Imaginez un instant que vous puissiez analyser un investissement immobilier de plusieurs millions d’euros avec la même précision et la même rapidité que les traders analysent les actions en bourse. Fini les tableurs interminables, les échanges WhatsApp chaotiques et les nuits blanches à décortiquer des PDF. Et si une intelligence artificielle pouvait non seulement trouver les meilleures opportunités, mais aussi raisonner comme un expert, anticiper les risques et même piloter une grande partie de la transaction ? C’est exactement la promesse ambitieuse que porte aujourd’hui une jeune pousse qui fait déjà beaucoup parler d’elle dans la Silicon Valley et à Londres.
Smart Bricks : quand l’IA rencontre la pierre
Derrière ce nom évocateur se cache Smart Bricks, une startup proptech fondée en 2024 par Mohamed Mohamed, un ancien de BlackRock, Goldman Sachs, McKinsey et Boston Consulting Group. Après des années passées dans les salles de marché et les cabinets de conseil où l’immobilier était traité comme un pur problème computationnel, il a décidé de démocratiser ces outils ultra-sophistiqués qui étaient jusqu’ici réservés aux grosses institutions financières.
Ce qui frappe immédiatement quand on découvre le projet, c’est le positionnement très clair : ne pas être un énième site de petites annonces immobilières boosté à l’IA, mais construire véritablement l’infrastructure cognitive qui manque cruellement au secteur immobilier privé.
Un constat brutal sur l’état actuel du marché
Pour beaucoup d’investisseurs particuliers ou même familiaux qui réalisent des opérations de plusieurs centaines de milliers voire millions d’euros, la réalité est assez cruelle. Les décisions se prennent souvent sur la base de :
- discussions informelles sur WhatsApp
- Excel bricolés à la va-vite
- PDF envoyés par des intermédiaires divers
- intuition personnelle et réseau
- quelques données publiques parfois datées
Ces méthodes, même lorsqu’elles sont utilisées par des investisseurs expérimentés, restent très loin des standards de modélisation et de gestion de risque appliqués dans les marchés financiers publics. C’est ce fossé que Mohamed Mohamed a voulu combler.
« Les décisions impliquant des millions d’euros étaient prises sans rien qui ressemble à une stack d’intelligence moderne. »
Mohamed Mohamed, fondateur de Smart Bricks
Que propose réellement Smart Bricks ?
La plateforme ne se contente pas d’afficher des listings de biens. Elle déploie un véritable système de raisonnement autonome capable de :
- Analyser des millions de points de données publics et propriétaires (prix, liquidité, historique des transactions, offre disponible, conditions de financement…)
- Produire des modèles d’évaluation automatisés (Automated Valuation Models) ultra-contextualisés
- Simuler les cash-flows sur différentes périodes et scénarios
- Modéliser les risques baissiers de manière probabiliste
- Raisonner sur l’évolution du marché local et macro
- Proposer des recommandations d’actions concrètes (acheter, attendre, refinancer, revendre…)
Mais le plus impressionnant reste sans doute la capacité à accompagner l’investisseur tout au long du cycle de vie de l’opération, y compris la phase transactionnelle souvent cauchemardesque.
Des agents IA pour accélérer drastiquement les transactions
Dans l’immobilier, entre la promesse de vente et la signature définitive, il s’écoule généralement plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Avocats, notaires, analystes financiers, courtiers, banquiers… une multitude d’intervenants humains qui chacun leur tour passent et repassent sur le même dossier.
Smart Bricks introduit ici des agents IA spécialisés capables de prendre en charge une grande partie de ce workflow : collecte et vérification documentaire, rédaction d’éléments de synthèse, simulation de différents montages juridiques et fiscaux, détection automatique d’anomalies ou de points de vigilance, préparation des éléments pour les conseils externes, etc.
Le résultat annoncé : diviser par 5 à 10 le temps humain nécessaire pour boucler une opération, tout en réduisant considérablement les erreurs et les oublis.
Un suivi post-acquisition intelligent et proactif
L’aventure ne s’arrête pas à la signature chez le notaire. La plateforme continue de suivre en temps réel :
- l’évolution du marché local
- les indicateurs macro-économiques impactant la zone
- les performances réelles de l’actif (loyers perçus, vacance, charges)
- les opportunités de refinancement
- les signaux avant-coureurs de retournement de marché
Des alertes intelligentes et des recommandations d’actions sont envoyées automatiquement quand des seuils prédéfinis ou des opportunités se présentent.
Une levée de 5 millions menée par a16z Speedrun
Le 10 février 2026, Smart Bricks officialisait une levée de fonds de 5 millions de dollars en pre-seed, menée par le programme Speedrun d’Andreessen Horowitz (a16z), l’un des fonds les plus prestigieux et influents de la Silicon Valley.
