Imaginez héler un taxi sans chauffeur, monter à bord, vous installer confortablement et laisser la technologie vous conduire à travers la ville, sans petit stress du conducteur qui cherche son chemin ou qui râle dans les embouteillages. Ce scénario, qui semblait encore futuriste il y a quelques années, est aujourd’hui bien réel dans plusieurs grandes métropoles américaines. Et l’entreprise qui pousse le plus loin cette révolution n’est autre que Waymo, la filiale autonome d’Alphabet.

En février 2026, la nouvelle a fait l’effet d’une petite bombe dans le secteur : Waymo déploie officiellement ses robotaxis auprès du grand public dans quatre nouvelles villes majeures. Dallas, Houston, San Antonio et Orlando rejoignent ainsi le cercle déjà prestigieux des métropoles où l’on peut commander un véhicule 100 % autonome via une simple application. Dix villes au total. Un chiffre qui, il y a encore douze mois, paraissait presque inatteignable.

Une expansion à une vitesse impressionnante

Quand on regarde le calendrier, le rythme donne le vertige. En février 2025, Waymo n’opérait commercialement qu’à Phoenix (et ses environs), dans certaines zones de Los Angeles et à San Francisco. Un an plus tard, la carte s’est considérablement étoffée : Atlanta et Austin via un partenariat avec Uber, Miami depuis janvier 2026, et maintenant ces quatre nouvelles agglomérations texanes et floridiennes.

Le secret de cette accélération ? Une combinaison de plusieurs facteurs : des années d’accumulation de données de conduite, une technologie qui gagne en maturité, des levées de fonds massives et une volonté claire de la direction de passer à l’échelle nationale, voire internationale.

Comment se déroule le lancement dans une nouvelle ville ?

Waymo ne procède jamais par grandes vagues incontrôlées. La méthode reste la même depuis Phoenix en 2020 :

  • Phase initiale très restreinte avec des testeurs invités via l’application
  • Ajout progressif de nouveaux utilisateurs sur plusieurs semaines
  • Ouverture complète à tous les utilisateurs de l’application une fois la fiabilité jugée suffisante
  • Augmentation graduelle du nombre de véhicules en circulation

Dans les quatre nouvelles villes, le déploiement a commencé le 24 février 2026 avec quelques dizaines de Jaguar I-PACE équipées de la fameuse technologie Waymo Driver. L’entreprise promet une montée en puissance “en coordination avec la demande réelle des usagers” au cours des mois suivants.

« Nous avons des dizaines de véhicules pour démarrer et nous scalerons en fonction de la croissance du nombre de trajets. »

Chris Bonelli, porte-parole de Waymo

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Waymo reste traditionnellement très discrète sur ses statistiques précises. Pourtant, quelques indicateurs laissent entrevoir l’ampleur du phénomène :

  • Plus de 200 000 trajets par semaine en février 2025
  • Plus de 400 000 trajets hebdomadaires annoncés fin 2025
  • Objectif affiché : dépasser le million de trajets par semaine avant la fin de l’année 2026

Si l’on fait un rapide calcul, cela représente potentiellement plus de 50 millions de trajets sur l’année 2026. Un volume qui place Waymo très loin devant tous ses concurrents directs dans le domaine des robotaxis accessibles au public.

Une flotte qui grandit… mais pas de manière exponentielle

Fin 2025, Waymo annonçait posséder environ 3 000 véhicules autonomes en activité, répartis sur ses six marchés principaux : Phoenix, Los Angeles, San Francisco Bay Area, Atlanta, Austin et Miami.

Avec l’arrivée de Dallas, Houston, San Antonio et Orlando, la flotte va forcément augmenter. Cependant l’entreprise adopte une approche prudente : pas de multiplication sauvage des véhicules dès le premier jour. On parle plutôt d’une croissance maîtrisée, adaptée à la montée progressive de la demande dans chaque nouvelle zone.

Les ambitions internationales se précisent

Waymo ne compte pas s’arrêter aux frontières américaines. Plusieurs projets très concrets sont déjà sur la table pour 2026 et 2027 :

  • Lancement d’un service commercial à Denver
  • Premiers tests grandeur nature à Londres
  • Préparation active d’un déploiement à Washington D.C.
  • Études avancées pour d’autres métropoles nord-américaines et européennes

L’objectif ultime affiché par la co-CEO Tekedra Mawakana est clair : poser les bases d’un service de robotaxis dans plus de 20 villes différentes d’ici quelques années.

