dysfonctionnement a débuté dès le mois de janvier 2026 selon les premières investigations. Pendant plus d’un mois, Copilot Chat a donc pu accéder à ces contenus marqués comme confidentiels sans déclencher les garde-fous habituels.

Microsoft explique aujourd’hui que le traitement des étiquettes de sensibilité n’était pas correctement appliqué dans le flux d’ingestion des données vers le modèle conversationnel. Une erreur de priorité dans la chaîne de traitement, en quelque sorte.

« Les brouillons et messages envoyés avec une étiquette confidentielle étaient incorrectement traités par Microsoft 365 Copilot Chat. »

Communication officielle Microsoft – Février 2026

Cette phrase, aussi technique soit-elle, cache une réalité bien plus inquiétante pour les entreprises qui avaient justement activé ces protections pour se conformer au RGPD, au HIPAA, à la LPD suisse ou à d’autres réglementations sectorielles strictes.

Les premières réactions : l’Europe prend les devants

Quelques jours seulement avant que l’information ne devienne publique, le Parlement européen a pris une mesure radicale : bloquer purement et simplement les fonctionnalités IA intégrées de Microsoft 365 sur les ordinateurs professionnels des eurodéputés et du personnel.

La décision n’est pas anodine. Elle traduit une défiance croissante vis-à-vis des outils d’IA générative dans les institutions publiques et les organisations manipulant des données très sensibles.

  • Crainte d’exfiltration involontaire vers des serveurs cloud américains
  • Inquiétude sur la réversibilité des données ingérées
  • Doute sur la réelle granularité des contrôles d’accès
  • Manque de transparence sur les incidents passés

Ces quatre points reviennent systématiquement dans les discussions internes des grandes organisations depuis plusieurs mois. Le bug CW1226324 n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin des plus méfiants.

Quelles entreprises sont potentiellement concernées ?

Microsoft n’a pas communiqué le nombre exact de clients impactés. Cependant, plusieurs critères permettent de resserrer le champ :

  • Utilisateurs de Copilot Chat pour Microsoft 365 (licence payante additionnelle)
  • Organisations ayant activé les étiquettes de sensibilité Microsoft Purview
  • Entreprises utilisant activement Copilot dans Outlook depuis janvier 2026
  • Sociétés soumises à des politiques DLP strictes (banques, assurances, santé, administrations publiques, cabinets d’avocats, etc.)

En d’autres termes, les structures qui avaient le plus besoin de protection sont paradoxalement celles qui ont pu être les plus exposées.

Les conséquences juridiques et financières possibles

En droit européen, une violation de données personnelles ne nécessite pas forcément une fuite publique pour être sanctionnée. Il suffit que des données aient été traitées de manière illicite, même en interne par un sous-traitant.

Dans le cas présent, plusieurs éléments aggravants pourraient être retenus :

  • Absence de consentement ou de base légale pour le traitement par l’IA
  • Manquement au principe de minimisation des données
  • Défaut de sécurité de l’outil (art. 32 RGPD)
  • Violation des engagements contractuels du DPA (Data Processing Addendum) de Microsoft

Certains juristes estiment déjà que des actions collectives pourraient voir le jour, notamment de la part d’entreprises qui auraient subi un préjudice indirect (perte de confiance client, avantage concurrentiel perdu, etc.).

Microsoft déploie un correctif… mais la confiance est-elle restaurée ?

Le géant de Redmond affirme avoir commencé à déployer un correctif dès le début du mois de février 2026. La mise à jour devrait empêcher définitivement le contournement des étiquettes de confidentialité.

Mais plusieurs questions restent en suspens :

  • Les données déjà ingérées ont-elles été purgées des modèles ?
  • Existe-t-il des logs permettant aux clients de vérifier ce qui a été traité ?
  • Microsoft va-t-il indemniser les organisations impactées ?
  • Quelles autres fonctionnalités “intelligentes” pourraient présenter des failles similaires ?

Pour l’instant, silence radio sur ces points sensibles.

Leçons à retenir pour les responsables IT et conformité

Cet incident, même s’il est corrigé techniquement, doit servir d’électrochoc. Voici les bonnes pratiques qui émergent en 2026 après plusieurs affaires similaires :

  1. Ne jamais activer les fonctionnalités IA “par défaut” sans PoC sécurisé
  2. Exiger des clauses spécifiques sur le devenir des données ingérées dans les avenants IA
  3. Mettre en place un monitoring actif des flux sortants vers les API d’IA
  4. Utiliser des “AI gateways” d’entreprise qui filtrent et pseudonymisent les contenus
  5. Prévoir des scénarios de rollback rapide en cas d’incident
  6. Former les utilisateurs aux limites réelles de la confidentialité IA

Ces six réflexes sont en train de devenir la norme dans les secteurs les plus matures (banque, pharmacie, défense, énergie).

Vers une régulation plus stricte des IA en entreprise ?

Le Parlement européen n’est pas le seul à s’inquiéter. Plusieurs autorités de protection des données (CNIL, ICO, DPC irlandais…) suivent déjà l’affaire de très près. L’Union européenne pourrait profiter de cet incident pour accélérer l’application effective de certains chapitres de l’AI Act concernant les systèmes d’IA à haut risque dans les environnements professionnels.

De leur côté, les États-Unis envisagent également de renforcer les obligations de transparence des grands fournisseurs de cloud et d’IA vis-à-vis de leurs clients enterprise.

Et maintenant ? Que faire concrètement en tant qu’utilisateur ou dirigeant ?

Si votre organisation utilise Copilot pour Microsoft 365, voici les actions prioritaires à mener dès aujourd’hui :

ActionPrioritéDélai recommandé
Vérifier les logs Microsoft PurviewHaute48h
Demander un rapport d’incident formel à MicrosoftHaute1 semaine
Suspendre temporairement Copilot Chat sur OutlookMoyenne à hauteImmédiat si données ultra-sensibles
Auditer les autres intégrations IA (Teams, Word, Excel…)Moyenne1 mois
Mettre à jour les politiques d’utilisation IAMoyenne2-3 mois

Ces mesures, bien qu’un peu douloureuses à court terme, permettent de limiter l’exposition et de démontrer la bonne foi en cas de contrôle ou de contentieux ultérieur.

Un signal d’alarme pour toute l’industrie de l’IA générative professionnelle

L’affaire Copilot n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série d’incidents qui rappellent une vérité simple : plus l’IA devient puissante et intégrée au cœur des processus métiers, plus les enjeux de gouvernance, de sécurité et de conformité deviennent critiques.

Les éditeurs doivent désormais comprendre que la promesse marketing d’une “IA qui comprend tout votre travail” ne peut plus se faire au détriment des garde-fous élémentaires. Les clients, eux, ne peuvent plus se contenter de cocher la case “oui j’accepte les conditions” sans un minimum de vigilance.

En 2026, l’équation est claire : productivité exceptionnelle et sécurité maximale doivent désormais avancer main dans la main. Sinon, les bénéfices promis par l’IA risquent fort de se transformer en cauchemars juridiques et réputationnels.

Et vous, avez-vous déjà activé Copilot dans votre boîte mail ? Prenez-vous des précautions particulières ? Le débat est ouvert.

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.