Imaginez une intelligence artificielle capable de passer des entretiens d’embauche à votre place, d’organiser vos prochaines vacances de A à Z et même d’analyser en profondeur votre portefeuille d’actions… tout cela sans que vous ayez à lui donner la moindre instruction compliquée. Cette vision, qui relevait encore récemment de la science-fiction, est devenue réalité avec l’arrivée fracassante de Manus. Et aujourd’hui, cette startup qui fait trembler la Silicon Valley appartient officiellement à Meta.
Le 29 décembre 2025, Mark Zuckerberg a réalisé l’un des coups les plus spectaculaires de l’année en rachetant Manus pour la somme colossale de 2 milliards de dollars. Une acquisition qui n’est pas seulement un simple renforcement de portefeuille technologique : elle marque un tournant stratégique majeur pour le géant des réseaux sociaux.
Manus : l’outsider qui a bouleversé le paysage de l’IA agentique
Quand Manus dévoile sa première démonstration publique au printemps 2025, la réaction est immédiate et quasi unanime : stupeur. Dans une vidéo de quelques minutes, on voit l’agent IA réaliser des tâches complexes que même les meilleurs modèles de l’époque peinaient à enchaîner de manière autonome et fiable.
Contrairement aux chatbots classiques qui se contentent de répondre à des questions, Manus se positionne dès le départ comme un véritable agent autonome capable de poursuivre des objectifs sur plusieurs heures, voire plusieurs jours, en interagissant avec de multiples outils numériques.
Des performances qui ont fait parler d’elles
La startup n’a pas hésité à comparer directement ses résultats avec ceux d’OpenAI et plus particulièrement avec la fonction Deep Research de l’époque. Selon les benchmarks publiés (et largement repris par la communauté), Manus surpassait très nettement le modèle d’OpenAI sur de nombreux cas d’usage concrets et professionnels.
« Pour la première fois, on a l’impression de voir un véritable assistant numérique qui travaille pour vous, et non un outil qui attend vos prochaines instructions. »
Un investisseur anonyme cité par TechCrunch
Cette différence apparemment subtile est en réalité fondamentale : elle passe d’une logique réactive à une logique proactive et orientée résultats.
Un parcours fulgurant en moins d’un an
Quelques semaines seulement après cette démonstration devenue virale, Benchmark, l’un des fonds les plus prestigieux de la Silicon Valley, mène un tour de table de 75 millions de dollars qui valorise Manus à 500 millions de dollars post-money. Un montant exceptionnel pour une société qui n’a alors que quelques mois d’existence publique.
- Avril 2025 : Démonstration virale et tour de 75 M$ mené par Benchmark
- Été 2025 : Transfert du siège de Pékin à Singapour
- Mi-décembre 2025 : Annonce de plusieurs millions d’utilisateurs actifs
- Décembre 2025 : Chiffre d’affaires récurrent annuel supérieur à 100 M$
- 29 décembre 2025 : Acquisition par Meta pour 2 milliards de dollars
Ce rythme de croissance est proprement exceptionnel, même dans l’écosystème déjà très rapide de l’intelligence artificielle.
La recette du succès selon Manus
Derrière cette ascension fulgurante se cache plusieurs choix stratégiques particulièrement malins :
- Une architecture agentique extrêmement sophistiquée avec mémoire à long terme et planification hiérarchique
- Une intégration native et très profonde avec les outils du quotidien (email, calendrier, tableurs, navigateurs, logiciels métier)
- Une interface utilisateur minimaliste : on donne un objectif en langage naturel, l’agent s’exécute
- Une tarification par abonnement mensuel ou annuel très agressive pour les particuliers et PME
- Une communication très orientée résultats concrets plutôt que benchmarks techniques abstraits
Ces choix ont permis à Manus de passer très rapidement du statut de laboratoire technologique à celui de véritable produit utilisé au quotidien par des centaines de milliers de personnes.
Le contexte géopolitique sensible
L’histoire de Manus ne serait pas complète sans aborder son origine. La société mère, Butterfly Effect, a été fondée à Pékin en 2022 par des entrepreneurs chinois avant de déménager son siège à Singapour en 2025.
Cette trajectoire a nécessairement attiré l’attention des autorités américaines dans un contexte où la compétition technologique sino-américaine est devenue l’un des principaux enjeux géopolitiques mondiaux.