Le nerf de la guerre : les financements

Pour soutenir une telle expansion géographique et technologique, il faut des moyens considérables. Waymo n’a pas manqué de les obtenir. Début 2026, l’entreprise a bouclé une levée de fonds historique de 16 milliards de dollars, menée par Dragoneer Investment Group, DST Global et Sequoia Capital. Valorisation post-money : 126 milliards de dollars.

Ce montant place Waymo parmi les startups les plus valorisées de la planète, devant quantité d’entreprises historiques cotées en bourse. Il donne surtout à l’équipe dirigeante les moyens de ses ambitions : recruter massivement, accélérer la R&D, déployer plus de véhicules et investir dans les infrastructures de maintenance et de supervision.

La supervision humaine reste indispensable

Malgré tous les progrès réalisés par l’intelligence artificielle embarquée, Waymo continue de miser sur une supervision humaine à distance. Ces opérateurs, appelés “remote assistance workers” ou RA, interviennent quand le véhicule rencontre une situation ambiguë : travaux imprévus, piéton qui traverse hors passage clouté de manière erratique, policier qui régule la circulation, etc.

Fin 2025, Waymo employait environ 70 personnes dédiées à cette tâche cruciale. Avec l’ouverture de quatre nouvelles villes et l’objectif du million de trajets hebdomadaires, ce nombre devrait logiquement augmenter significativement au cours des prochains mois.

Sécurité : l’enjeu central et les enquêtes en cours

Comme tout acteur de la conduite autonome qui se respecte, Waymo fait l’objet d’un examen permanent de la part des autorités. Deux enquêtes sont particulièrement suivies en ce début d’année 2026 :

  • Une investigation du NHTSA suite à une collision à faible vitesse (9 km/h) avec un enfant près d’une école à Santa Monica
  • Une analyse du NTSB concernant le comportement des robotaxis face aux bus scolaires

Ces enquêtes rappellent que, malgré les centaines de milliers de kilomètres parcourus sans incident grave, chaque accident – même mineur – est scruté avec la plus grande attention. Waymo affirme collaborer pleinement et continuer à améliorer ses algorithmes en intégrant chaque nouvelle leçon tirée du terrain.

Quel impact sur le quotidien des Américains ?

Dans les villes où le service est déjà mature (Phoenix, San Francisco, Los Angeles), les utilisateurs rapportent plusieurs changements notables :

  • Une sensation de sécurité accrue par rapport à certains chauffeurs humains imprévisibles
  • Des trajets plus fluides et moins stressants
  • Une disponibilité 24h/24 et 7j/7
  • Des prix souvent compétitifs par rapport aux VTC classiques
  • Une expérience globalement plus “premium” grâce à l’absence totale d’interaction humaine forcée

Bien entendu, tout n’est pas parfait : certains regrettent l’absence de discussion avec un chauffeur, d’autres s’inquiètent encore de situations très rares mais impressionnantes (freinages d’urgence intempestifs, hésitations face à des cyclistes, etc.). Mais la tendance générale reste très positive.

Vers une bascule dans le paysage de la mobilité urbaine ?

Si Waymo parvient à tenir ses promesses – un million de trajets par semaine fin 2026, puis une expansion vers 20 villes et au-delà – le paysage de la mobilité urbaine pourrait connaître l’une de ses transformations les plus profondes depuis l’apparition de l’automobile personnelle.

Moins de voitures individuelles en circulation, une baisse potentielle du nombre de places de parking nécessaires, une réduction des accidents liés à l’erreur humaine, une accessibilité accrue pour les personnes âgées ou en situation de handicap… Les impacts sociétaux possibles sont immenses.

Mais cette transition ne se fera pas sans heurts : résistance des chauffeurs de taxi/VTC, questionnements éthiques sur la perte d’emplois, défis réglementaires dans chaque État, inquiétudes sur la cybersécurité des flottes connectées… Le chemin reste long.

Conclusion : l’année 2026, année charnière pour Waymo

2026 s’annonce comme l’année de tous les possibles pour Waymo. Avec dix villes déjà ouvertes au public, une croissance exponentielle du nombre de trajets, une valorisation record, des projets internationaux ambitieux et une technologie qui continue de progresser, l’entreprise semble avoir pris une avance considérable sur ses concurrents.

Reste maintenant à transformer cette avance technique et financière en adoption massive par le grand public et en rentabilité opérationnelle. Un défi immense, mais qui, s’il est relevé, pourrait bien marquer le véritable début de l’ère des robotaxis dans nos villes.

Et vous, seriez-vous prêt à confier votre trajet quotidien à un véhicule sans chauffeur ? La réponse à cette question, dans les mois et années à venir, dira beaucoup sur l’avenir de la mobilité urbaine.