Imaginez un instant : des milliards circulent dans la Silicon Valley pour financer l’avenir de la mobilité électrique, des rêves de voitures futuristes naissent dans des garages high-tech… et au milieu de tout cela, un nom sulfureux réapparaît dans des documents judiciaires : Jeffrey Epstein. Oui, le même Epstein. Et cette fois, il n’est pas question que de ses crimes odieux, mais d’un réseau d’influence et d’argent qui touche directement plusieurs des startups les plus en vue du secteur des véhicules électriques.
En février 2026, la publication de nouveaux documents issus de l’enquête sur Epstein a provoqué une onde de choc jusque dans les couloirs de la tech. Des échanges d’emails, des notes, des rencontres… tout cela met en lumière un personnage discret mais central : David Stern. Un businessman germano-chinois qui, pendant plusieurs années, a tenté de convaincre Epstein d’investir massivement dans trois noms aujourd’hui bien connus : Faraday Future, Lucid Motors et Canoo.
Quand l’ombre d’Epstein plane sur l’écosystème EV
Ce n’est pas la première fois que le nom d’Epstein apparaît dans des cercles influents de la Silicon Valley. Mais ici, l’histoire prend une dimension très concrète : celle de l’argent investi (ou presque investi) dans des entreprises qui promettaient de révolutionner la voiture électrique. Retour sur une décennie de relations troubles, de promesses mirobolantes et de rêves automobiles qui ont parfois viré au cauchemar financier.
David Stern : l’homme qui voulait réunir Epstein et les EV
David Stern n’est pas un nom que l’on trouve facilement dans les classements Forbes ou dans les conférences TED. Pourtant, entre 2008 et 2019 environ, cet homme d’affaires a entretenu une relation suivie avec Jeffrey Epstein. Au départ, Stern se présente presque timidement : il cherche à investir en Chine et espère qu’Epstein pourra l’accompagner financièrement. Dix ans plus tard, les échanges sont bien plus intimes et surtout bien plus orientés vers des projets très précis.
Parmi ces projets, trois startups américaines du secteur EV occupent une place de choix dans les discussions : Faraday Future, Lucid Motors et Canoo. À chaque fois, le schéma est similaire : Stern repère une opportunité, évalue le potentiel de multiplication rapide du capital, et tente de convaincre Epstein de participer à l’opération. Parfois, il s’agit d’investir directement. Parfois, il s’agit de racheter des parts existantes à bas prix pour les revendre avec une belle plus-value.
Ce n’était pas vraiment une histoire d’investissement long terme ou de soutien à l’innovation. C’était avant tout une chasse au profit rapide.
Extrait commenté d’un échange entre Stern et Epstein
Cette citation résume parfaitement l’état d’esprit qui ressort des documents. On ne parle presque jamais de technologie, de batterie, d’autonomie ou de design. On parle de valorisation, de rondes de financement, de rachats potentiels par de grands constructeurs et surtout de combien on peut gagner en quelques mois.
Faraday Future : le mirage californien
En 2014-2016, Faraday Future fait partie des noms les plus chauds de la Silicon Valley. La startup promet un véhicule électrique ultra-performant, un design futuriste signé d’un ancien de BMW, et surtout une valorisation qui grimpe à toute allure. Stern voit là une occasion en or et propose à Epstein d’entrer au capital pour plusieurs centaines de millions de dollars.
Mais derrière les belles images de communication, Faraday Future est déjà en grande difficulté financière. Les retards s’accumulent, les promesses de production ne sont jamais tenues. Epstein, malgré les sollicitations répétées de Stern, ne sort jamais le chéquier. Résultat : Faraday Future survivra… mais au prix de multiples restructurations, de licenciements massifs et d’une image durablement abîmée.
- Promesse initiale : hypercar électrique à 1 000 ch
- Réalité 2026 : toujours pas de production de masse stable
- Investisseurs historiques : fonds chinois + chinois-américains
- Rôle de Stern : intermédiaire cherchant à attirer Epstein
Lucid Motors : l’espoir déçu et les jeux de pouvoir
Lucid Motors a une trajectoire très différente. La société, anciennement Atieva, était à l’origine spécialisée dans les batteries. Elle pivote ensuite vers la voiture de luxe électrique. En pleine levée de fonds Série D, l’entreprise est dans une situation délicate : le fondateur d’une autre startup (Arrival) a discrètement pris une participation importante et complique les choses.
C’est à ce moment précis que Stern contacte Epstein. Il lui demande de se renseigner auprès de Morgan Stanley, banque conseil de Lucid à l’époque. Epstein joue le jeu, obtient des informations et les transmet. Les deux hommes discutent alors ouvertement de deux scénarios : investir maintenant à bas prix ou attendre qu’un grand acteur (Ford était évoqué) entre au capital et fasse monter la valorisation.
