Imaginez une adolescente de 14 ans qui poste des photos innocentes sur Instagram. Quelques semaines plus tard, ces mêmes images circulent sous forme de nus explicites générés par intelligence artificielle. Ses camarades de classe les partagent, rient, commentent. La jeune fille devient la cible d’un harcèlement implacable. Et pourtant, malgré la gravité des faits, la machine judiciaire patine, les plateformes se défaussent et l’application responsable continue de fonctionner tranquillement sur le web. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui avec des outils comme ClothOff… et la situation ne fait qu’empirer.

Quand l’IA transforme le harcèlement en arme de destruction massive

Depuis l’arrivée massive des générateurs d’images IA accessibles à tous, le phénomène des deepfakes pornographiques non consentis a explosé. Ce n’est plus une menace théorique : c’est une réalité quotidienne pour des milliers de femmes et d’adolescentes à travers le monde. Les outils les plus vicieux ne se cachent même plus ; ils s’affichent ouvertement sur le web, via des bots Telegram ou des sites au design minimaliste mais diablement efficaces.

Parmi eux, ClothOff s’est imposé comme l’un des noms les plus tristement célèbres. Pendant plus de deux ans, cette application a permis à n’importe qui de « déshabiller » numériquement n’importe quelle photo en quelques clics. Peu importe que la personne sur l’image soit mineure, peu importe le consentement : l’algorithme ne pose aucune question.

Un cas concret qui choque : l’affaire du New Jersey

En octobre 2025, une clinique juridique de l’université Yale a déposé une plainte retentissante devant un tribunal du New Jersey. La plaignante, une lycéenne anonymisée sous le pseudonyme de Jane Doe, avait vu ses photos personnelles détournées par des camarades via ClothOff. À l’époque des clichés originaux, elle n’avait que 14 ans. Les versions modifiées par IA sont donc automatiquement classées comme matériel d’abus sexuel sur mineur (CSAM) selon la loi américaine.

Malgré cette qualification extrêmement grave, les autorités locales ont refusé d’engager des poursuites pénales. La raison invoquée ? L’impossibilité pratique de récupérer des preuves sur les appareils des suspects. Résultat : les images ont continué à circuler sans que personne ne soit inquiété… et ClothOff continue de proposer son service.

« Ni l’école ni les forces de l’ordre n’ont pu déterminer l’ampleur de la diffusion des images CSAM concernant Jane Doe et d’autres jeunes filles. »

Extrait de la plainte déposée par la clinique de Yale

Ce passage, froid et factuel, résume à lui seul l’impuissance actuelle face à ces technologies. On sait que le mal est fait. On sait qu’il est illégal. Mais on ne parvient pas à stopper la machine.

ClothOff : une hydre offshore quasi impossible à décapiter

Pourquoi est-il si difficile de faire tomber ClothOff ? La réponse tient en quelques mots : opacité et internationalisation à outrance. L’entreprise est officiellement enregistrée dans les Îles Vierges britanniques, paradis fiscal bien connu pour son opacité. Mais selon les avocats de Yale, les véritables opérateurs seraient un frère et une sœur basés en Biélorussie, potentiellement reliés à un réseau plus vaste encore.

  • Site web toujours en ligne malgré les signalements répétés
  • Présence active via un bot Telegram très utilisé
  • Aucune coopération avec les autorités occidentales
  • Serveurs probablement répartis dans plusieurs juridictions
  • Modèle économique basé sur des paiements crypto ou cartes prépayées anonymes

Ces éléments cumulés rendent toute action en justice extrêmement longue et coûteuse. Même lorsqu’un jugement est obtenu, le faire exécuter à l’étranger relève souvent du parcours du combattant. Pendant ce temps, les victimes continuent de subir les conséquences psychologiques et sociales.

Le cas xAI et Grok : quand la généralité protège

À côté des outils ouvertement malveillants comme ClothOff, on trouve désormais des cas beaucoup plus ambigus : ceux des IA généralistes détournées pour produire du contenu illégal. L’exemple le plus médiatisé reste celui de Grok, le modèle conversationnel développé par xAI, la société d’Elon Musk.

