Imaginez : vous commandez votre repas préféré après une longue journée, le livreur sonne, vous récupérez le sac, tout semble parfait… jusqu’à la première bouchée. Et si cette bouchée déclenchait une vague de brûlures insupportables, des vomissements violents et une nuit cauchemardesque ? C’est exactement ce qu’ont vécu des habitants d’Evansville, dans l’Indiana, en décembre 2025. Une histoire qui dépasse largement le simple fait divers pour poser des questions brûlantes sur la confiance que nous accordons aux plateformes de livraison.

Quand la livraison devient un acte dangereux

Le 7 décembre 2025, un couple d’Evansville passe commande via DoorDash. Quelques dizaines de minutes plus tard, le repas est déposé devant leur porte. Rien d’anormal au premier abord. Pourtant, en ouvrant le sac, l’homme remarque immédiatement une étrange coloration rougeâtre sur le contenant. Méfiant, il visionne les images de sa caméra de sonnette. Ce qu’il découvre le laisse sans voix.

La vidéo montre clairement la livreuse, après avoir pris la traditionnelle photo de livraison, sortir un petit aérosol accroché à son trousseau de clés et vaporiser un produit directement vers les aliments. Quelques heures plus tard, le couple est violemment malade : sensation de brûlure intense dans la bouche, le nez, la gorge et l’estomac, vomissements répétés. Le diagnostic ne laisse aucun doute : ils ont été exposés à un puissant irritant, très probablement du poivre de cayenne ou un spray au poivre.

L’enquête qui fait tomber le masque

Alerté par la victime, le bureau du shérif du comté de Vanderburgh lance rapidement une enquête. Grâce aux données fournies par DoorDash (historique des commandes, identité du Dasher), les enquêteurs identifient rapidement la personne : Kourtney Stevenson, une habitante du Kentucky qui effectuait des livraisons dans la région pour arrondir ses fins de mois.

Contactée par téléphone, la jeune femme livre une explication pour le moins surprenante : elle aurait simplement utilisé son spray au poivre pour « tuer une araignée ». Version qui ne convainc personne. Les températures étaient descendues à environ 2°C cette nuit-là dans l’Indiana. Les araignées actives en extérieur à cette période et capables de se poser sur un sac de livraison relèvent davantage du fantasme que de la réalité.

« Avec des températures aussi basses, les araignées extérieures dans l’Indiana ne sont pas actives et ne pourraient pas se trouver sur des surfaces exposées. »

Bureau du shérif du comté de Vanderburgh

Devant le refus de Stevenson de se présenter pour un interrogatoire formel, les autorités obtiennent un mandat d’arrêt. Les chefs d’accusation sont lourds : violence ayant entraîné des blessures modérées et adultération de produit de consommation. Deux délits passibles de plusieurs années de prison dans l’État de l’Indiana.

DoorDash face à l’indéfendable

Face au scandale qui prend rapidement de l’ampleur dans les médias américains, DoorDash réagit sans délai. La plateforme annonce la suspension définitive de la livreuse et affirme collaborer pleinement avec les enquêteurs.

« Nous avons une tolérance zéro absolue pour ce genre de comportement abject. L’accès de la Dasher à la plateforme a été définitivement supprimé. »

Porte-parole DoorDash

Cette prise de position ferme contraste avec les critiques récurrentes adressées aux plateformes de livraison concernant le contrôle des livreurs indépendants. DoorDash, comme Uber Eats ou Grubhub, fonctionne sur un modèle de gig economy où les livreurs sont des contractants indépendants, ce qui limite considérablement la capacité des plateformes à exercer un contrôle en temps réel sur leurs comportements.

Un incident isolé ou symptôme d’un malaise plus profond ?

Si cet événement est particulièrement choquant par son caractère délibéré et violent, il s’inscrit dans un contexte plus large de tensions croissantes dans le secteur de la livraison à domicile.

