Imaginez un pays qui, il y a encore dix ans, luttait pour connecter ses villages les plus reculés à Internet, et qui aujourd’hui annonce le plus gros investissement privé jamais réalisé dans les infrastructures d’intelligence artificielle. Ce pays, c’est l’Inde. Et l’homme derrière cette annonce qui fait trembler le monde de la tech ? Gautam Adani.
Le 17 février 2026, le conglomérat Adani Group a créé la surprise en dévoilant un plan d’investissement de 100 milliards de dollars sur dix ans pour construire des data centers spécialisés dans l’IA, alimentés exclusivement par des énergies renouvelables. Un chiffre qui donne le vertige et qui place l’Inde au cœur d’une nouvelle géopolitique de la puissance numérique.
Quand l’Inde décide de ne plus être simple spectatrice de la révolution IA
Pendant longtemps, l’Inde a excellé dans les services informatiques, les centres d’appels et l’externalisation logicielle. Mais être le back-office du monde ne suffisait plus. Dans l’ère de l’intelligence artificielle, la vraie richesse se trouve dans la maîtrise des infrastructures critiques : la puissance de calcul, l’énergie abondante et bon marché, les réseaux à très faible latence. Et sur ces trois piliers, l’Inde veut désormais jouer dans la cour des grands.
L’annonce d’Adani n’est pas un simple coup de communication. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large : l’explosion de la demande mondiale en capacité de calcul IA, la saturation progressive des marchés américains et européens en termes d’énergie disponible, et surtout la volonté politique indienne de devenir un acteur souverain dans l’IA.
100 milliards de dollars : à quoi va réellement servir cette somme astronomique ?
Le plan s’étale jusqu’en 2035 et vise la création d’un véritable écosystème d’infrastructures IA. Adani parle de déployer jusqu’à 5 gigawatts de capacité de data centers rien que pour les workloads d’intelligence artificielle. Pour vous donner une idée, 1 gigawatt suffit à alimenter environ 750 000 foyers américains. On parle donc ici d’une échelle industrielle colossale.
Mais l’argent ne va pas uniquement dans les bâtiments et les serveurs. Une part très importante est destinée à la production d’énergie renouvelable dédiée. Adani mise tout sur le couplage énergie-computing : produire sur place l’électricité verte nécessaire pour alimenter ces fermes de serveurs ultra-gourmandes en énergie.
- Extension massive du portefeuille renouvelable existant (déjà plus de 10 GW opérationnels sur le projet Khavda)
- Investissement supplémentaire de 55 milliards de dollars dans l’éolien, le solaire et le stockage par batteries
- Construction de data centers “intégrés” où la production d’énergie et la capacité de calcul montent en puissance simultanément
- Partenariats renforcés avec Google, Microsoft et Flipkart pour remplir ces infrastructures
Le groupe espère ainsi déclencher 150 milliards de dollars supplémentaires d’investissements indirects de la part d’autres acteurs, pour aboutir à un écosystème global évalué à 250 milliards de dollars d’ici 2035.
AdaniConneX : la joint-venture qui change déjà la donne
Adani ne part pas de zéro. Depuis plusieurs années, le groupe a créé AdaniConneX, une coentreprise avec l’américain EdgeConneX, spécialiste des data centers hyperscale. Cette structure a déjà livré environ 2 gigawatts de capacité répartis sur plusieurs sites stratégiques en Inde.
Les campus de Visakhapatnam et Noida sont les plus avancés, mais Hyderabad et Pune figurent aussi sur la feuille de route. Ces emplacements ne sont pas choisis au hasard : proximité des pôles technologiques, accès à la main-d’œuvre qualifiée, disponibilité foncière et surtout potentiel énergétique renouvelable à proximité.
« L’Inde ne sera pas un simple consommateur dans l’âge de l’IA. Nous allons construire la base infrastructurelle qui permettra à notre pays de devenir un contributeur majeur. »
Gautam Adani, président du groupe Adani
Pourquoi l’énergie renouvelable devient l’arme absolue dans la guerre des data centers IA ?
En 2026, la contrainte numéro un pour les géants de l’IA n’est plus l’argent ni les puces, mais l’énergie. Les data centers d’entraînement des grands modèles consomment des quantités d’électricité comparables à celles de petites villes. Aux États-Unis, plusieurs projets sont bloqués ou ralentis à cause de l’insuffisance du réseau électrique ou des délais pour obtenir de nouvelles capacités de production.
L’Inde bénéficie ici d’un avantage structurel : un ensoleillement exceptionnel sur une grande partie du territoire, des vents réguliers dans plusieurs régions côtières, et surtout une volonté politique très forte d’accélérer la transition énergétique. Le gouvernement indien a fixé des objectifs ambitieux : 500 GW de capacités renouvelables installées d’ici 2030.
