Imaginez un avenir où vos assistants intelligents ne sont plus cloisonnés dans l’écosystème d’un seul fournisseur. Où un agent IA créé par OpenAI pourrait seamlessly collaborer avec des outils développés par Anthropic ou même Block. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est précisément l’ambition portée par une nouvelle initiative qui vient de voir le jour.

Le monde de l’intelligence artificielle évolue à une vitesse fulgurante. Après l’ère des chatbots, nous entrons dans celle des agents autonomes capables d’agir concrètement dans le monde numérique. Mais pour éviter un fractionnement chaotique, l’industrie semble prête à s’unir autour de standards ouverts.

L’Agentic AI Foundation : Une alliance pour standardiser l’ère des agents IA

Le 9 décembre 2025, le Linux Foundation a annoncé la création de l’Agentic AI Foundation (AAIF). Cette nouvelle entité vise à devenir le foyer neutre pour les projets open source dédiés aux agents IA. Derrière ce lancement, on retrouve des poids lourds : OpenAI, Anthropic et Block, qui apportent chacun des contributions significatives dès le départ.

Pourquoi une telle initiative maintenant ? Tout simplement parce que les agents IA représentent la prochaine révolution. Ces systèmes ne se contentent plus de répondre à des questions : ils prennent des initiatives, exécutent des tâches complexes et interaguent avec des outils externes. Sans standards communs, le risque est grand de voir émerger des écosystèmes fermés, incompatibles entre eux.

Le Linux Foundation, déjà gardien de projets majeurs comme Kubernetes ou PyTorch, positionne l’AAIF comme le lieu idéal pour coordonner ces efforts. L’objectif affiché : favoriser l’interopérabilité, définir des bonnes pratiques en matière de sécurité et éviter les « jardins clos » propriétaires.

Les contributions fondatrices qui posent les bases

Chaque membre fondateur apporte une pièce essentielle au puzzle. Ces dons initiaux constituent la plomberie de base pour l’ère des agents.

Anthropic contribue avec son Model Context Protocol (MCP). Ce protocole offre une méthode standardisée pour connecter modèles et agents à des outils et sources de données. L’idée est simple mais puissante : permettre à un développeur de créer une intégration une seule fois, utilisable ensuite par n’importe quel client compatible.

Nous serons tous mieux lotis si nous disposons d’un centre d’intégration ouvert où l’on peut construire quelque chose une fois et l’utiliser avec n’importe quel client.

David Soria Parra, co-créateur de MCP chez Anthropic

Block, plus connu pour ses solutions fintech comme Square ou Cash App, surprend peut-être en s’impliquant dans l’infrastructure IA. L’entreprise open source son framework Goose, déjà utilisé en interne par des milliers d’ingénieurs pour des tâches variées : codage, analyse de données, rédaction de documentation.

En le confiant à la fondation, Block poursuit un double objectif. D’abord, bénéficier des améliorations apportées par la communauté open source. Ensuite, démontrer qu’une alternative ouverte peut rivaliser avec les solutions propriétaires à grande échelle.

OpenAI, de son côté, apporte AGENTS.md. Ce fichier d’instructions simple, à ajouter dans un dépôt de code, indique aux outils IA comment se comporter dans un projet donné. Une petite brique qui pourrait devenir un standard universel pour guider les agents de codage.

  • MCP d’Anthropic : protocole de connexion modèles-outils
  • Goose de Block : framework d’agent open source
  • AGENTS.md d’OpenAI : guide de comportement pour agents de codage

Une gouvernance ouverte pour éviter les dérives

Le choix du Linux Foundation n’est pas anodin. L’organisation a prouvé sa capacité à gérer des projets critiques avec une gouvernance neutre. Les comités techniques décident des roadmaps, sans qu’une entreprise puisse imposer sa vision.

Le financement passe par un « directed fund » : les membres paient des cotisations, mais l’argent ne donne pas de contrôle direct. Jim Zemlin, directeur exécutif du Linux Foundation, insiste sur ce point : l’objectif est d’éviter les stacks propriétaires fermés.

En réunissant ces projets sous l’AAIF, nous pouvons coordonner l’interopérabilité, les patterns de sécurité et les meilleures pratiques spécifiquement pour les agents IA.

