Imaginez que vous passez des heures à créer du contenu de qualité, à rédiger des articles de blog passionnants ou à produire des vidéos engageantes, et que soudain, la plateforme qui vous permet de toucher des milliers de personnes vous dise : « Stop, vous avez atteint votre quota de liens. » C’est exactement ce qui arrive à certains utilisateurs de Facebook en ce moment. Une expérience qui fait grincer des dents et qui soulève de nombreuses questions sur l’avenir des réseaux sociaux.

Meta, le géant derrière Facebook, Instagram et WhatsApp, teste actuellement une limitation du nombre de liens que les comptes professionnels et les Pages peuvent partager. Et la solution pour contourner cette restriction ? Un abonnement payant. Cette nouvelle fait déjà beaucoup parler dans la communauté des créateurs et des marques.

Meta teste une limite de partage de liens sur Facebook

Cette expérimentation, repérée mi-décembre 2025, concerne spécifiquement les comptes en mode professionnel et les Pages Facebook. Pour ces profils, Meta impose une restriction : seulement deux liens par période (la durée exacte n’est pas précisée publiquement). Au-delà, impossible de publier un nouveau post contenant un lien externe.

La seule façon de lever cette barrière ? Souscrire à Meta Verified, l’abonnement payant lancé il y a quelques années, qui coûte à partir de 14,99 dollars par mois selon les régions. En échange, les abonnés bénéficient d’une visibilité accrue, d’un badge de vérification et, avec ce test, d’une liberté totale pour partager des liens.

Meta a confirmé officiellement cette expérimentation auprès de plusieurs médias spécialisés. Un porte-parole a déclaré qu’il s’agissait d’un test limité destiné à évaluer si cette fonctionnalité apporte une valeur ajoutée réelle aux abonnés Meta Verified.

Qui est concerné par cette restriction ?

Tous les utilisateurs ne sont pas logés à la même enseigne. Cette limite touche uniquement :

  • Les profils personnels ayant activé le mode professionnel (qui transforme un compte classique en profil créateur).
  • Les Pages Facebook officielles des marques, médias et organisations.
  • Mais pas les comptes personnels classiques ni, pour l’instant, les éditeurs de presse.

Les liens internes vers d’autres plateformes Meta (Instagram, WhatsApp, Threads) restent autorisés sans compter dans le quota. Les liens d’affiliation et ceux placés en commentaire ne sont pas non plus impactés.

Cette distinction montre clairement la stratégie : pousser les utilisateurs à garder le trafic dans l’écosystème Meta plutôt que de renvoyer vers l’extérieur.

Pourquoi Meta lance-t-il ce test maintenant ?

Plusieurs éléments permettent de comprendre le timing de cette expérimentation. D’abord, les chiffres publiés par Meta dans son rapport de transparence du troisième trimestre 2025 sont éloquents : plus de 98 % des vues sur le fil d’actualité aux États-Unis proviennent de publications sans lien externe. Seulement 1,9 % des impressions concernent des posts avec liens, et la majorité de ceux-ci viennent de Pages suivies par l’utilisateur.

Ces statistiques suggèrent que les liens externes n’apportent pas autant de valeur à l’expérience utilisateur que le contenu natif. Meta semble vouloir encourager les créateurs à poster directement sur la plateforme plutôt que de servir de simple relais vers des sites tiers.

C’est une manière de comprendre si la possibilité de publier un plus grand volume de posts avec liens apporte une valeur supplémentaire pour les abonnés Meta Verified.

Porte-parole de Meta

En parallèle, le contexte plus large joue un rôle. Les réseaux sociaux cherchent tous à maximiser le temps passé sur leurs applications. X (anciennement Twitter) a déjà dépriorisé les posts contenant des liens externes dans son algorithme. TikTok et Instagram privilégient massivement le contenu natif. Meta suit donc une tendance générale : monétiser l’accès aux fonctionnalités qui permettent de générer du trafic externe.

Les conséquences pour les créateurs et les marques

L’impact pourrait être considérable. Beaucoup de créateurs et de petites entreprises utilisent Facebook comme canal principal pour diriger leur audience vers leur site, leur boutique en ligne ou leur newsletter. Avec seulement deux liens autorisés, ils devront faire des choix difficiles :

  • Privilégier les publications natives (photos, vidéos, Reels) pour maintenir l’engagement.
  • Concentrer leurs liens sur les contenus les plus stratégiques.
  • Ou… payer l’abonnement Meta Verified.

