Imaginez un instant : vous êtes une startup en pleine explosion, vous venez de lever 75 millions de dollars, votre produit cartonne sur les réseaux et dans les salles de sport… et du jour au lendemain, votre Chief Science Officer star disparaît du paysage. C’est exactement ce qui vient de se produire chez David Protein, la pépite des barres protéinées ultra-clean. Au cœur de cette secousse ? Un nom qui revient comme un boomerang : Jeffrey Epstein.
Le 3 février 2026, le fondateur de David Protein a publié un message sobre mais lourd de sens sur X : Peter Attia a quitté son poste de Chief Science Officer. Quelques jours plus tôt, plus de 1 700 pages de documents liés à Epstein avaient été rendues publiques. Le nom d’Attia y apparaît à plusieurs reprises. Depuis, le silence ou presque règne du côté des deux structures les plus associées au médecin : David Protein… et Biograph, sa propre création.
Quand la longévité rencontre l’un des scandales les plus sombres du XXIe siècle
Peter Attia n’est pas n’importe qui. Médecin, auteur du best-seller Outlive, animateur d’un podcast écouté par des centaines de milliers de personnes chaque semaine, il incarne depuis plus de dix ans la figure moderne du longevity guru. Son discours ? Optimiser chaque paramètre de la santé pour vivre plus longtemps et surtout mieux. Mais cette quête d’excellence a parfois conduit certains à fréquenter des cercles très particuliers.
Dans un long thread publié sur X juste après les révélations, Attia explique son lien avec Epstein. Il reconnaît des échanges « honteux » et « crus », mais nie toute implication dans des activités criminelles, toute visite sur l’île ou voyage à bord du tristement célèbre avion. Pourtant, le mal est fait : l’association de son nom à celui d’Epstein, même périphérique, suffit à déclencher une onde de choc dans l’écosystème startup santé et performance.
David Protein : la success-story qui vacille
Lancée en 2023, David Protein a su capter l’attention très rapidement. Sa barre signature promet 28 g de protéines, zéro sucre ajouté et seulement 150 calories. Un produit taillé pour les pratiquants de musculation, les biohackers et les cadres pressés qui veulent manger « propre ».
En mai 2025, la société boucle un tour de table de 75 millions de dollars mené par Greenoaks, avec la participation de Valor Equity Partners. Les investisseurs parient gros sur une catégorie en pleine explosion : les snacks protéinés premium. Peter Attia, avec sa crédibilité scientifique, apportait une caution intellectuelle puissante.
« Nous avons construit David autour de la transparence et de la science rigoureuse. »
Fondateur de David Protein – mai 2025
Aujourd’hui, cette transparence est mise à rude épreuve. Le départ d’Attia n’est pas présenté comme une démission conflictuelle, mais le timing est terrible. La communauté commence à poser des questions : les investisseurs vont-ils rester ? La marque peut-elle conserver sa crédibilité scientifique sans son principal porte-voix ?
Biograph : le silence assourdissant
Biograph est sans doute le projet le plus personnel de Peter Attia ces dernières années. Co-fondée avec l’entrepreneur John Hering, cette startup propose des bilans de santé ultra-complets et personnalisés pour une clientèle haut de gamme prête à débourser entre 7 500 et 15 000 dollars par an.
Il y a un an, quand Biograph sortait de stealth, Attia apparaissait en bonne place dans le communiqué de presse et sur le site. Aujourd’hui ? Son nom a disparu. Certaines pages renvoient même une erreur 404. La startup refuse tout commentaire sur la situation actuelle de son co-fondateur. Le message est clair : on préfère ne pas alimenter la polémique.
- Bilans sanguins exhaustifs
- Tests génétiques avancés
- Imagerie médicale de pointe
- Suivi par des médecins spécialisés en longévité
- Prix annuel : 7 500 $ – 15 000 $
Ce positionnement ultra-premium attire une clientèle exigeante… et sensible à la réputation. Dans ce milieu, une seule association controversée peut suffire à faire fuir des prospects fortunés.
Pourquoi tant de figures du biohacking ont croisé Epstein ?
