Imaginez un instant : une seule entreprise, en à peine dix ans d’existence, parvient à essaimer des dizaines de startups valorisées à plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars. Ce n’est pas une légende de la bulle internet des années 2000, c’est la réalité brûlante de 2026. Bienvenue dans l’histoire de la Mafia OpenAI, ce réseau d’anciens talents qui, après avoir participé à l’aventure ChatGPT, partent désormais conquérir le monde de l’intelligence artificielle chacun de leur côté.
PayPal avait sa mafia légendaire. Aujourd’hui, c’est au tour d’OpenAI de régner sur les récits de la Silicon Valley. Anciens chercheurs, ingénieurs vedettes, cadres emblématiques… ils sont partis, souvent en claquant la porte, parfois après des drames internes très médiatisés, et ont créé des entreprises qui font déjà trembler les géants historiques.
La nouvelle puissance cachée de la Silicon Valley
En 2026, difficile de parler d’IA sans évoquer cette nébuleuse d’anciens d’OpenAI. Certains ont choisi la voie de la sécurité absolue, d’autres misent sur la recherche fondamentale, d’autres encore réinventent la recherche, la robotique ou l’éducation. Ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle ces structures lèvent des sommes colossales… parfois sans même présenter de produit fini.
Comment expliquer un tel phénomène ? D’abord par le talent brut : OpenAI a réuni, pendant des années, certains des esprits les plus brillants de la planète en intelligence artificielle. Ensuite par le réseau : investisseurs, chercheurs, ingénieurs… tout le monde se connaît. Enfin, par l’effet boule de neige : chaque succès renforce la crédibilité des suivants.
Anthropic : le principal rival qui rêve d’AGI sûre
Impossible de parler de la mafia OpenAI sans commencer par Anthropic. Fondée en 2021 par Dario et Daniela Amodei (ex-vice-présidents recherche chez OpenAI) et rejointe plus tard par John Schulman (co-fondateur d’OpenAI), l’entreprise s’est imposée comme le challenger le plus sérieux et le plus idéologiquement opposé à la course effrénée à l’AGI.
Leur philosophie ? Construire une intelligence artificielle générale sûre dès le départ. En 2026, Anthropic affiche une valorisation estimée à 380 milliards de dollars après une méga-levée de 30 milliards. Les rumeurs d’introduction en bourse circulent de plus en plus fort.
Nous voulons construire une AGI qui bénéficie à l’humanité entière, pas seulement à quelques actionnaires.
Dario Amodei – co-fondateur d’Anthropic
Cette posture éthique, combinée à des performances techniques très solides (notamment avec Claude), a séduit une partie importante de la communauté recherche et de nombreux investisseurs institutionnels.
Perplexity : quand l’IA réinvente la recherche
Aravind Srinivas, ancien chercheur chez OpenAI, a pris le pari audacieux de concurrencer Google… avec une arme redoutable : un moteur de recherche conversationnel qui cite réellement ses sources. Perplexity est aujourd’hui valorisé 20 milliards de dollars et continue de croître à une vitesse impressionnante.
Malgré les polémiques sur ses méthodes d’indexation et de scraping, la startup séduit par sa transparence et sa capacité à fournir des réponses sourcées et actualisées en temps réel.
- Réponses sourcées et cliquables
- Modèle économique mixte freemium + API
- Investisseurs prestigieux : Jeff Bezos, Nvidia, etc.
- Croissance explosive des utilisateurs en 2025-2026
Safe Superintelligence (SSI) : la quête obsessionnelle d’Ilya Sutskever
Lorsqu’Ilya Sutskever, ancien chief scientist et co-fondateur d’OpenAI, quitte l’entreprise en mai 2024 dans des conditions très tendues, beaucoup pensent que sa carrière est terminée. Erreur.
Quelques mois plus tard, il lance Safe Superintelligence avec une promesse simple et radicale : un seul produit, une seule mission — créer une superintelligence sûre. Pas de distractions, pas d’autres business models. En 2026, SSI lève 2 milliards de dollars et atteint une valorisation de 32 milliards… sans avoir dévoilé le moindre produit.
Ce niveau de confiance des investisseurs reste inédit dans l’histoire récente de la tech.