Finalement, aucun des deux n’investit. Lucid Motors trouvera plus tard des financements massifs, notamment via le fonds souverain saoudien, et lancera enfin sa berline Air. Mais cet épisode montre à quel point l’écosystème EV pouvait attirer des profils opportunistes prêts à tout pour prendre une position stratégique.
Canoo : le cas le plus opaque
Parmi les trois sociétés, Canoo est sans doute celle qui a le plus intrigué les observateurs. Lancée en 2018, la startup promettait un véhicule électrique modulaire, sans volant ni pédales dans certaines versions, destiné aux flottes et à la livraison. Mais dès le départ, l’opacité autour des investisseurs était totale.
Il faudra attendre un conflit judiciaire entre cofondateurs pour découvrir les trois principaux investisseurs initiaux : un businessman chinois proche du pouvoir, un magnat taïwanais de l’électronique… et David Stern. Ce dernier apparaît comme l’un des tout premiers financeurs. Et là encore, le lien avec Epstein est documenté : Stern aurait évoqué Prince Andrew comme une relation proche, ce qui, rétrospectivement, prend tout son sens.
Malheureusement pour Canoo, l’aventure se termine mal. Malgré plusieurs tentatives de redressement et un passage par le Nasdaq via une fusion SPAC, l’entreprise dépose le bilan en 2025. Une page de plus dans la longue liste des startups EV qui n’ont pas survécu à la réalité du marché.
| Startup | Période clé | Rôle de Stern | Issue 2026 |
| Faraday Future | 2015-2017 | Intermédiaire | Toujours en vie mais très affaiblie |
| Lucid Motors | 2018-2019 | Prospection active | Leader premium EV |
| Canoo | 2018-2020 | Investisseur initial | Faillite |
Pourquoi ces révélations comptent-elles encore aujourd’hui ?
À première vue, on pourrait se dire que tout cela appartient au passé. Epstein est mort en 2019, Canoo a disparu, Faraday Future végète et Lucid a réussi à s’en sortir sans l’argent d’Epstein. Pourtant ces éléments changent notre regard sur une période charnière de l’industrie automobile électrique.
Entre 2014 et 2020, la Silicon Valley a vu naître des dizaines de projets EV. Beaucoup ont levé des centaines de millions grâce à l’enthousiasme autour du climat, de Tesla et de la promesse d’une disruption totale. Mais derrière les belles levées de fonds et les annonces grandioses, certains capitaux provenaient de sources très opaques : fonds chinois proches du pouvoir, investisseurs privés aux connexions sulfureuses, voire personnages prêts à fermer les yeux sur le passé trouble d’un apporteur d’affaires.
Le cas Epstein-Stern nous rappelle une réalité dérangeante : dans la course à l’innovation, l’argent n’a pas toujours d’odeur… jusqu’à ce que les documents judiciaires soient rendus publics.
La Silicon Valley face à ses zones d’ombre
Cette affaire n’est pas isolée. Depuis plusieurs années, la tech est confrontée à des scandales récurrents impliquant des investisseurs ou des conseillers aux relations problématiques. Ce qui frappe dans le dossier Epstein, c’est le décalage entre la gravité des faits reprochés (dès 2008, Epstein avait plaidé coupable pour sollicitation de prostitution d’une mineure) et la facilité avec laquelle certains ont continué à entretenir des relations d’affaires avec lui.
Epstein n’était pas seulement un criminel. Il était aussi perçu comme une porte d’entrée vers des cercles de pouvoir : politiciens, membres de familles royales, grands patrons. Et dans un écosystème où le réseau vaut parfois plus que le produit, cette carte pouvait sembler trop précieuse pour être ignorée.
Epstein était un opérateur. Il savait exactement comment monétiser ses relations, et beaucoup étaient prêts à regarder ailleurs pour en profiter.
Commentaire d’un observateur anonyme de la Silicon Valley
Et maintenant ? Quelles leçons pour l’avenir ?
Aujourd’hui, le paysage EV a beaucoup changé. Tesla domine toujours, mais des acteurs comme Rivian, Lucid ou même Xiaomi en Chine ont prouvé qu’il était possible de réussir sans passer par des intermédiaires aussi controversés. Les fonds souverains, les grands institutionnels et les constructeurs historiques ont pris le relais des investisseurs les plus opaques.
Mais la vigilance reste de mise. Chaque nouvelle levée de fonds, chaque entrée au capital d’un fonds inconnu, chaque conseiller qui apparaît soudainement dans le tour de table mérite d’être scruté. Parce que l’histoire de David Stern et de Jeffrey Epstein nous enseigne une chose essentielle : dans la tech comme ailleurs, l’argent facile cache parfois des dettes beaucoup plus lourdes.
Alors la prochaine fois que vous verrez une startup EV lever 500 millions en quelques semaines, posez-vous la question : qui est vraiment derrière ? Et surtout : pourquoi ?
L’histoire des startups électriques de la Silicon Valley est loin d’être terminée. Mais grâce aux fichiers Epstein, une partie de son passé vient enfin d’être éclairée… et elle n’est pas très reluisante.