« Il est préoccupant que des capitaux américains financent une entreprise dont les racines sont profondément chinoises dans un domaine aussi stratégique que l’intelligence artificielle autonome. »
Sénateur John Cornyn, membre senior du Comité du renseignement du Sénat, mai 2025
Meta a rapidement pris les devants en affirmant que, post-acquisition, Manus n’aurait plus aucun lien capitalistique avec des investisseurs chinois et cesserait toute activité et tout service en Chine continentale.
Pourquoi Meta a-t-il payé si cher ?
À première vue, 2 milliards de dollars pour une société qui réalise environ 100 millions de revenus annuels récurrents peut sembler démesuré. Pourtant, plusieurs éléments expliquent cette valorisation stratosphérique :
- Manus est l’une des très rares sociétés d’IA à avoir démontré un product-market fit massif et rapide
- L’entreprise dispose d’une technologie d’agents autonomes très en avance sur la concurrence
- Meta cherche désespérément des cas d’usage IA qui génèrent de la valeur immédiate pour justifier ses investissements massifs en infrastructure
- Les agents autonomes représentent potentiellement la prochaine grande vague après les modèles de langage
- Meta veut éviter qu’un concurrent (Google, Microsoft, Amazon…) ne mette la main sur cette technologie
Pour Mark Zuckerberg, qui a fait de l’IA l’axe stratégique numéro un de Meta pour les dix prochaines années, Manus représente bien plus qu’une technologie : c’est la preuve vivante qu’il est possible de créer une IA qui génère réellement de l’argent.
Quel avenir pour les utilisateurs de Manus ?
Meta a d’ores et déjà annoncé que Manus continuerait à fonctionner de manière indépendante pendant une période de transition, tout en commençant à intégrer progressivement ses capacités d’agents autonomes dans l’écosystème Meta : Facebook, Instagram et WhatsApp principalement.
Voici les scénarios les plus probables d’intégration que l’on peut anticiper dans les 12 à 24 prochains mois :
- Création automatique de publications et stories ultra-personnalisées
- Gestion intelligente des interactions et messages (réponses automatiques contextuelles très avancées)
- Organisation d’événements et coordination de groupes
- Assistant personnel intégré directement dans Messenger/WhatsApp
- Analyse automatique des tendances et recommandations de contenu ultra-ciblées
- Agents de recrutement et de mise en relation professionnelle au sein des groupes Facebook
Ces intégrations pourraient transformer radicalement l’expérience utilisateur sur les plateformes Meta et créer un avantage compétitif considérable face à TikTok, Snapchat, X ou encore les messageries concurrentes.
Ce que cette acquisition nous dit sur l’avenir de l’IA
Au-delà du simple fait divers industriel, l’acquisition de Manus par Meta envoie plusieurs messages forts sur l’évolution probable du paysage technologique dans les années à venir :
- Le temps des démonstrations techniques impressionnantes mais sans modèle économique est révolu
- Les investisseurs et les grands groupes sont désormais prêts à payer très cher pour des technologies qui ont déjà trouvé leur marché
- Les agents autonomes sont considérés comme la prochaine grande révolution après les grands modèles de langage
- La guerre du talent et de la technologie IA est devenue tellement intense que même les géants historiques n’hésitent plus à racheter des jeunes pousses à des valorisations astronomiques
- La question géopolitique reste omniprésente et influence fortement les trajectoires des entreprises d’IA
Nous sommes probablement en train d’assister aux prémices d’une nouvelle vague d’acquisitions massives dans le domaine de l’IA agentique, comparable à ce que nous avons connu avec les startups spécialisées dans les grands modèles de langage entre 2022 et 2024.
Conclusion : la fin du début
L’acquisition de Manus par Meta n’est pas seulement une transaction financière parmi d’autres. Elle symbolise l’entrée dans une nouvelle ère où l’intelligence artificielle cesse progressivement d’être un outil pour devenir un véritable collaborateur numérique autonome.
Ce que nous avons vu avec Manus n’était que l’avant-première. Avec les ressources quasi-illimitées de Meta, l’expertise accumulée par ses équipes et l’audience de plusieurs milliards d’utilisateurs, les prochaines versions des agents autonomes risquent de bouleverser en profondeur notre rapport au travail, à l’organisation personnelle et aux interactions sociales numériques.
Reste une question essentielle : sommes-nous vraiment prêts pour le monde qui arrive ?
Une chose est sûre : avec cette acquisition historique, Mark Zuckerberg vient de placer un pion considérable sur l’échiquier de l’intelligence artificielle du futur. Et la partie ne fait que commencer.