Adani, déjà l’un des plus gros producteurs d’énergie renouvelable du pays, entend devenir le fournisseur privilégié des futurs data centers IA. En contrôlant à la fois la production d’énergie et les infrastructures de calcul, le groupe espère proposer des coûts d’exploitation parmi les plus compétitifs au monde.
Un pari risqué ? Les défis qui attendent Adani
Malgré l’enthousiasme affiché, plusieurs obstacles se dressent sur la route :
- La capacité réelle du réseau électrique indien à absorber et distribuer une telle montée en puissance
- Les délais d’obtention des autorisations environnementales et foncières pour des projets de cette ampleur
- La dépendance persistante aux importations pour certaines composantes critiques (transformateurs haute puissance, systèmes de refroidissement liquide, semi-conducteurs)
- La concurrence féroce de Singapour, Malaisie, Arabie Saoudite et même certains pays africains qui courtisent aussi les hyperscalers
- Les interrogations sur la solidité financière du groupe Adani après les controverses de 2023
Adani affirme vouloir réduire cette dépendance en investissant dans la fabrication locale de composants stratégiques. Une stratégie de relocalisation qui, si elle réussit, pourrait avoir des effets d’entraînement majeurs sur toute l’industrie indienne.
Que signifie ce mouvement pour les acteurs mondiaux de l’IA ?
Pour OpenAI, Anthropic, Google, Microsoft, Meta et consorts, l’Inde devient soudain une option beaucoup plus crédible. Jusqu’ici, la quasi-totalité des plus gros clusters d’entraînement se situaient aux États-Unis, avec quelques extensions au Canada, en Europe du Nord et en Asie de l’Est. L’arrivée de plusieurs gigawatts de capacité dédiée à l’IA en Inde, avec des coûts énergétiques potentiellement très compétitifs, pourrait redistribuer les cartes.
Certains analystes estiment même que l’Inde pourrait devenir la « nouvelle Virginie du Nord » de l’Asie pour les data centers hyperscale dans les cinq à sept prochaines années. Une perspective qui inquiète autant qu’elle excite les acteurs historiques du secteur.
Un écosystème qui dépasse largement Adani
Si le groupe Adani porte l’annonce la plus spectaculaire, il n’est pas seul sur le terrain. Reliance Industries (avec Jio), Tata Group, Bharti Airtel et plusieurs acteurs internationaux (NTT, Digital Realty, Equinix) accélèrent également leurs projets en Inde.
Le gouvernement indien, de son côté, multiplie les incitations : exonérations fiscales pour les data centers, subventions pour les énergies renouvelables, corridors économiques dédiés aux technologies numériques, et surtout assouplissement des règles sur la localisation des données pour faciliter l’arrivée des hyperscalers étrangers.
| Acteur | Capacité annoncée ou en cours (GW) | Focus principal |
| Adani Group | 5 GW ciblés d’ici 2035 | IA + renouvelables intégrés |
| Reliance / Jio | ~3 GW en développement | Cloud + IA souveraine |
| Tata Group | ~1 GW opérationnel + extensions | Entreprise & hyperscale |
| NTT / CtrlS / Sify | ~2 GW cumulés | Colocation traditionnelle |
Cette compétition interne profite finalement à l’ensemble du pays, qui voit se multiplier les annonces d’investissement et les partenariats stratégiques.
Vers une souveraineté numérique indienne ?
Au-delà des aspects purement économiques, l’annonce d’Adani porte une ambition politique forte : donner à l’Inde les moyens de développer ses propres grands modèles d’IA, de protéger ses données sensibles et de réduire sa dépendance aux infrastructures étrangères.
Dans un monde où l’IA devient une technologie de puissance comparable à l’armement nucléaire ou à l’aérospatial, disposer de sa propre capacité de calcul souveraine devient un enjeu stratégique majeur. L’Inde, avec sa démographie, sa maîtrise de l’anglais, ses ingénieurs parmi les meilleurs du monde et désormais ses infrastructures qui montent en gamme, est en train de se positionner comme l’un des rares pays capables de rivaliser sur ce terrain avec les États-Unis et la Chine.
Le pari d’Adani est donc bien plus qu’un projet industriel : c’est un pari sur l’avenir même de l’Inde comme grande puissance technologique du XXIe siècle.
Restera à voir si les promesses se concrétiseront dans les délais annoncés, si les financements suivront, et surtout si les hyperscalers mondiaux feront réellement le choix de déplacer une partie significative de leurs workloads les plus intensifs vers le sous-continent. Mais une chose est sûre : l’Inde n’a plus l’intention d’être le suiveur. Elle veut devenir l’un des leaders. Et avec 100 milliards de dollars sur la table, Gautam Adani vient de prouver qu’il était prêt à mettre l’argent là où se trouve l’ambition.
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