Imaginez pouvoir héler un taxi qui arrive seul, sans chauffeur, glissant silencieusement dans les rues animées de New York. Des milliers de New-Yorkais en rêvent après avoir testé ce service ailleurs aux États-Unis. Pourtant, en ce début d’année 2026, cet horizon semble soudain s’éloigner. Une décision politique vient de mettre un sérieux coup de frein aux ambitions de la mobilité autonome dans l’État de New York.

Le géant Waymo, filiale d’Alphabet et incontestable leader mondial des robotaxis commerciaux, espérait enfin pouvoir déployer ses véhicules sans conducteur au-delà des limites très encadrées de New York City. Mais le gouverneur Kathy Hochul a tranché : la proposition de loi qui aurait permis cette évolution est retirée. Un revers majeur pour l’innovation dans la Big Apple.

Un rêve de mobilité autonome stoppé net par la prudence politique

Depuis plusieurs années, Waymo multiplie les demandes et les démonstrations pour convaincre les autorités new-yorkaises. La société met en avant des statistiques impressionnantes : plus de 400 000 courses payantes chaque semaine à travers plusieurs grandes villes américaines, un objectif affiché d’atteindre le million hebdomadaire d’ici la fin de l’année 2026. Pourtant, malgré ces chiffres et cette expérience terrain, l’État de New York reste sur ses gardes.

Le point central du blocage ? Une loi datant d’une autre époque qui exige qu’un conducteur garde au moins une main sur le volant en permanence. Une règle simple sur le papier, mais qui rend impossible la circulation d’un véhicule totalement autonome, sans personne à bord. Pour contourner cette contrainte, le gouverneur Hochul avait intégré dans son projet de budget 2026 une modification ciblée de cette obligation.

« Basé sur les discussions avec les parties prenantes, y compris au sein de la législature, il était clair que le soutien n’existait pas pour faire avancer cette proposition. »

Sean Butler, porte-parole du gouverneur Kathy Hochul

Cette phrase résume à elle seule l’échec de la tentative. Même si la mesure proposée restait très encadrée — avec des frais d’un million de dollars, une garantie financière de 5 millions, l’approbation du commissaire aux transports et surtout l’exigence d’un soutien local explicite —, elle n’a pas trouvé grâce aux yeux des élus.

Les garde-fous très stricts qui étaient pourtant prévus

Contrairement à ce que certains ont pu laisser entendre, la proposition retirée n’ouvrait pas les vannes à une invasion incontrôlée de robotaxis. Plusieurs limitations majeures étaient inscrites noir sur blanc :

  • Interdiction totale des services de robotaxis dans toute ville de plus d’un million d’habitants (donc exclusion de New York City, mais aussi potentiellement d’autres agglomérations selon les seuils) ;
  • Obligation d’obtenir l’approbation explicite du commissioner of transportation ;
  • Paiement d’une redevance initiale de 1 million de dollars par opérateur ;
  • Preuve d’une garantie financière minimale de 5 millions de dollars ;
  • Déploiement conditionné à une démonstration claire de soutien local au niveau municipal ou township.

Ces conditions, très restrictives, montrent à quel point l’État souhaitait garder la mainmise sur le sujet. Malgré cela, le consensus politique n’a pas été atteint. La prudence l’a emporté sur l’innovation.

Waymo déjà présent… mais sous haute surveillance

À New York City précisément, Waymo n’est pas totalement absent. Depuis août 2025, la société dispose d’un permis de test limité : jusqu’à huit Jaguar I-Pace autonomes peuvent circuler à Manhattan et dans le sud de Brooklyn… mais uniquement avec un opérateur de sécurité humain à bord. Ce permis expire fin mars 2026. Sans nouvelle avancée législative, il est peu probable qu’il soit renouvelé dans les mêmes termes ou étendu.

Partout ailleurs aux États-Unis, Waymo affiche une expansion impressionnante : Phoenix, San Francisco, Los Angeles, Austin, Atlanta, Miami… Dans ces métropoles, des dizaines de milliers de personnes utilisent chaque jour ces véhicules sans chauffeur. La société insiste d’ailleurs sur les retours très positifs des usagers new-yorkais qui ont déjà testé le service lors de voyages :

« Nous entendons des milliers de New-Yorkais qui ont expérimenté Waymo dans d’autres villes et qui veulent y avoir accès chez eux. Ils veulent la sécurité, la confidentialité et le confort dont bénéficient déjà les habitants d’autres grandes métropoles. »

Porte-parole de Waymo

Pourquoi une telle frilosité à New York ?