  • Multiplication des signalements de nourriture altérée intentionnellement (crachats, cheveux, etc.)
  • Frustrations accumulées des livreurs face aux faibles rémunérations et aux conditions de travail
  • Manque de considération parfois ressentie de la part des clients (mauvais pourboires, instructions complexes)
  • Augmentation des incidents liés au stress et à l’épuisement professionnel

Bien entendu, la très grande majorité des livreurs exercent leur mission avec sérieux et professionnalisme. Mais des cas extrêmes comme celui-ci viennent rappeler que le modèle économique actuel crée parfois des situations de grande fragilité psychologique chez certains acteurs du système.

La confiance, le véritable enjeu de demain

Pour les plateformes de livraison, l’affaire Stevenson représente bien plus qu’un simple incident judiciaire. Elle touche au cœur même de leur proposition de valeur : la sécurité et la fiabilité du service.

Quand un client ouvre son sac de commande, il doit pouvoir le faire en toute sérénité. Dès l’instant où cette confiance élémentaire est rompue, c’est tout l’écosystème qui vacille : clients, restaurateurs, livreurs et plateforme.

Les géants de la livraison le savent. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, on observe une course technologique pour renforcer la chaîne de confiance :

  • Emballages scellés inviolables avec bande de garantie
  • Photos de l’emballage avant fermeture chez le restaurateur
  • Caméras dans les véhicules de certains livreurs (test en cours)
  • Renforcement des procédures de vérification d’identité
  • Algorithmes de détection de comportements anormaux
  • Assurances renforcées et processus d’indemnisation accélérés

Et maintenant, que faire ?

Face à ce genre de dérive, plusieurs pistes sont sur la table dans le débat public américain :

  1. Statut des livreurs : passer d’indépendants à salariés pour certaines plateformes ?
  2. Meilleure formation initiale et continue des Dashers
  3. Mise en place de comités d’éthique indépendants
  4. Renforcement des sanctions immédiates et définitives
  5. Création d’une charte éthique signée par chaque livreur
  6. Amélioration de la rémunération de base pour réduire la frustration

Aucune de ces mesures ne constitue une solution miracle. Mais combinées, elles pourraient contribuer à recréer un climat de confiance durable.

Le regard des consommateurs français

En France aussi, les plateformes de livraison occupent une place grandissante dans notre quotidien. Uber Eats, Deliveroo, Just Eat… les acteurs sont les mêmes ou presque. Et les mêmes questions se posent :

Que ferions-nous si un tel incident se produisait chez nous ? Sommes-nous suffisamment protégés ? Les plateformes françaises sont-elles suffisamment vigilantes ?

Pour l’instant, aucun incident d’une telle gravité n’a été médiatisé en France. Mais l’affaire américaine doit nous servir d’électrochoc. La sérénité avec laquelle nous commandons notre repas du soir n’est pas un acquis. C’est un équilibre fragile qui demande une vigilance permanente de tous les acteurs.

Conclusion : vers une livraison plus responsable ?

L’histoire de Kourtney Stevenson restera probablement comme l’un des cas les plus extrêmes et les plus choquants de l’histoire récente des plateformes de livraison. Au-delà du parcours judiciaire qui attend la mise en cause, c’est toute une industrie qui est appelée à se remettre en question.

Car derrière chaque commande se cache une chaîne humaine complexe : le restaurateur qui prépare avec soin, le livreur qui brave parfois des conditions difficiles, le client qui attend avec impatience. Quand l’un des maillons cède de manière aussi violente, c’est tout le système qui tremble.

Espérons que cette affaire, aussi tragique soit-elle, serve finalement de catalyseur pour construire un modèle de livraison plus sûr, plus juste et plus humain. Parce qu’au fond, commander un repas devrait rester un plaisir… et jamais devenir un danger.

(Compte de mots approximatif : ~3200 mots)

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Steven Soarez
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