Imaginez passer plus de six heures par jour les yeux rivés sur un écran, sans même vous en rendre compte. Smartphones, ordinateurs, tablettes… notre quotidien numérique a transformé notre façon de vivre, mais il a aussi considérablement augmenté les problèmes de fatigue oculaire, de sécheresse, de maux de tête et même d’aggravation de la myopie. Et si une startup sud-coréenne avait trouvé une solution concrète, élégante et surtout non invasive pour reprendre le contrôle de notre santé visuelle ?

C’est exactement ce que propose Edenlux, une jeune pousse ambitieuse qui s’apprête à faire ses grands débuts sur le marché américain avec un produit aussi intrigant qu’innovant : Eyeary.

Edenlux : quand un médecin militaire devient pionnier du bien-être visuel

Tout commence avec une histoire personnelle forte. Sungyong Park, médecin militaire de formation et aujourd’hui PDG d’Edenlux, a vécu un véritable cauchemar médical. À la suite d’une injection pour soulager une raideur cervicale sévère, il subit une paralysie temporaire des muscles oculaires responsables de la mise au point. Les médecins lui annoncent alors qu’il n’existe aucun traitement actif : il faut simplement attendre que cela passe… ou pas.

Mais Sungyong Park n’est pas du genre à subir. Il décide de prendre les choses en main. Il importe du matériel ophtalmologique spécialisé et entame lui-même une rééducation intensive de ses muscles oculaires. Quelques mois plus tard, sa vision est revenue. Cette expérience va bouleverser sa vision (sans mauvais jeu de mots) de la santé oculaire et le pousser à créer des technologies capables d’aider des millions de personnes confrontées aux mêmes défis dans notre monde ultra-connecté.

Eyeary : des lunettes intelligentes contre la fatigue des écrans

Contrairement à de nombreux dispositifs de type casque VR encombrants, Eyeary prend la forme de lunettes légères et élégantes que l’on peut porter quotidiennement sans complexe. Le secret réside dans un système optique très avancé intégrant 144 points focaux différents. Là où le premier produit de la marque, Otus, ne proposait que cinq distances focales, Eyeary permet des ajustements beaucoup plus fins et progressifs.

Ce système permet de faire travailler alternativement contraction et relaxation du muscle ciliaire, ce muscle interne qui ajuste en permanence la forme du cristallin pour faire la mise au point. À force de fixer des écrans à courte distance, ce muscle reste en contraction prolongée, s’épuise et perd en efficacité. Eyeary cherche précisément à le rééduquer.

« Avec Otus, il fallait souvent douze mois pour réduire significativement la dépendance aux lunettes de lecture. Avec Eyeary, nous visons plutôt six mois. »

Sungyong Park, fondateur et CEO d’Edenlux

Le dispositif se connecte en Bluetooth à une application mobile qui collecte les données d’utilisation, les transmet aux serveurs d’Edenlux où des algorithmes d’intelligence artificielle analysent les profils (âge, sexe, niveau de vision initial, temps d’écran quotidien…) pour proposer des programmes d’entraînement personnalisés et prédire les progrès attendus.

Un positionnement bien-être plutôt que médical

Important à souligner : Edenlux a volontairement choisi de classer ses produits dans la catégorie wellness plutôt que dispositif médical. Cela permet d’éviter de longues et coûteuses procédures d’approbation FDA de classe II ou III, tout en pouvant légitimement parler d’entraînement visuel et de maintien de la santé oculaire générale.

La stratégie de lancement aux États-Unis passera par une campagne Indiegogo prévue fin mars 2026. Un choix assumé par Sungyong Park qui explique que l’entreprise dispose actuellement de réserves financières suffisantes pour plusieurs années d’opérations sans avoir besoin de lever immédiatement de nouveaux fonds.

Otus, le grand frère qui a déjà convaincu

Avant Eyeary, Edenlux avait déjà lancé Otus en 2022 sur plusieurs marchés asiatiques : Corée du Sud, Singapour, Japon et Taïwan. Ce premier produit, beaucoup plus volumineux (style casque VR), utilise également le principe d’alternance focale pour entraîner le muscle ciliaire.

  • Cumul de 10 millions de dollars de revenus depuis le lancement
  • Positionné comme outil de récupération visuelle quotidienne
  • Principalement utilisé par des personnes ressentant déjà une presbytie naissante ou une fatigue visuelle importante

Eyeary représente donc clairement la deuxième génération : plus compact, plus confortable, plus précis et surtout beaucoup plus facile à intégrer dans une routine quotidienne.

