Imaginez un instant : deux des figures les plus influentes de la planète tech, qui ont autrefois partagé la même vision révolutionnaire, se retrouvent aujourd’hui face à face devant un tribunal. D’un côté, l’homme qui a promis de donner à l’humanité les clés d’une intelligence artificielle sûre et bénéfique. De l’autre, celui qui l’accuse aujourd’hui d’avoir vendu cette promesse aux plus offrants. Nous sommes en janvier 2026 et le monde retient son souffle : le procès Elon Musk contre OpenAI s’ouvre en mars.

Une querelle qui pourrait redessiner l’avenir de l’intelligence artificielle

Ce qui a commencé comme une simple divergence stratégique entre cofondateurs est devenu l’un des conflits juridiques les plus suivis de la décennie dans le domaine technologique. Au cœur du bras de fer : une question existentielle pour l’IA. Peut-on concilier la course effrénée aux milliards de dollars et la mission altruiste de développer une intelligence artificielle au service de toute l’humanité ?

Les origines : 2015, la naissance d’une utopie

Tout commence fin 2015. Elon Musk, Sam Altman, Greg Brockman, Ilya Sutskever et quelques autres visionnaires décident de créer OpenAI. L’objectif affiché est clair et ambitieux : faire progresser la recherche en intelligence artificielle de manière ouverte, mais surtout s’assurer que cette technologie si puissante profite à l’ensemble de l’humanité et non à une poignée d’actionnaires.

La structure retenue est celle d’une organisation à but non lucratif. Dans le monde de la tech où tout se mesure en valorisations stratosphériques, ce choix apparaît presque comme une provocation. Mais à l’époque, c’est justement ce positionnement qui séduit Elon Musk au point de devenir l’un des principaux financeurs initiaux.

« L’objectif d’OpenAI est de faire avancer la recherche en IA de façon à ce que l’humanité dans son ensemble en bénéficie, et non pour que quelques personnes deviennent immensément riches. »

Charte fondatrice d’OpenAI – décembre 2015

Cette promesse sera au centre de toutes les discussions juridiques qui suivront.

2018 : la rupture

Trois ans plus tard, les tensions internes explosent. Elon Musk propose de prendre la direction d’OpenAI pour accélérer son développement. La proposition est rejetée. Les autres cofondateurs préfèrent nommer Sam Altman PDG.

Musk quitte alors le conseil d’administration en invoquant officiellement un conflit d’intérêts avec Tesla et son développement en intelligence artificielle pour la conduite autonome. Mais selon plusieurs sources de l’époque, les divergences stratégiques étaient déjà très profondes.

Peu après son départ, OpenAI commence à évoluer vers un modèle hybride qui fera date dans l’histoire de l’IA.

2019-2025 : la transition vers le profit

En 2019, face aux besoins colossaux en capitaux pour rivaliser avec Google, DeepMind et les géants chinois, OpenAI crée une filiale à but lucratif avec un mécanisme original : le capped-profit (profit plafonné). Les investisseurs peuvent récupérer leurs mises plusieurs fois, mais avec une limite.

  • 2019 : création d’OpenAI LP (Limited Partnership) avec profit plafonné
  • 2023 : arrivée massive de Microsoft (plus de 13 milliards investis)
  • 2024-2025 : abandon progressif du modèle capped-profit
  • Octobre 2025 : transformation complète en Public Benefit Corporation

Cette dernière étape marque la rupture définitive avec le statut nonprofit originel. Le nonprofit historique ne conserve qu’une participation minoritaire de 26 % dans la nouvelle structure.

Le retour fracassant de Musk : l’offre de rachat record

En février 2025, alors que les rumeurs de restructuration complète font déjà trembler la Silicon Valley, Elon Musk tente un coup de théâtre : une offre publique de rachat d’OpenAI à hauteur de 97,4 milliards de dollars. L’offre est immédiatement rejetée par Sam Altman.

Quelques semaines plus tard, Musk dépose une plainte modifiée et considérablement étoffée contre OpenAI, Sam Altman et Greg Brockman. Le ton est désormais très offensif.

Les arguments juridiques de Musk en 2026

Le cœur de l’accusation repose sur plusieurs points :

  • Violation des engagements contractuels initiaux
  • Tromperie sur la nature nonprofit de l’organisation
  • Enrichissement sans cause (ill-gotten gains)
  • Concurrence déloyale via l’utilisation des fonds et technologies développées sous le régime nonprofit

Musk affirme avoir investi environ 38 millions de dollars au lancement, sans compter le temps, le réseau et la crédibilité qu’il a apportés à l’organisation naissante, le tout sur la base d’assurances fermes que le caractère nonprofit serait préservé.