Jeffrey Epstein n’était pas seulement un criminel condamné. Il cultivait aussi une image de mécène des sciences. Il finançait des chercheurs, organisait des dîners avec des prix Nobel, et se passionnait – en apparence – pour la génétique, le transhumanisme et la longévité. Beaucoup de scientifiques et d’entrepreneurs ambitieux ont accepté de le rencontrer, parfois plusieurs fois, avant ou même après sa condamnation de 2008.
Peter Attia n’est donc pas un cas isolé. D’autres noms connus dans la sphère santé et performance ont été cités dans les différents déversements de documents. La question que tout le monde se pose désormais : où trace-t-on la ligne entre curiosité intellectuelle et compromission morale ?
« J’ai commis l’erreur de penser que je pouvais séparer l’homme de ses idées. Je me suis trompé. »
Peter Attia – thread X, février 2026
Les conséquences pour l’écosystème longevity & startups santé
Le secteur de la longévité attire aujourd’hui des dizaines de milliards de dollars. Des fonds spécialisés se montent, des cliniques premium ouvrent à Miami, Dubaï ou Zurich, des molécules anti-âge entrent en essais cliniques. Mais cette ruée vers l’immortalité financière s’accompagne d’un besoin criant de crédibilité scientifique et éthique.
Quand une figure aussi centrale que Peter Attia est éclaboussée, c’est tout un pan de l’industrie qui tremble. Les investisseurs deviennent plus prudents. Les consommateurs scrutent davantage les bios des fondateurs. Et les médias, eux, adorent ce genre d’histoire où science, argent et scandale se mélangent.
| Acteur | Position en 2025 | Situation février 2026 |
| David Protein | CSO : Peter Attia | Attia parti |
| Biograph | Co-fondateur affiché | Nom effacé du site |
| Peter Attia | Podcast + livre + conférencier | Communication défensive |
Ce tableau, aussi simple soit-il, résume bien la brutalité du retournement.
Et maintenant ? Les scénarios possibles
Pour David Protein, plusieurs chemins se dessinent :
- Communication transparente et rapide pour expliquer le départ et réaffirmer l’indépendance scientifique de l’équipe restante.
- Recrutement rapide d’une nouvelle figure crédible en nutrition / longévité.
- Maintien du cap produit sans chercher à remplacer la caution « star ».
- Dans le pire des cas : ralentissement de la croissance et perte de confiance des distributeurs.
Pour Biograph, la situation est encore plus délicate. En tant que structure premium, elle vit ou meurt sur la confiance absolue. Si les clients potentiels associent désormais le nom de la société à cette affaire, même indirectement, le modèle économique peut très vite devenir intenable.
Leçons pour les fondateurs et investisseurs
Cette histoire rappelle quelques vérités parfois oubliées dans l’euphorie des levées de fonds :
- La due diligence personnelle des figures clés est aussi importante que celle des metrics.
- Une association avec une personnalité controversée, même ancienne, peut resurgir des années plus tard.
- Dans les secteurs liés à la santé et au bien-être, la réputation est un actif immatériel plus précieux que le cash dans la banque.
- Les investisseurs les plus sérieux posent désormais des questions très précises sur les réseaux passés des fondateurs et des conseillers scientifiques.
Le cas Attia pourrait devenir un cas d’école dans les formations destinées aux VC et aux fondateurs de la healthtech.
Conclusion : la longévité a un prix… moral aussi
Peter Attia a bâti sa carrière sur l’idée qu’on pouvait tout optimiser : sommeil, alimentation, entraînement, biomarqueurs… Il n’avait peut-être pas anticipé qu’on ne peut pas optimiser son passé. Les documents Epstein, même s’ils ne prouvent aucune malversation de sa part, ont suffi à fissurer une image patiemment construite.
Pour David Protein et Biograph, l’équation est simple : survivre à la tempête médiatique, redorer leur blason scientifique et prouver que la mission prime sur les individus. Plus facile à dire qu’à faire quand on joue dans la cour des très gros tickets et des clients ultra-sensibles à l’image.
Une chose est sûre : dans le monde de la longévité, 2026 vient de rappeler que la quête du corps parfait ne protège pas contre les blessures de réputation.
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