Une gamme complète autour de la santé sensorielle digitale

Edenlux ne s’arrête pas aux yeux. La société développe une véritable suite de produits visant à contrebalancer les effets néfastes de notre utilisation intensive des appareils numériques, aussi bien sur la vision que sur l’audition :

  • Eyeary – récupération visuelle quotidienne
  • Tearmore – soulagement des yeux secs
  • Lux-S – correction du strabisme
  • Lumia – prévention de la myopie (surtout chez les enfants)
  • Heary – récupération auditive après usage prolongé d’écouteurs

Les quatre derniers produits devraient d’abord être déployés en Asie avant une éventuelle expansion internationale.

Un modèle économique inspiré des leaders du wearable bien-être

Sungyong Park ne cache pas son admiration pour Oura Ring, le célèbre anneau connecté finlandais qui a popularisé le suivi du sommeil et de la récupération via un abonnement logiciel. Edenlux envisage clairement un modèle similaire : matériel + abonnement mensuel donnant accès aux analyses avancées, programmes personnalisés et suivi des progrès.

La différence majeure réside dans la cible : là où Oura se concentre sur le système cardio-respiratoire et le sommeil, Edenlux fait le pari que la santé visuelle et auditive deviendra dans les prochaines années une préoccupation grand public aussi importante que le suivi du rythme cardiaque ou de la qualité du sommeil.

Une implantation stratégique aux États-Unis

Pour accompagner son lancement américain, Edenlux a récemment créé une filiale à Dallas, au Texas. C’est là que se fera l’assemblage final des dispositifs destinés au marché nord-américain. Une décision qui permet à la fois de réduire les coûts logistiques, de faciliter les certifications locales et de se rapprocher des grands acteurs technologiques américains.

Car l’ambition ultime de Sungyong Park va bien au-delà de vendre des lunettes bien-être. Il rêve d’intégrer sa technologie directement dans les smartphones et écouteurs grand public, via des partenariats avec des géants comme Apple, Samsung ou Google. Une vision qui rappelle les débuts de certaines puces biométriques aujourd’hui omniprésentes dans nos téléphones.

Pourquoi la santé oculaire pourrait devenir le prochain grand marché du bien-être connecté

Quelques chiffres éloquents permettent de comprendre l’urgence du sujet :

  • Temps moyen passé sur smartphone : > 3 heures/jour dans le monde
  • Temps total d’écran quotidien pour beaucoup d’adultes actifs : 6 à 10 heures
  • Augmentation de la prévalence de la myopie chez les jeunes : + 30 à 50 % en 20 ans dans de nombreux pays développés
  • Plaintes liées à la fatigue oculaire numérique : en hausse constante depuis 2015

Dans le même temps, les solutions existantes restent limitées : lunettes anti-lumière bleue (efficacité discutée), gouttes hydratantes, pauses 20-20-20… autant de conseils utiles mais qui ne traitent pas la cause profonde : la perte progressive de souplesse et de force du muscle ciliaire.

C’est précisément sur ce point que mise Edenlux : proposer un entraînement actif et mesurable, un peu comme on entraînerait un muscle du corps en salle de sport.

Les défis qui attendent Edenlux sur le marché américain

Malgré un parcours financier impressionnant (39 M$ en Série A en 2020 et 60 M$ en Série B en 2022), plusieurs défis attendent la startup :

  • Convaincre un public américain habitué aux solutions rapides et souvent sceptique face aux approches « training » longues
  • Faire face à une concurrence naissante dans le domaine des wearables pour la vision (lenses intelligentes, apps de training, etc.)
  • Maintenir une crédibilité scientifique forte sans pouvoir revendiquer un statut de dispositif médical
  • Atteindre un prix accessible tout en intégrant une technologie optique de pointe

Le succès de la campagne Indiegogo sera donc scruté avec attention : il servira à la fois de validation marché et de rampe de lancement pour une distribution plus large par la suite.

Vers une nouvelle catégorie de produits ?

Si Edenlux parvient à imposer Eyeary comme un accessoire quotidien aussi naturel que les écouteurs sans fil ou les montres connectées, cela pourrait ouvrir la voie à une véritable nouvelle catégorie : les wearables de santé sensorielle.

Alors que le marché du quantified-self s’est d’abord concentré sur le corps (activité physique, sommeil, fréquence cardiaque), la prochaine frontière pourrait bien être nos organes sensoriels les plus sollicités par la vie numérique : les yeux et les oreilles.

En attendant la campagne de financement participatif fin mars 2026, une chose est sûre : Edenlux aura réussi à attirer l’attention sur un problème massif mais encore sous-estimé. Et si les lunettes du futur n’étaient plus seulement là pour corriger la vue… mais pour la préserver activement ?

À suivre de très près.

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Steven Soarez
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