Imaginez un instant : deux des hommes les plus riches de la planète, ceux-là mêmes qui ont révolutionné notre façon de chercher l’information, de communiquer et d’accéder au savoir, seraient en train de faire leurs valises… mais pas pour des vacances. Pour un changement bien plus stratégique. Et si l’histoire derrière ce possible grand départ de Sergey Brin et Larry Page racontait beaucoup plus sur l’avenir fiscal des ultra-riches que sur un simple caprice immobilier ?
En ce début d’année 2026, les rumeurs les plus persistantes agitent la Silicon Valley et bien au-delà : les deux cofondateurs de Google seraient en train de réduire drastiquement leur empreinte californienne. Transferts d’entités juridiques, acquisitions spectaculaires hors de l’État… Le décor est planté pour une potentielle fuite fiscale de très haut vol.
Un déménagement qui ne dit pas son nom
Derrière les annonces immobilières spectaculaires et les changements statutaires discrets se cache une réalité beaucoup plus prosaïque pour les très grandes fortunes : l’optimisation fiscale n’est plus un sujet tabou, elle est devenue une nécessité stratégique.
Selon les informations révélées par le New York Times en janvier 2026, pas moins de 15 structures LLC liées à Sergey Brin ont été soit dissoutes, soit converties en entités basées dans le Nevada au cours du mois de décembre 2025. Même mouvement du côté de Larry Page avec 45 LLC passées en mode inactif ou transférées hors de Californie.
Parmi ces entités ? Des sociétés qui gèrent des actifs aussi visibles qu’un superyacht de luxe ou qu’un terminal privé à l’aéroport de San Jose. Des signes qui ne trompent pas.
La fameuse proposition de taxe sur les milliardaires
Au cœur de cette valse immobilière et juridique se trouve un projet de loi qui fait trembler les ultra-riches de l’État le plus riche des États-Unis : une taxe exceptionnelle de 5 % sur le patrimoine des personnes valant plus d’un milliard de dollars.
Particularité particulièrement redoutée : cette taxe serait rétroactive au 1er janvier 2026 pour toute personne résidant en Californie à cette date. Un couperet fiscal qui, s’il était adopté par référendum en novembre 2026, pourrait coûter plusieurs centaines de millions – voire des milliards – aux principaux concernés.
« Quand le fisc commence à regarder dans votre direction avec un taux de 5 % sur tout votre patrimoine, les valises se préparent très rapidement, même pour les personnes qui aiment profondément leur maison. »
Un fiscaliste anonyme de la Bay Area
Même si Brin et Page possèdent toujours des propriétés en Californie, le message envoyé par ces mouvements est clair : mieux vaut anticiper qu’être pris au piège d’une mesure rétroactive.
Nevada vs Californie : le grand match fiscal
Pourquoi le Nevada précisément ? La réponse tient en quelques chiffres éloquents qui expliquent à eux seuls la migration massive des grandes fortunes ces dernières années :
- Aucun impôt sur le revenu des personnes physiques
- Aucun impôt sur les plus-values
- Pas d’impôt sur les successions ni sur les donations
- Protection renforcée des actifs via des structures juridiques très avantageuses
- Proximité géographique raisonnable avec la Californie
Face à cela, la Californie impose actuellement un taux marginal d’impôt sur le revenu pouvant atteindre 13,3 % (le plus élevé du pays), sans compter la fameuse taxe sur les plus-values alignée sur ce taux. L’écart est colossal.
Et la Floride dans tout ça ?
Le Nevada n’est pas la seule destination qui fait rêver les ultra-riches américains. La Floride, avec son absence totale d’impôt sur le revenu et son climat plus qu’agréable, attire également de plus en plus de milliardaires de la tech.
Preuve parmi d’autres : l’acquisition par un trust lié à Larry Page d’une somptueuse propriété à Miami pour la bagatelle de 71,9 millions de dollars, transaction finalisée début janvier 2026 selon les documents officiels.
