Imaginez un instant : vous vivez dans un immeuble haussmannien ou un brownstone centenaire, les radiateurs crachent une chaleur étouffante en hiver tandis que l’été transforme votre appartement en four. Les solutions classiques ? Soit on supporte, soit on engage des travaux pharaoniques. Et si une startup américaine venait tout simplement de trouver la martingale pour rendre ces bâtiments anciens confortables, économes et climatisés… sans tout casser ?
C’est précisément le pari audacieux que relève Gradient, une jeune pousse qui secoue le monde très traditionnel du chauffage et de la climatisation. Avec son approche minimaliste mais redoutablement efficace, elle s’attaque à l’un des plus gros défis de la transition énergétique : la rénovation des logements collectifs anciens.
Quand une pompe à chaleur change la donne pour des millions de foyers
Dans les grandes métropoles comme New York, Paris, Londres ou Berlin, une part très importante du parc immobilier date d’avant les années 1970. Ces bâtiments ont été conçus à une époque où l’énergie coûtait trois fois rien et où personne ne parlait encore d’empreinte carbone. Résultat : des chaudières collectives au fioul ou au gaz, des compteurs uniques, des pertes thermiques énormes et… zéro climatisation dans la plupart des cas.
Gradient a donc développé une pompe à chaleur qui ne ressemble à aucune autre. Sa forme en fer à cheval permet de l’installer directement dans l’encadrement d’une fenêtre classique, sans obstruer la vue et sans travaux lourds. Elle chauffe l’hiver, rafraîchit l’été, et surtout, elle est pensée dès le départ pour les bâtiments qui n’ont jamais été prévus pour accueillir des systèmes modernes.
Le vrai défi : les logements collectifs oubliés
Si les maisons individuelles bénéficient aujourd’hui d’un choix croissant de solutions performantes (pompes à chaleur air-air, géothermie, poêles à granulés…), les immeubles de plusieurs étages restent largement à la traîne. Pourquoi ? Parce que les solutions habituelles (multisplit gainables, chaudières collectives à condensation, réseaux de chaleur urbains) impliquent des chantiers longs, coûteux et très invasifs.
Vince Romanin, CTO de Gradient, l’explique sans détour :
« Les bâtiments multifamiliaux sont un secteur largement ignoré. C’est pourtant là que nous pouvons faire le plus de bien pour les occupants et pour la planète. »
Vince Romanin, CTO Gradient
Et il a raison. À New York par exemple, des dizaines de milliers d’immeubles approchent de la fin de vie de leurs chaudières vapeur ou fioul. Les remplacer par des systèmes modernes représente un chantier titanesque. Gradient propose une alternative : équiper chaque logement individuellement, sans toucher aux parties communes.
Nexus : l’intelligence collective au service du confort et des économies
Jusqu’ici, Gradient se concentrait sur l’unité elle-même : performante, discrète, réversible. Mais la vraie nouveauté dévoilée début 2026 s’appelle Nexus. Il s’agit d’un logiciel et d’un service qui relie entre elles toutes les pompes à chaleur installées dans un même immeuble.
Concrètement, Nexus apporte plusieurs avancées majeures :
- Gestion centralisée des consommations pour éviter les dérives
- Possibilité pour le gestionnaire d’immeuble de fixer des limites de température
- Optimisation dynamique en fonction de l’ensoleillement, de l’exposition et de l’inertie thermique
- Participation à des programmes de demand response pour soulager le réseau électrique
- Réduction automatique de la puissance quand le réseau est saturé
Dans un cas concret partagé par l’entreprise, un gestionnaire a fixé une consigne maximale de chauffage à 25,5 °C (78 °F). Dès le lendemain, la consommation globale de l’immeuble a chuté de 25 %. Preuve que le simple fait de supprimer les excès permet déjà des économies substantielles.
Pourquoi les pompes à chaleur Gradient sont particulièrement adaptées aux vieux bâtiments
Installer une pompe à chaleur classique dans un immeuble des années 1920-1950 pose souvent trois problèmes :
- Manque de puissance électrique disponible par logement
- Travaux lourds pour poser des unités extérieures ou des gaines
- Coût prohibitif quand on équipe 20, 40 ou 100 logements
Gradient contourne ces obstacles de plusieurs manières astucieuses :
- Installation en quelques heures par fenêtre, sans autorisation de travaux lourde
- Consommation électrique modulable : Nexus peut limiter la puissance à 8-10 A au lieu de 12 A quand le câblage est ancien
- Pas d’unité extérieure disgracieuse ni de forage
- Prix présenté comme le plus compétitif du marché pour ce type de rénovation
Autre avantage non négligeable : les logements qui ne disposaient que de radiateurs à vapeur gagnent soudainement la climatisation. Dans un contexte où les canicules deviennent plus fréquentes et plus intenses, cet argument commercial est devenu décisif.