Pour les marques, cette restriction risque de compliquer les campagnes marketing qui reposent sur le partage régulier de nouveaux articles, promotions ou landing pages. Les community managers vont devoir repenser leur calendrier éditorial.

À long terme, cette mesure pourrait accélérer la migration de certains créateurs vers d’autres plateformes moins restrictives, comme LinkedIn pour le contenu professionnel ou Substack pour les newsletters intégrées.

Meta Verified : que propose vraiment l’abonnement ?

Lancé initialement pour offrir un badge de vérification et une protection contre l’usurpation d’identité, Meta Verified a évolué. Aujourd’hui, il inclut plusieurs avantages :

  • Badge bleu de vérification.
  • Support client prioritaire.
  • Fonctionnalités exclusives (stickers, étoiles, etc.).
  • Visibilité accrue dans les recommandations et recherches.
  • Et potentiellement, avec ce test, une liberté totale de partage de liens.

Le prix varie selon les pays et les plateformes (Facebook seul ou pack Facebook + Instagram). En France, il oscille généralement entre 11,99 € et 14,99 € par mois sur mobile.

Meta mise clairement sur ce modèle d’abonnement pour diversifier ses revenus, traditionnellement dominés par la publicité. Avec des millions d’utilisateurs potentiellement concernés, même un faible taux de conversion pourrait générer des recettes significatives.

Comparaison avec les autres plateformes sociales

Meta n’est pas le premier à restreindre les liens externes. Voici un rapide tour d’horizon :

PlateformePolitique liens externesMonétisation liée
X (Twitter)Dépriorisation algorithmiqueX Premium (abonnement)
TikTokPrivilégie contenu natifTikTok Shop et Creator Fund
InstagramLimite liens en bio ou StoriesBadges et abonnements créateurs
LinkedInFavorable aux liensLinkedIn Premium optionnel
YouTubeEncourage les liensProgramme Partenaires

On voit clairement une fracture : les plateformes vidéo (TikTok, YouTube) et professionnelles (LinkedIn) restent plus ouvertes, tandis que les réseaux généralistes cherchent à retenir l’attention.

Vers un web plus fermé ?

Cette expérimentation s’inscrit dans un mouvement plus large. L’arrivée massive des IA génératives a déjà fragilisé le modèle du web ouvert basé sur les liens. Les moteurs de recherche comme Google ou les assistants comme ChatGPT résument souvent le contenu sans renvoyer vers la source originale.

Les réseaux sociaux, eux, contrôlent directement l’accès à des milliards d’utilisateurs. En limitant les sorties, ils renforcent leur position de gatekeepers de l’information. Pour les créateurs indépendants, cela signifie une dépendance croissante aux plateformes et à leurs modèles payants.

Certains y voient une menace pour la diversité du web. D’autres estiment que cela poussera les créateurs à produire un contenu plus riche directement sur les plateformes, au bénéfice des utilisateurs.

Que faire si vous êtes concerné ?

Si vous utilisez Facebook de manière professionnelle, voici quelques pistes pour anticiper :

  • Diversifiez vos canaux : développez votre présence sur Instagram, LinkedIn, YouTube ou une newsletter.
  • Privilégiez le contenu natif : Reels, carrousels, vidéos longues performent souvent mieux.
  • Testez Meta Verified si le partage de liens est crucial pour votre activité.
  • Utilisez les commentaires ou les Stories pour glisser des liens sans compter dans le quota.
  • Construisez votre propre audience (email, site web) pour réduire la dépendance.

À court terme, cette limitation reste un test. Meta pourrait l’abandonner si les retours sont trop négatifs. Mais elle illustre parfaitement la direction prise par les grandes plateformes : transformer des fonctionnalités autrefois gratuites en avantages payants.

L’équation est simple : plus de valeur pour les abonnés, plus de revenus récurrents pour Meta. Reste à savoir si les créateurs et les marques accepteront de payer pour conserver une liberté qu’ils avaient jusqu’ici gratuitement.

Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce riche en évolutions pour les réseaux sociaux. Entre monétisation agressive et bataille pour l’attention, les utilisateurs professionnels devront s’adapter rapidement. Et vous, qu’en pensez-vous ? Cette limite vous semble-t-elle justifiée, ou marque-t-elle un tournant trop commercial pour Facebook ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.