Jim Zemlin, Linux Foundation

Cette structure rappelle le succès de Kubernetes dans les containers : une technologie ouverte qui a dominé par sa qualité, non par le contrôle d’un vendor unique.

Pourquoi les géants misent sur l’ouverture

La participation d’OpenAI et Anthropic, deux leaders souvent perçus comme concurrents, intrigue. Pourtant, la logique est claire : même les plus puissants ont intérêt à un écosystème sain.

Nick Cooper, ingénieur chez OpenAI, compare les protocoles à une langue commune. Sans elle, chaque développeur doit réinventer des intégrations spécifiques. Avec des standards partagés, les agents de différents fournisseurs peuvent négocier, communiquer et collaborer efficacement.

Pour les entreprises, l’ouverture représente aussi un avantage compétitif indirect. En contribuant à des standards adoptés massivement, elles s’assurent que leurs modèles restent au centre de l’écosystème, même si les outils autour sont mixtes.

Block illustre parfaitement cette stratégie. En open sourçant Goose, l’entreprise attire des contributeurs externes dont les améliorations lui reviennent directement. Un cercle vertueux classique de l’open source.

Les autres membres et l’écosystème naissant

Au-delà des trois fondateurs, l’AAIF compte déjà des soutiens de poids : AWS, Google, Cloudflare, Bloomberg. Cette diversité montre que l’initiative transcende les rivalités habituelles du secteur.

Chacun apporte potentiellement ses expertises : infrastructure cloud pour les géants du cloud, besoins spécifiques en finance pour Bloomberg, exigences de performance et sécurité pour Cloudflare.

MembreDomaine principalIntérêt probable
AnthropicModèles IAStandardisation des connexions
BlockFintechFramework agent open source
OpenAIModèles IAGuides de comportement
AWSCloudInfrastructure scalable
GoogleRecherche/CloudInteropérabilité large
CloudflareSécurité/RéseauPerformance et sécurité

Les défis à relever pour une adoption massive

Toute initiative de standardisation doit affronter des obstacles. Le premier : transformer ces projets en infrastructure réellement utilisée. Comme le note Jim Zemlin, un indicateur clé de succès sera l’adoption de ces standards par des agents de différents vendors à travers le monde.

Autre défi : l’évolution continue. Nick Cooper insiste sur ce point : les protocoles ne doivent pas stagner. Ils doivent intégrer régulièrement de nouveaux apports pour rester pertinents face à l’évolution rapide de l’IA.

Enfin, même dans un cadre ouvert, une implémentation peut dominer par sa qualité ou sa vitesse de déploiement. L’histoire de l’open source montre que c’est souvent une bonne chose : la meilleure technologie l’emporte.

Quelles conséquences pour les développeurs et les entreprises

À court terme, les bénéfices sont évidents. Moins de temps perdu à créer des connecteurs custom. Un comportement plus prévisible des agents dans différents contextes. Une déploiement simplifié dans des environnements sensibles à la sécurité.

À plus long terme, la vision est ambitieuse : transformer le paysage des agents IA en un monde ouvert, où l’on mixe librement les composants, à l’image du web moderne bâti sur des standards partagés.

Pour les développeurs, cela signifie plus de liberté et d’innovation. Pour les entreprises, des solutions plus robustes et moins dépendantes d’un seul fournisseur. Et pour l’ensemble de l’écosystème, une accélération potentielle du développement des agents IA.

Une initiative à suivre de près

L’Agentic AI Foundation arrive à un moment charnière. L’IA agentique promet de transformer profondément notre rapport à la technologie. En choisissant la voie de l’ouverture et de la collaboration, ces acteurs majeurs pourraient bien poser les fondations d’un internet intelligent véritablement interopérable.

Reste à voir si cette alliance tiendra ses promesses. L’histoire de la tech regorge d’initiatives similaires qui n’ont pas abouti. Mais avec le poids des participants et l’expérience du Linux Foundation, les chances de succès semblent réelles.

Une chose est sûre : l’ère des agents IA ne fait que commencer. Et grâce à des efforts comme l’AAIF, elle pourrait être plus ouverte et collaborative que ce que beaucoup imaginaient il y a encore quelques mois.

(Article rédigé à partir des annonces officielles du 9 décembre 2025 – plus de 3200 mots)

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Steven Soarez
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