Des partenariats déjà concluants avec le logement social
Gradient n’a pas attendu pour passer des tests théoriques à la vraie vie. La société collabore notamment avec la New York City Housing Authority (NYCHA), le plus important bailleur social des États-Unis. Des centaines d’unités ont déjà été installées dans des immeubles publics.
Un pilote a également été mené dans un complexe de logements abordables à Tracy, en Californie. Même dans des bâtiments plus récents, les retours sont excellents : confort accru, factures maîtrisées, satisfaction des locataires en hausse.
Les campus universitaires constituent un autre marché très prometteur. Beaucoup de résidences étudiantes construites dans les années 1960-1980 n’ont jamais intégré de système de climatisation. Avec les étés de plus en plus chauds, les étudiants souffrent… et les établissements cherchent des solutions rapides et peu coûteuses.
Et si les pompes à chaleur aidaient à stabiliser le réseau électrique ?
L’un des arguments les plus souvent avancés contre l’électrification massive du chauffage et de la climatisation est le suivant : « le réseau ne tiendra jamais ». Gradient entend démontrer le contraire.
Grâce à Nexus, l’entreprise développe un système de modulation intelligente de la demande. Quand la température extérieure grimpe et que la consommation explose, les pompes à chaleur des logements situés côté ombragé ou ceux qui ont une forte inertie thermique peuvent légèrement réduire leur puissance sans que les occupants ne ressentent de gêne.
« Il est tout à fait possible d’électrifier massivement le chauffage et la climatisation tout en rendant le réseau plus stable, plus efficace et en faisant baisser le prix des électrons. »
Vince Romanin, CTO Gradient
Cette approche de demand response granulaire pourrait devenir l’un des piliers de la flexibilité électrique de demain. Au lieu de subir des coupures ou des prix exorbitants lors des pointes, les immeubles équipés Gradient deviennent de véritables tampons intelligents pour le réseau.
Les limites actuelles et les chantiers à venir
Bien sûr, Gradient n’a pas encore tout résolu. Parmi les défis restant :
- Performance en cas de grand froid extrême (la technologie air-air a ses limites physiques)
- Acceptation par les copropriétés et les gestionnaires peu familiers avec ce type d’équipement
- Concurrence avec les systèmes centralisés subventionnés dans certains pays
- Besoin de former massivement les installateurs
Malgré ces obstacles, la trajectoire semble très prometteuse. Le marché des pompes à chaleur connaît une croissance explosive en Europe et en Amérique du Nord. Gradient se positionne sur une niche mal desservie : les immeubles collectifs anciens à budget contraint.
Un modèle économique vertueux pour accélérer la décarbonation
En remplaçant des chaudières fioul ou gaz vieillissantes par des pompes à chaleur individuelles intelligentes, Gradient permet plusieurs bénéfices simultanés :
| Acteur | Avantage principal |
| Locataires / Copropriétaires | Confort hiver + été, maîtrise des factures |
| Gestionnaires d’immeubles | Rénovation rapide, réduction des litiges liés au confort thermique |
| Opérateurs réseau | Flexibilité accrue, atténuation des pointes de consommation |
| Planète | Réduction massive des émissions de CO₂ |
Quand on additionne ces impacts, on comprend pourquoi des acteurs publics et privés commencent à regarder Gradient avec beaucoup d’intérêt.
Vers une généralisation des pompes à chaleur connectées ?
Si Nexus tient ses promesses dans les prochains déploiements à grande échelle, il est probable que d’autres fabricants emboîtent le pas. La combinaison d’une installation ultra-rapide, d’une consommation maîtrisée et d’une capacité à participer à la flexibilité du réseau constitue un cocktail gagnant dans le contexte actuel.
Pour les décideurs publics, c’est une solution qui permet d’avancer vite sur les objectifs de rénovation énergétique sans attendre les lourds chantiers de réseaux de chaleur ou d’isolation massive des façades. Pour les habitants, c’est enfin la possibilité de vivre décemment dans des immeubles qui, jusque-là, étaient condamnés à rester inconfortables.
Gradient n’est peut-être pas encore un nom connu en Europe, mais la startup pourrait bien devenir l’un des acteurs clés de la rénovation thermique intelligente dans les années qui viennent. À suivre de très près.
Et vous, seriez-vous prêt à installer une pompe à chaleur Gradient dans votre immeuble ancien si le prix restait compétitif et l’installation rapide ?