Imaginez un instant : vous êtes un expert reconnu dans le monde ultra-fermé de la cybersécurité, vous siégez depuis plus de dix ans au comité scientifique de la conférence la plus prestigieuse du secteur… et du jour au lendemain, votre nom disparaît complètement des sites officiels. Sans communiqué, sans annonce. Juste effacé. C’est exactement ce qui est arrivé à Vincenzo Iozzo, figure italienne respectée du hacking éthique et aujourd’hui patron d’une startup prometteuse. Mais pourquoi un tel silence ?
Quand la cybersécurité croise l’affaire Epstein
Depuis janvier 2026, de nouvelles vagues de documents issus de l’enquête fédérale sur Jeffrey Epstein continuent d’être rendus publics. Parmi les milliers de pages, un nom revient de manière insistante : celui de Vincenzo Iozzo. Plus de 2 300 mentions, des échanges d’emails étalés sur quatre années, des tentatives de rendez-vous… de quoi interpeller sérieusement la communauté tech.
Mais qui est vraiment cet homme que certains médias italiens ont déjà qualifié de « hacker personnel » présumé d’Epstein ? Et surtout, pourquoi deux des événements les plus respectés du milieu – Black Hat et Code Blue – ont-ils choisi de retirer discrètement son nom de leurs comités de relecture ?
Un parcours impressionnant dans la cybersécurité
Vincenzo Iozzo n’est pas un inconnu. À seulement 25 ans, il était déjà l’auteur d’un des tout premiers guides techniques sur la sécurité d’iOS, manuel qui circulait encore il y a quelques années dans les cercles underground et académiques. Son expertise sur les systèmes mobiles d’Apple lui avait valu une reconnaissance rapide.
En 2015, il fonde IperLane, une startup spécialisée dans la détection avancée des menaces mobiles. L’entreprise est rachetée par CrowdStrike, géant américain de la cybersécurité. Iozzo intègre alors le groupe en tant que senior director pendant près de quatre ans, participant à des projets stratégiques de protection des endpoints et de threat intelligence.
Aujourd’hui, à la tête de SlashID, il développe une solution d’identité décentralisée visant à révolutionner l’authentification sans mot de passe ni cookies tiers. Le projet attire déjà l’attention des investisseurs sensibles aux questions de privacy et de souveraineté numérique.
« Mes interactions avec Epstein étaient strictement professionnelles et n’ont jamais abouti à aucun projet concret. Je regrette profondément cette association. »
Vincenzo Iozzo, déclaration transmise à la presse
Les documents qui font tâche
Les pièces récemment déclassifiées par le Département de la Justice américain montrent des échanges réguliers entre Iozzo et Epstein entre octobre 2014 et décembre 2018. Plusieurs emails révèlent des tentatives de rendez-vous au célèbre townhouse de New York, même après la publication par le Miami Herald des premières enquêtes choc sur les agissements d’Epstein fin 2018.
Un rapport d’informateur du FBI, lourdement caviardé, évoque également l’existence d’un « hacker personnel » au service du financier. Si le nom est masqué, plusieurs éléments contextuels (nationalité italienne, expertise mobile, présence à MIT à l’époque) pointent fortement vers Iozzo selon plusieurs médias, dont le Corriere della Sera.
Important : aucune preuve concrète d’acte illégal n’apparaît dans les documents publics. Les accusations restent au stade de soupçons non étayés par des éléments matériels vérifiables.
Le retrait silencieux de Black Hat et Code Blue
Black Hat, référence mondiale en matière de recherche en sécurité offensive, avait inscrit Iozzo à son review board depuis 2011. Code Blue, l’équivalent japonais très sélectif, l’avait également recruté. Pourtant, début février 2026, les deux noms ont purement et simplement disparu des pages officielles.
- Pas d’annonce publique
- Pas de communiqué de presse
- Pas d’explication technique (fin de mandat, rotation…)
- Simple effacement des pages web
Interrogé, Iozzo affirme ne pas avoir démissionné et se dit même favorable à une enquête indépendante :
« Je n’ai pas l’intention de démissionner volontairement. Je serais heureux qu’une enquête complète soit menée. »
Vincenzo Iozzo, février 2026
Du côté de Code Blue, le porte-parole explique sobrement que le retrait faisait partie d’une mise à jour prévue de longue date concernant trois membres inactifs… et que le timing avec les révélations Epstein relève de la pure coïncidence.