Thinking Machines Lab : l’héritage de Mira Murati
Mira Murati, ancienne CTO d’OpenAI, quitte son poste en 2024 et lance Thinking Machines Lab. L’entreprise promet des modèles plus personnalisables et plus performants. En moins d’un an, valorisation à 12 milliards de dollars et premier produit : une API de fine-tuning avancée.
Paradoxe amusant : deux de ses co-fondateurs sont retournés chez OpenAI début 2026, illustrant les allers-retours permanents au sein de cet écosystème ultra-connecté.
Les paris industriels et robotiques
Tous ne restent pas dans le pur logiciel. Plusieurs anciens ont choisi de s’attaquer au monde physique :
- Covariant (Pieter Abbeel, Peter Chen, Rocky Duan) → fondations IA pour la robotique industrielle. Racheté en partie par Amazon en 2024.
- Adept AI Labs (David Luan) → agents IA pour les employés de bureau. David Luan parti chez Amazon fin 2024.
- Prosper Robotics (Shariq Hashme) → robot domestique « majordome ».
Ces projets montrent que l’expertise accumulée chez OpenAI dépasse largement le champ du langage et touche désormais la robotique autonome.
Les paris scientifiques et sociétaux
D’autres ont choisi des voies plus fondamentales ou engagées :
- Periodic Labs (Liam Fedus) → IA pour découvrir de nouveaux matériaux supraconducteurs. 300 M$ levés en seed.
- Living Carbon (Maddie Hall) → arbres génétiquement modifiés pour capturer plus de CO₂.
- Eureka Labs (Andrej Karpathy) → assistants pédagogiques IA pour révolutionner l’éducation.
Ces projets rappellent que beaucoup d’anciens d’OpenAI sont animés par des missions qui vont bien au-delà de la simple rentabilité financière.
Le cas xAI et les allers-retours permanents
Kyle Kosic, ancien d’OpenAI, rejoint xAI en 2023 avant de revenir chez OpenAI en 2024. L’histoire illustre parfaitement la porosité actuelle entre les différents acteurs majeurs de l’IA : OpenAI, Anthropic, xAI, Google DeepMind… les talents circulent à une vitesse folle.
Elon Musk, après avoir quitté OpenAI en 2018, a créé xAI qui a fusionné avec X (ex-Twitter) avant d’être racheté par SpaceX. Valorisation combinée : 1,25 trillion de dollars. Une trajectoire folle qui montre que l’écosystème IA reste dominé par quelques figures historiques.
Pourquoi cette diaspora est-elle si puissante ?
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène unique :
- Premier arrivé, premier servi : OpenAI a recruté très tôt les meilleurs talents mondiaux en deep learning.
- Conflits internes célèbres : départs souvent liés à des divergences stratégiques très médiatisées → visibilité immédiate.
- Investisseurs prêts à parier gros : les VC savent que derrière chaque ancien d’OpenAI se cache potentiellement le prochain géant.
- Effet réseau exponentiel : chaque levée réussie renforce la crédibilité des suivants.
- Marché en hyper-croissance : l’IA absorbe des centaines de milliards chaque année.
Résultat : en 2026, la simple mention « ex-OpenAI » sur un deck fait office de label de qualité ultime auprès des fonds les plus prestigieux.
Vers une fragmentation ou une consolidation ?
Deux scénarios se dessinent pour les prochaines années :
- Fragmentation → chaque acteur trouve sa niche (sécurité, recherche, éducation, robotique, matériaux, etc.)
- Consolidation → les gros acteurs (Anthropic, OpenAI, xAI, Thinking Machines…) absorbent ou écrasent les plus petits
Ce qui est certain, c’est que la période 2025-2030 restera dans les livres d’histoire comme l’âge d’or de la diaspora OpenAI. Une période où une poignée de chercheurs et d’ingénieurs a redéfini les contours de l’intelligence artificielle mondiale.
Et pendant ce temps, Sam Altman et son équipe continuent d’affirmer qu’OpenAI reste la maison mère incontestée. Mais à chaque nouvelle levée monstre d’un concurrent, la question revient : la vraie puissance d’OpenAI ne réside-t-elle pas finalement… dans tous ceux qui sont partis ?
Une chose est sûre : la Mafia OpenAI n’a pas fini de faire parler d’elle.