Imaginez un monde où les missiles balistiques sont détectés bien avant qu’ils n’atteignent leur cible, grâce à des yeux invisibles postés dans l’espace. Un scénario de science-fiction ? Plus vraiment. Une jeune entreprise indienne vient de franchir une étape décisive pour rendre cette vision concrète.

Digantara : la startup indienne qui veut révolutionner la défense spatiale

En décembre 2025, Digantara, une société basée à Bengaluru, a annoncé une levée de fonds de 50 millions de dollars en Series B. Ce tour de table, intégralement en equity, porte le total des fonds levés par la startup à plus de 64 millions de dollars. Derrière cette opération financière se cache une ambition bien plus grande : passer de la simple surveillance des débris spatiaux à la détection et au suivi des missiles en vol.

Dans un contexte géopolitique tendu, où les lancements de missiles se multiplient et où les interférences satellitaires deviennent monnaie courante, les gouvernements cherchent des solutions plus rapides et plus précises que les radars terrestres traditionnels. Digantara propose précisément cela : une combinaison de capteurs infrarouges spatiaux et terrestres couplée à des outils d’analyse avancés.

Des débuts dans la surveillance orbitale

Fondée en 2020 par Anirudh Sharma, Digantara s’est d’abord concentrée sur la situational awareness spatiale. L’objectif initial était clair : suivre les débris et objets susceptibles d’endommager les satellites en orbite. Un enjeu majeur alors que l’espace proche de la Terre devient de plus en plus encombré.

Le premier jalon concret arrive début 2025 avec le lancement du satellite SCOT (Space Camera for Object Tracking) à bord d’une mission Transporter de SpaceX. Ce petit engin marque le début des observations espace-espace, une capacité rare et précieuse.

Mais l’entreprise ne s’arrête pas là. Très vite, les technologies développées pour la surveillance des débris montrent leur potentiel dans un domaine bien plus sensible : la défense antimissile.

« Étant donné que nous avons déjà construit des capteurs IR, nous étendons maintenant nos capacités infrarouges à d’autres domaines comme l’infrarouge moyen et long. »

Anirudh Sharma, fondateur et CEO de Digantara

Une stratégie géographique adaptée aux contraintes de sécurité nationale

Le secteur de la défense spatiale impose des règles strictes. Impossible de concevoir et fabriquer des systèmes sensibles à l’étranger quand il s’agit de sécurité nationale. Digantara a donc adopté une organisation décentralisée ingénieuse.

En Inde, l’équipe se concentre sur l’analyse de données, le traitement et la surveillance orbitale classique. Aux États-Unis, une entité dédiée développe des satellites plus imposants (classe 100 kg) répondant aux exigences du Département de la Défense américain.

  • Ouverture d’un bureau à Colorado Springs début 2025
  • Contrats avec l’US Space Command pour des services d’analyse
  • Sélection dans le programme SHIELD de la Missile Defense Agency
  • Projets d’implantation en Europe dès 2026

Cette segmentation permet à Digantara de respecter les réglementations tout en accédant aux marchés les plus stratégiques.

Une accélération impressionnante des contrats

Les efforts commencent à porter leurs fruits. La startup annonce avoir déjà signé des contrats pour un montant cumulé d’environ 25 millions de dollars. En Inde, elle a remporté des appels d’offres gouvernementaux dans le domaine de la défense et finalise actuellement les démarches administratives.

Du côté financier, la croissance est spectaculaire : le chiffre d’affaires aurait été multiplié par plus de dix en deux ans. Anirudh Sharma vise entre 25 et 30 millions de dollars de revenus annuels d’ici dix-huit mois, principalement grâce aux contrats publics.

Des ambitions industrielles très concrètes

Digantara ne se contente pas de développer des technologies. L’entreprise investit massivement dans sa capacité de production. Elle dispose déjà d’une usine de 25 000 pieds carrés capable de fabriquer cinq satellites simultanément.