SlashID : une startup dans la tourmente
SlashID se positionne sur un marché en pleine explosion : la gestion d’identité décentralisée et sans friction. La promesse est ambitieuse : permettre aux utilisateurs de contrôler totalement leurs données d’authentification grâce à des protocoles cryptographiques modernes, sans dépendre des GAFAM ou des fournisseurs traditionnels.
Le timing est particulièrement délicat. Alors que l’entreprise cherche à lever des fonds et à signer ses premiers grands clients (banques, assureurs, éditeurs SaaS), l’ombre Epstein risque de refroidir certains investisseurs institutionnels particulièrement sensibles à la réputation.
| Aspect | SlashID | Positionnement marché 2026 |
| Technologie cœur | Identité décentralisée & zero-knowledge | Concurrence forte (Okta, Auth0, Ping, Trusona…) |
| Différenciation | Privacy by design + pas de cookie tiers | Aligné RGPD / CCPA / futures lois |
| Stade actuel | Early commercial traction | Recherche Série A / B |
| Risque réputationnel | Élevé (liens Epstein) | Impact potentiel sur LP & clients |
Une affaire qui pose question à toute l’industrie
Ce cas n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, la communauté tech s’interroge sur les fréquentations parfois surprenantes de certains de ses membres les plus brillants. MIT, Stanford, Y Combinator… plusieurs institutions prestigieuses ont dû gérer des scandales liés à des dons ou à des relations avec Epstein.
Dans le cas présent, la question est double :
- Jusqu’où va la responsabilité morale quand on fréquente – même professionnellement – une personne condamnée pour des faits aussi graves ?
- Les organisateurs de conférences doivent-ils appliquer une tolérance zéro dès qu’un nom apparaît dans des documents judiciaires, même sans condamnation ?
Beaucoup estiment que le retrait préventif est devenu la norme en 2026, surtout quand la médiatisation est forte. D’autres regrettent l’absence de transparence et d’enquête contradictoire avant de « cancel » quelqu’un publiquement.
Et maintenant ? Perspectives pour SlashID
Pour l’instant, l’entreprise continue de communiquer sur ses avancées techniques. Les ingénieurs mettent en avant des partenariats académiques et des proofs-of-concept avec des acteurs européens particulièrement regardants sur la protection des données.
Mais dans les cercles investisseurs, les discussions sont plus tendues. Plusieurs sources rapportent que des fonds ont demandé des garanties supplémentaires ou ont tout simplement décidé d’attendre que l’affaire se tasse.
Vincenzo Iozzo, de son côté, maintient sa ligne : il n’a rien à se reprocher sur le plan pénal et ses contacts avec Epstein relevaient uniquement de discussions d’affaires qui n’ont jamais abouti.
Leçons pour les fondateurs tech en 2026
Cette histoire rappelle brutalement quelques vérités inconfortables :
- Votre réseau peut devenir votre plus gros passif
- La réputation se perd beaucoup plus vite qu’elle ne se construit
- Dans un écosystème hyper-connecté, les associations passées ressurgissent toujours
- La transparence totale est devenue un avantage compétitif (quand elle est possible)
Pour les entrepreneurs qui évoluent dans la cybersécurité et la privacy, le sujet est encore plus sensible : comment vendre de la confiance quand votre propre passé est questionné ?
Conclusion : une tache indélébile ?
À ce stade, personne ne sait si Vincenzo Iozzo parviendra à tourner la page. SlashID dispose d’une technologie solide et d’un marché porteur. Mais la confiance est une denrée rare dans cet univers.
Ce qui est certain, c’est que l’affaire continuera d’alimenter les débats au sein de la communauté cybersécurité pendant longtemps. Entre présomption d’innocence, responsabilité collective et impératifs de réputation, la balance reste difficile à trouver.
Une chose est sûre : dans le monde de la tech en 2026, même les meilleurs CV ne protègent plus contre les fantômes du passé.
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