Imaginez un investisseur qui a accompagné certaines des startups les plus dynamiques d’Inde depuis leurs premières levées jusqu’à leur explosion sur le marché. Et puis, du jour au lendemain, il décide de tout quitter pour écrire sa propre histoire. C’est exactement ce qui vient de se produire dans l’écosystème du venture capital asiatique.

En décembre 2025, Kabir Narang, l’un des founding partners de B Capital, a officialisé son départ du fonds cofondé par Eduardo Saverin. Cette nouvelle n’est pas anodine : elle marque potentiellement le début d’un nouveau cycle d’investissement très orienté technologie et intelligence artificielle en Asie. Mais qui est vraiment Kabir Narang et pourquoi ce départ suscite-t-il autant d’intérêt ?

Un départ qui fait du bruit dans le venture asiatique

Depuis 2017, Kabir Narang était l’une des figures centrales de B Capital en Asie. Basé à Singapour, il pilotait la stratégie régionale et présidait même le comité d’investissement global du fonds. Son nom est associé à plusieurs succès retentissants dans l’écosystème indien : Meesho, Khatabook, CredAvenue, Bounce ou encore Bizongo. Autant de noms qui incarnent la nouvelle vague de licornes et de scale-ups indiennes.

Mais après plus de huit années passées à construire et à faire grandir B Capital, Narang a choisi de prendre un virage radical. Il prépare activement le lancement d’une nouvelle plateforme d’investissement prévue pour 2026. Le projet reste encore assez discret, mais les premières indications laissent entrevoir une ambition très claire : miser sur l’intersection entre technologie, intelligence artificielle et flux de capitaux mondiaux.

Un parcours déjà très solide avant B Capital

Avant de rejoindre B Capital, Kabir Narang a passé près de neuf ans chez Eight Roads Ventures India, le bras venture de Fidelity. Il y était managing director et a participé à de nombreux deals marquants sur le sous-continent indien. Ce parcours lui a permis de développer une expertise rare : celle de comprendre à la fois les dynamiques locales très spécifiques de l’Inde et les exigences des investisseurs institutionnels internationaux.

Cette double casquette explique en grande partie pourquoi il a été recruté dès les débuts de B Capital pour structurer l’activité en Asie. Eduardo Saverin et Raj Ganguly voulaient quelqu’un capable de naviguer avec aisance entre les marchés émergents et les standards très élevés de la Silicon Valley.

« Nous vivons l’une des révolutions technologiques les plus profondes de l’histoire, et l’un des tests les plus exigeants en matière de discipline d’investisseur. »

Kabir Narang, note interne aux fondateurs

Cette phrase résume parfaitement la vision qu’il défend aujourd’hui. Pour lui, l’IA n’est pas seulement un outil technologique : elle scale la pensée elle-même, réduisant drastiquement le temps entre l’idée et sa concrétisation.

Que va proposer la nouvelle plateforme de Kabir Narang ?

Bien que les détails restent confidentiels, plusieurs éléments se dégagent déjà :

  • Focus très marqué sur l’intelligence artificielle et ses applications sectorielles
  • Approche « compounding » : recherche de sociétés capables de générer de la valeur de manière exponentielle et durable
  • Intégration des flux de capitaux mondiaux (LP américains, moyen-orientaux, asiatiques)
  • Investissements personnels directs de Narang (1 à 2 % du capital dans certaines sociétés sélectionnées)
  • Probable orientation early-stage à growth, avec un accent sur les startups qui combinent vitesse d’exécution et pricing power

Cette dernière notion de pricing power est particulièrement intéressante. Dans un monde où l’IA permet de produire très rapidement, la capacité à maintenir des marges élevées devient le principal facteur de différenciation. Narang semble convaincu que les fondateurs qui maîtriseront à la fois la vitesse technologique et la discipline économique seront les grands gagnants des dix prochaines années.

L’impact sur B Capital et sur l’écosystème asiatique

Du côté de B Capital, le fonds a tenu à minimiser l’impact du départ. Eduardo Saverin, Karan Mohla et Howard Morgan reprendront la supervision du portefeuille Asie avec l’équipe déjà en place. Le message est clair : la machine continue de tourner, et le fonds reste pleinement engagé sur ses marchés historiques.