Plusieurs facteurs expliquent cette retenue marquée :

  1. La densité exceptionnelle de la circulation new-yorkaise, surtout dans les boroughs extérieurs à Manhattan ;
  2. Le poids politique et syndical très important des chauffeurs de taxi et VTC traditionnels ;
  3. Une méfiance historique envers les technologies perçues comme « venues de la Silicon Valley » ;
  4. Des accidents médiatisés impliquant d’autres véhicules autonomes (même si Waymo affiche l’un des meilleurs bilans de sécurité du secteur) ;
  5. La complexité du climat hivernal new-yorkais (neige, verglas, sel de déneigement) qui pose encore des défis techniques aux capteurs LiDAR et caméras.

Ces éléments cumulés créent un environnement politique défavorable à une dérégulation rapide, même partielle.

Quelles conséquences pour l’industrie des robotaxis ?

Ce revers n’est pas anodin. New York représente l’un des marchés de mobilité les plus lucratifs au monde. Être absent ou très limité dans cette ville constitue un handicap compétitif majeur, surtout face à des concurrents comme Cruise (GM), Zoox (Amazon) ou encore les acteurs chinois qui avancent très vite sur leur marché intérieur et cherchent désormais l’international.

Pour Waymo, l’enjeu est double : conserver son avance technologique et économique tout en continuant à accumuler des données de conduite dans des environnements toujours plus variés et complexes. Chaque nouvelle ville apporte son lot d’enseignements : topographie, comportements des piétons, signalisation spécifique, interactions avec les services d’urgence… New York, avec son trafic chaotique et ses piétons imprévisibles, représente un terrain d’apprentissage unique.

En attendant, la société promet de ne pas baisser les bras :

« Nous sommes déçus par la décision du Gouverneur, mais nous restons pleinement engagés à apporter notre service à New York et nous travaillerons avec la législature de l’État pour faire avancer ce dossier. »

Équipe de communication Waymo

Et maintenant ? Les scénarios possibles pour 2026 et au-delà

Plusieurs chemins restent envisageables :

  • Une nouvelle proposition de loi portée par des élus pro-innovation à Albany ;
  • Une extension progressive du programme pilote actuel, peut-être avec davantage de véhicules et de zones ;
  • Une mobilisation citoyenne plus forte via des pétitions ou des associations d’usagers ;
  • Une approche par étapes : d’abord élargir les tests avec opérateur de sécurité, ensuite envisager des zones très limitées sans chauffeur ;
  • Ou, scénario le plus pessimiste, un statu quo prolongé jusqu’à ce qu’un concurrent ou un événement extérieur force la main des décideurs.

Une chose est sûre : la bataille pour les robotaxis à New York est loin d’être terminée. Elle oppose deux visions : d’un côté la prudence face à une technologie encore jeune et à ses risques potentiels, de l’autre l’opportunité économique et écologique d’une mobilité plus sûre, plus fluide et moins émettrice.

Leçons à retenir pour les autres États et villes

Ce qui se joue actuellement à New York envoie un signal fort à l’ensemble de l’industrie. Même une entreprise aussi expérimentée et financièrement puissante que Waymo peut se heurter à des murs réglementaires solides quand le contexte politique et social n’est pas aligné.

Les acteurs du secteur devront probablement redoubler d’efforts sur plusieurs fronts simultanément :

  • Transparence totale sur les données de sécurité et les incidents ;
  • Communication beaucoup plus locale et moins « corporate » ;
  • Partenariats avec les syndicats, les compagnies de taxi traditionnelles et les autorités locales ;
  • Mise en avant systématique des bénéfices sociétaux : réduction des accidents liés à l’alcool, accessibilité accrue pour les personnes handicapées, diminution de la congestion et des émissions.

La route vers une adoption massive des robotaxis reste sinueuse. Chaque État, chaque grande ville représente un nouveau défi réglementaire, culturel et technique. New York, par sa visibilité et son poids symbolique, est sans doute l’obstacle le plus médiatique et le plus difficile à franchir.

Mais l’histoire des grandes innovations technologiques nous l’a souvent montré : les freins les plus puissants finissent parfois par céder quand les preuves s’accumulent et que la pression populaire devient irrésistible. Waymo et ses concurrents savent que la patience stratégique fait partie intégrante de la course. La question n’est plus de savoir si les robotaxis arriveront à New York… mais quand et dans quelles conditions.

Et vous, seriez-vous prêt à monter dans un robotaxi sans chauffeur au cœur de Manhattan ? Ou préférez-vous que la prudence reste de mise encore quelques années ? La suite s’annonce passionnante.

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Steven Soarez
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