À cette occasion, plusieurs investisseurs de renom ont participé au tour :
- South Loop Ventures
- Cornerstone VC
- Techstars
- des business angels issus de OpenAI, Airbnb, Anthropic, Blackstone et DeepMind
Ce choix d’investisseurs n’est pas anodin. On retrouve à la fois des spécialistes de l’IA de pointe, des géants de l’immobilier institutionnel et des acteurs historiques de la tech grand public. Un signal fort que le projet est perçu comme potentiellement structurant pour le secteur.
« Nous construisons l’infrastructure IA qui permet à l’immobilier de fonctionner davantage comme un système financier moderne, même à travers les frontières. »
Mohamed Mohamed
Les ambitions internationales affichées
Si la plateforme couvre déjà les marchés américain, britannique et émirati (ce dernier étant le pays d’origine du fondateur), les fonds levés doivent permettre d’accélérer l’expansion géographique. Parmi les zones ciblées à court terme : l’Europe continentale, certaines parties de l’Asie du Sud-Est et potentiellement l’Australie.
L’objectif est clair : créer une couche d’intelligence homogène capable de raisonner sur des marchés immobiliers très différents en termes de réglementation, fiscalité, pratiques de financement et dynamiques locales.
Une différenciation assumée face à la concurrence
Le marché proptech compte déjà de nombreux acteurs. Parmi les comparables les plus souvent cités : reAlpha et RoofStock aux États-Unis. Pourtant Mohamed Mohamed insiste sur une différence fondamentale :
« Beaucoup construisent des applications sur une stack technologique existante. Nous, nous construisons la stack elle-même. »
Il établit plutôt le parallèle avec Bloomberg pour les marchés publics ou les plateformes d’algorithmic trading pour les actions. L’objectif n’est pas de montrer plus d’opportunités, mais de permettre de meilleurs résultats grâce à un raisonnement autonome et une exécution augmentée.
Pourquoi ce projet pourrait changer la donne
Plusieurs éléments structurels rendent ce projet particulièrement intéressant à suivre :
- Le timing parfait : l’explosion des capacités de raisonnement des grands modèles de langage depuis 2023-2024
- La rareté du profil du fondateur : finance institutionnelle + conseil stratégique + expérience opérationnelle dans plusieurs grands marchés
- Le choix d’un positionnement infrastructure plutôt que pure application
- Le soutien très précoce d’a16z via leur programme Speedrun (qui sélectionne extrêmement peu de projets)
- La capacité à traiter des actifs cross-border dès le départ
- L’approche full-cycle (sourcing → analyse → exécution → monitoring)
Les défis qui attendent Smart Bricks
Malgré ces atouts impressionnants, le chemin reste semé d’embûches :
- Accès et qualité des données dans chaque juridiction
- Acceptation par les acteurs traditionnels (notaires, avocats, banques)
- Concurrence croissante des acteurs historiques qui intègrent aussi l’IA
- Réglementations sur l’utilisation de l’IA dans les conseils en investissement
- Explicabilité et traçabilité des recommandations (très attendues par les investisseurs institutionnels)
- Équilibre entre automatisation et supervision humaine nécessaire
Le fondateur en est conscient et affirme travailler dès maintenant sur ces sujets avec une transparence revendiquée.
Vers une financiarisation accrue de l’immobilier privé ?
Si Smart Bricks parvient à tenir ses promesses, on pourrait assister dans les prochaines années à une transformation profonde du marché immobilier privé, qui ressemblerait de plus en plus aux marchés financiers publics :
- meilleure découverte des prix
- liquidité accrue
- allocation de capital plus efficace
- réduction des asymétries d’information
- apparition de nouveaux produits structurés
- croissance des stratégies algorithmiques dans l’immobilier
Cette évolution n’est pas sans poser des questions sociétales : démocratisation réelle ou concentration accrue aux mains des investisseurs les plus technophiles ? Inclusion ou exclusion des petits acteurs ? Bulle spéculative ou meilleure allocation des ressources ?
Conclusion : un pari audacieux à suivre de près
Smart Bricks ne prétend pas révolutionner l’immobilier du jour au lendemain. Mais en construisant patiemment l’infrastructure cognitive qui faisait défaut, la jeune pousse pourrait bien devenir l’un des noms clefs de la prochaine vague proptech, celle qui ne se contente plus d’améliorer l’existant mais qui redéfinit complètement la façon dont on investit dans la pierre.
Avec un ticket d’entrée relativement modeste pour une ambition aussi grande, le soutien d’investisseurs de tout premier plan et une vision claire différenciée, Smart Bricks fait partie de ces rares projets qui méritent d’être suivis attentivement dans les 18 à 36 prochains mois.
L’immobilier serait-il sur le point de connaître sa révolution Bloomberg ? Réponse dans les prochains chapitres de cette belle histoire entrepreneuriale.
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