Mais dans les faits, perdre un founding partner qui gérait une partie significative de la stratégie Asie n’est jamais anodin. Surtout quand ce partner a construit une partie importante de la réputation régionale du fonds. Beaucoup d’observateurs se demandent si ce départ pourrait entraîner d’autres mouvements internes ou même pousser certains entrepreneurs à réévaluer leurs relations avec B Capital.

Pourquoi l’Inde et l’Asie du Sud-Est restent des terrains de chasse prioritaires

Malgré les soubresauts macroéconomiques et les valorisations parfois très élevées, l’Inde continue d’attirer massivement les capitaux venture. En 2025, le pays a de nouveau dépassé les 10 milliards de dollars levés sur l’année, même si l’on reste loin des sommets de 2021-2022.

Les secteurs qui tirent la croissance sont maintenant bien identifiés :

  • Commerce social et D2C
  • Fintech inclusif et infrastructure financière
  • SaaS B2B verticalisé
  • Logistique et supply chain tech
  • Edtech et skilling (même si le secteur a beaucoup souffert)
  • Healthtech et biotech
  • IA appliquée aux marchés émergents

C’est précisément sur ce dernier point que Kabir Narang semble vouloir se positionner de manière très agressive. L’IA générative, les modèles de langage appliqués aux langues locales, l’automatisation des processus métier dans des secteurs peu digitalisés : tous ces sujets offrent encore un potentiel énorme en Inde et en Asie du Sud-Est.

Le pari du « compounding intelligent »

L’expression « compound intelligently » revient souvent dans les communications de Narang. Elle désigne la capacité d’une entreprise à réinvestir ses profits de manière extrêmement efficace pour générer une croissance organique très élevée sur le long terme.

Dans l’univers de l’IA, où les coûts d’infrastructure et de R&D peuvent exploser rapidement, ce concept devient encore plus critique. Une startup peut brûler énormément de cash pour entraîner des modèles, mais si elle ne parvient pas à transformer cette avance technologique en revenus récurrents et en marges solides, elle risque de s’effondrer dès que le marché se retourne.

« Les fondateurs qui associeront cette vitesse avec du pricing power et des unit economics en amélioration constante définiront la prochaine génération de valeur durable. »

Kabir Narang

Cette phrase résume probablement la thèse d’investissement qui animera sa nouvelle structure. On peut s’attendre à ce qu’il privilégie des sociétés qui démontrent très tôt leur capacité à monétiser efficacement leurs avancées en IA.

Que retenir pour les entrepreneurs et les investisseurs ?

Pour les fondateurs indiens ou sud-est asiatiques, l’arrivée d’un nouveau véhicule porté par Kabir Narang est plutôt une bonne nouvelle. Il fait partie des investisseurs qui comprennent vraiment les réalités locales tout en ayant accès aux grands LP internationaux. Sa capacité à faire le pont entre ces deux mondes restera un atout majeur.

Pour les autres fonds, ce lancement constitue un signal supplémentaire que l’Asie, et particulièrement l’Inde, reste l’un des terrains les plus compétitifs au monde. Les meilleurs deals se joueront de plus en plus sur la valeur stratégique et opérationnelle apportée, et non uniquement sur le prix payé.

Un moment charnière pour le venture en Asie

2026 s’annonce comme une année charnière. D’un côté, la maturité croissante des écosystèmes indien et sud-est asiatique. De l’autre, l’accélération fulgurante de l’IA qui redéfinit les business models dans presque tous les secteurs. Au milieu de tout cela, des investisseurs expérimentés comme Kabir Narang qui choisissent de créer leurs propres structures pour exprimer pleinement leur vision.

Le départ de Narang de B Capital n’est donc pas seulement une actualité people du venture. C’est le symptôme d’un marché qui arrive à un tournant stratégique. Les prochains mois nous diront si cette nouvelle plateforme parviendra à s’imposer rapidement parmi les acteurs les plus influents de la région.

Une chose est sûre : les entrepreneurs qui cherchent à construire des entreprises durables à l’ère de l’IA ont tout intérêt à suivre de très près les prochaines annonces de Kabir Narang. Car derrière les mots « compounding » et « pricing power » se cache peut-être la nouvelle formule gagnante du venture asiatique post-2025.

À suivre de près…

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Steven Soarez
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