Un projet encore plus ambitieux est en cours : un mémorandum d’accord avec l’État d’Andhra Pradesh prévoit la construction d’une installation capable de produire jusqu’à 30 satellites en parallèle. Cette nouvelle usine devrait être opérationnelle dès l’année prochaine.

Côté constellation, le calendrier est chargé :

  1. Lancement d’un nouveau satellite en mars 2026 via SpaceX
  2. Mission supplémentaire en juin
  3. Plusieurs satellites prévus pour octobre 2026
  4. Objectif : 15 satellites déployés sur les deux prochaines années

Les investisseurs derrière cette ascension fulgurante

Cette Series B a attiré des acteurs de poids. Parmi les nouveaux entrants :

  • 360 ONE Asset
  • SBI Investment (Japon)
  • Ronnie Screwvala, entrepreneur emblématique

Les investisseurs historiques n’ont pas lâché l’affaire : Peak XV Partners (ex-Sequoia India) et Kalaari Capital ont remis au pot. Un signal fort de confiance dans la vision de l’équipe.

Une partie des fonds sera dédiée à l’expansion internationale : entre 7 et 10 millions de dollars pour les États-Unis, 2 à 3 millions pour l’Europe, le reste servant à renforcer les opérations et la production en Inde.

Pourquoi la défense spatiale devient un enjeu majeur

Les systèmes terrestres ont leurs limites. Les radars au sol peuvent être trompés, contourner ou tout simplement manquer de portée pour une détection précoce. Les capteurs spatiaux, eux, offrent une vue globale et continue.

Les grandes puissances l’ont bien compris. Les États-Unis, la Russie, la Chine investissent massivement dans des constellations infrarouges dédiées à l’alerte avancée. Digantara arrive avec une proposition différente : une solution plus agile, plus rapide à déployer, issue du secteur privé.

En combinant observations optiques, lidar et infrarouge, l’entreprise vise non seulement la détection mais, à terme, pourrait contribuer à des systèmes d’interception plus sophistiqués.

Un écosystème SpaceTech indien en pleine explosion

L’histoire de Digantara s’inscrit dans un mouvement plus large. L’Inde, longtemps dépendante des technologies étrangères pour l’espace, affirme désormais ses ambitions. Les réformes ouvertes par le gouvernement Modi ont libéré le secteur privé.

Des entreprises comme Skyroot, Agnikul Cosmos ou Pixxel rivalisent dans le lancement et l’imagerie. Digantara, elle, se positionne sur un créneau stratégique et sensible : la sécurité nationale spatiale.

Cette levée de fonds montre que les investisseurs, indiens comme internationaux, croient dans la capacité du pays à devenir un acteur majeur de la New Space globale.

Les défis à venir pour Digantara

Malgré les succès, le chemin reste semé d’embûches. La concurrence est rude, avec des acteurs américains bien établis comme LeoLabs ou des programmes gouvernementaux massifs.

Les questions réglementaires, notamment autour des technologies duales (civiles et militaires), restent complexes. Enfin, la fiabilité des systèmes en conditions réelles devra être démontrée sans faille.

Mais avec une équipe de plus de 120 personnes, dont une écrasante majorité d’ingénieurs, et un calendrier de lancements ambitieux, Digantara semble armée pour relever ces défis.

Conclusion : vers un nouveau paradigme de la sécurité globale

La levée de fonds de Digantara n’est pas qu’une simple opération financière. Elle symbolise l’émergence d’un nouvel acteur capable de bouleverser les équilibres dans un domaine traditionnellement réservé aux superpuissances.

En combinant innovation privée, agilité industrielle et vision stratégique, cette startup indienne pourrait bien contribuer à redéfinir la manière dont le monde se protège des menaces balistiques. L’espace, autrefois domaine de coopération scientifique, devient un théâtre stratégique décisif. Et Digantara est en première ligne.

À suivre de très près dans les prochains mois, surtout avec les lancements prévus en 2026. L’histoire ne fait que commencer.

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Steven Soarez
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