Entre le Nevada pour les structures juridiques et financières, et la Floride pour le cadre de vie, le duo Brin-Page semble dessiner une stratégie patrimoniale à plusieurs niveaux, extrêmement sophistiquée.
Que reste-t-il vraiment en Californie ?
Malgré ces mouvements, il serait erroné de parler de départ total et immédiat. Les deux hommes conservent des attaches importantes dans l’État :
- Des résidences principales toujours situées en Californie
- Des participations significatives dans Alphabet/Google
- Des fondations philanthropiques très ancrées localement
- Des liens historiques et émotionnels avec la région où tout a commencé
Il s’agit donc davantage d’une réduction stratégique de l’exposition fiscale que d’un exil pur et simple. Une optimisation à l’échelle des très grandes fortunes, qui soulève néanmoins de nombreuses questions.
Les conséquences pour la Silicon Valley et l’écosystème startup
Si le départ (même partiel) de deux des figures les plus emblématiques de la tech californienne se confirmait, les répercussions pourraient être multiples :
- Signal fort envoyé à tous les entrepreneurs et investisseurs fortunés
- Possible accélération des délocalisations de sièges sociaux ou de family offices
- Perte symbolique majeure pour l’image « paradis de l’innovation » de la Californie
- Impact potentiel sur le marché immobilier haut de gamme de la Bay Area
- Renforcement de la concurrence entre États pour attirer les ultra-riches
Certains observateurs n’hésitent pas à parler d’un véritable « moment Elon Musk » pour la Californie : le départ très médiatisé du fondateur de Tesla et SpaceX avait déjà constitué un précédent marquant.
Une tendance lourde qui s’accélère
Brin et Page ne sont pas des cas isolés. Depuis plusieurs années, le mouvement de migration des grandes fortunes hors de Californie ne cesse de s’amplifier :
- Jeff Bezos s’est installé principalement en Floride
- Elon Musk a déplacé le siège social de Tesla au Texas
- De nombreux investisseurs et entrepreneurs ont créé des family offices dans le Nevada
- Les classements des États les plus attractifs pour les millionnaires placent systématiquement le Nevada et la Floride en tête
La nouveauté ici réside surtout dans l’ampleur et la discrétion des opérations menées par les deux cofondateurs historiques de Google. Là où certains font des annonces tonitruantes, eux préfèrent agir dans l’ombre des structures juridiques.
Et si la Californie changeait d’approche ?
Face à cette hémorragie silencieuse des grandes fortunes, plusieurs voix s’élèvent pour demander un changement de paradigme fiscal. Parmi les pistes évoquées :
- Une réforme fiscale plus progressive et moins punitive pour les très grandes fortunes
- Des incitations à l’investissement local dans les startups et l’innovation
- Une meilleure valorisation de l’écosystème entrepreneurial comme bien commun à préserver
- Une communication plus positive sur l’attractivité économique de l’État
Reste à savoir si ces évolutions arriveront à temps pour inverser une tendance qui semble, pour l’instant, inexorable.
Conclusion : un tournant historique ?
Le possible réaménagement patrimonial de Sergey Brin et Larry Page dépasse très largement le cadre d’une simple optimisation fiscale personnelle. Il cristallise les tensions croissantes entre des États très progressistes sur le plan fiscal et les ultra-riches qui, malgré leur attachement émotionnel, refusent de voir plusieurs milliards de dollars de patrimoine soumis à une taxe exceptionnelle.
Dans un pays où la concurrence fiscale entre États est devenue une véritable guerre économique, la Californie risque de payer très cher le prix de son ambition sociale si elle ne parvient pas à réconcilier attractivité économique et justice fiscale.
Quant à savoir si ce mouvement annonce un exode massif ou reste un cas particulier extrêmement bien préparé… l’avenir, et les résultats du scrutin de novembre 2026, nous le diront.
En attendant, une chose est sûre : même pour les créateurs de Google, l’innovation la plus audacieuse n’est parfois pas technologique… mais fiscale.
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