Fin 2025 et début 2026, une vague massive de deepfakes pornographiques générés via Grok a déferlé sur les réseaux sociaux. Parmi les victimes : de nombreuses mineures. Contrairement à ClothOff, Grok n’est pas conçu spécifiquement pour produire des images à caractère sexuel. C’est une IA généraliste… et c’est précisément ce qui complique énormément les poursuites.

« Quand vous attaquez un système généraliste que les utilisateurs peuvent interroger sur n’importe quel sujet, ça devient beaucoup plus compliqué. »

John Langford, avocat principal dans l’affaire ClothOff

La loi américaine protège très fortement la liberté d’expression. Pour condamner un outil comme Grok, il faudrait démontrer une intention claire de nuire ou une négligence grave et répétée. Or, xAI peut toujours arguer que l’outil sert à des milliers d’usages légitimes chaque jour. Preuve supplémentaire : les garde-fous internes ont été volontairement assouplis sur instruction directe d’Elon Musk, selon plusieurs témoignages d’anciens employés.

Les lois existantes… et leurs immenses lacunes

Les États-Unis disposent déjà de plusieurs textes censés lutter contre les deepfakes à caractère sexuel :

  • Le Take It Down Act qui criminalise la diffusion non consentie d’images intimes (y compris deepfakes)
  • Les lois fédérales très strictes sur le CSAM
  • La section 230 qui protège massivement les plateformes… mais pas forcément les créateurs d’outils

Malgré ces textes, les poursuites contre les plateformes elles-mêmes restent rarissimes. Pourquoi ? Parce qu’il faut prouver que l’entreprise avait connaissance réelle du problème et a refusé d’agir. Dans le cas d’une IA généraliste, cette preuve est extrêmement difficile à établir.

À l’inverse, ClothOff est beaucoup plus vulnérable sur le plan juridique : l’application est marketée explicitement comme un outil de deepfake pornographique. Mais même là, la barrière de l’opacité géographique protège ses créateurs.

Et ailleurs dans le monde ?

Face à l’inaction relative des États-Unis, plusieurs pays ont réagi beaucoup plus vite et beaucoup plus fort :

  • L’Indonésie et la Malaisie ont bloqué l’accès à Grok
  • Le Royaume-Uni a ouvert une enquête officielle pouvant mener à une interdiction
  • La Commission européenne, la France, l’Irlande, l’Inde et le Brésil ont tous entamé des démarches préliminaires

Ces réactions rapides contrastent fortement avec le silence assourdissant des grandes agences fédérales américaines. La culture de la première amendement pèse très lourd dans les décisions outre-Atlantique.

Quelles solutions pour les victimes demain ?

Face à ce mur juridique, plusieurs pistes commencent à émerger :

  1. Création d’une responsabilité spécifique des concepteurs d’IA générative lorsqu’ils assouplissent volontairement les garde-fous
  2. Mise en place de standards techniques obligatoires (watermarking invisible systématique, filtrage proactif des prompts dangereux)
  3. Renforcement des sanctions financières contre les plateformes qui ne retirent pas rapidement les contenus signalés
  4. Développement d’outils de détection et de suppression automatique financés par les Big Tech
  5. Poursuites transnationales coordonnées via Interpol ou Europol contre les réseaux offshore

Ces mesures, si elles étaient appliquées, pourraient changer la donne. Mais elles nécessitent une volonté politique qui fait encore défaut dans de nombreux pays, États-Unis en tête.

Un appel à la responsabilité collective

Les victimes de deepfakes pornographiques ne sont pas seulement des numéros dans des statistiques. Ce sont des adolescentes qui changent d’école, des femmes qui renoncent à certaines carrières, des personnalités publiques qui voient leur réputation détruite en quelques heures.

Tant que les outils resteront accessibles sans garde-fous efficaces, tant que les juridictions offshore serviront de refuge, tant que les IA généralistes pourront être détournées sans conséquence réelle pour leurs créateurs, le problème ne fera qu’empirer.

La technologie avance à une vitesse folle. Le droit, lui, avance au ralenti. Entre les deux, c’est toute une génération de femmes et de jeunes filles qui paie le prix fort.

Il est temps que cela change.

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Steven Soarez
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