« Ils m’ont convaincu d’investir massivement en me promettant que l’organisation resterait à but non lucratif et open source. Aujourd’hui, c’est l’exact opposé. »

Elon Musk – déclaration sous serment 2025

La position d’OpenAI : « Un procès sans fondement »

De son côté, OpenAI n’a jamais varié dans sa communication : la plainte de Musk serait motivée par la concurrence directe que représente désormais xAI, la société d’intelligence artificielle lancée par Elon Musk fin 2023.

Le porte-parole d’OpenAI va même plus loin :

« Ce procès fait partie d’un schéma de harcèlement continu de la part d’Elon Musk depuis qu’il a quitté OpenAI. »

Porte-parole OpenAI – janvier 2026

Les étapes clés du procès à venir

Après plusieurs reports et ajustements de plainte, la juge Yvonne Gonzalez Rogers a finalement estimé en janvier 2026 qu’il existait suffisamment d’éléments pour justifier la tenue d’un procès avec jury.

Les prochaines étapes prévues :

  1. Février 2026 : dernières motions préalables et sélection du jury
  2. Mars 2026 : ouverture du procès devant jury (date provisoire)
  3. Durée estimée : 4 à 8 semaines selon la complexité des preuves
  4. Potentiels appels ensuite pendant 1 à 3 ans

Les enjeux qui dépassent largement les deux parties

Au-delà du contentieux personnel entre Musk et Altman, ce procès pourrait avoir des conséquences majeures pour l’ensemble de l’écosystème IA :

  • Validité juridique des structures hybrides nonprofit/for-profit
  • Responsabilité des fondateurs vis-à-vis des promesses faites aux premiers financeurs
  • Possibilité pour des investisseurs philanthropiques de récupérer leur mise lorsque la mission initiale évolue
  • Impact sur la confiance des donateurs dans les structures à mission sociétale
  • Précédent majeur sur la gouvernance des organisations d’IA de grande envergure

De nombreux observateurs considèrent même que l’issue de ce procès pourrait influencer la manière dont les futures organisations travaillant sur l’AGI (intelligence artificielle générale) seront structurées.

Et si c’était une bataille philosophique déguisée en procès ?

Derrière les millions investis, les valorisations à plusieurs centaines de milliards et les communiqués juridiques très techniques, on devine une question presque métaphysique :

Qui doit contrôler l’intelligence artificielle la plus puissante que l’humanité ait jamais créée ? Les marchés et les actionnaires ? Une poignée de chercheurs ? Les États ? Ou une entité censée représenter « l’humanité » ?

Elon Musk a clairement choisi son camp : il ne fait plus confiance à OpenAI pour incarner cette mission universelle. Il a donc créé xAI, recruté certains des meilleurs chercheurs du monde et lancé Grok – un modèle qui, selon lui, cherche la vérité maximale plutôt que la satisfaction commerciale.

Perspectives pour l’industrie de l’IA en 2026-2027

Quel que soit le verdict du jury en mars 2026 (ou les années de procédure d’appel qui suivront), plusieurs scénarios se dessinent déjà :

ScénarioIssue probableConséquences pour OpenAIImpact sur l’écosystème IA
Victoire franche MuskDommages & intérêts très importantsCrise financière majeure, possible changement de gouvernanceReflux massif vers des structures plus fermement nonprofit
Victoire partielleDommages symboliques + injonction limitéeRéputation entachée, mais structure préservéePlus grande prudence dans les promesses faites aux investisseurs philanthropiques
Victoire OpenAIRejet complet des demandesRenforcement de la légitimité du modèle PBCAccélération de la financiarisation de l’IA

Dans tous les cas, la confiance dans les structures hybrides risque d’être durablement affectée.

Conclusion : une page d’histoire en train de s’écrire

Que l’on soit fan d’Elon Musk ou fervent défenseur de l’approche d’OpenAI, difficile de nier l’importance historique de ce qui va se jouer à partir de mars 2026 dans une salle d’audience de Californie.

Pour la première fois, une organisation qui travaille sur ce qui pourrait devenir l’invention la plus importante de l’histoire humaine va devoir répondre publiquement, devant un jury de citoyens ordinaires, de la manière dont elle a tenu (ou non) ses promesses fondatrices.

Quel que soit le vainqueur judiciaire, c’est peut-être la notion même de « mission pour l’humanité » dans le développement de l’intelligence artificielle qui sortira profondément transformée de ce procès hors norme.

Rendez-vous en mars 2026… l’avenir de l’IA se jouera peut-être autant dans un tribunal que dans les laboratoires de recherche.

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.