Imaginez des millions d’adolescents indiens, nuit après nuit, penchés sur des milliers de pages de cours, résolvant inlassablement des problèmes de physique quantique ou de mathématiques avancées, le tout dans l’espoir fou d’intégrer l’un des IIT les plus prestigieux du pays. Chaque année, plus de 1,2 million de candidats se présentent au JEE Main, l’examen qui fait office de premier filtre pour ces temples du savoir technologique. Et si, soudain, une intelligence artificielle venait bouleverser cette épreuve du feu ? C’est exactement ce que Google est en train d’accomplir en 2026 avec son modèle Gemini.
En janvier 2026, la firme de Mountain View a officialisé une avancée majeure pour les étudiants indiens : l’intégration de tests blancs complets pour le JEE directement dans l’interface de Gemini. Fini les innombrables PDF téléchargés à la va-vite ou les plateformes payantes hors de prix. Désormais, l’IA conversationnelle la plus avancée de Google propose une simulation grandeur nature de l’examen le plus compétitif du pays… et elle ne s’arrête pas là.
Quand l’IA rencontre l’examen le plus impitoyable d’Inde
Le Joint Entrance Examination (JEE) n’est pas un simple concours. C’est une véritable bataille nationale où le moindre point peut faire la différence entre une carrière chez Google, Microsoft ou une vie professionnelle bien plus modeste. Avec un taux de sélection inférieur à 1 % pour les IIT les plus cotés, la pression est phénoménale. Google l’a parfaitement compris et décide de positionner Gemini non pas comme un tricheur automatique, mais comme un véritable compagnon de préparation intelligent.
Des examens blancs 100 % conformes au format officiel
La nouveauté la plus impressionnante reste sans conteste la possibilité de passer un test blanc complet directement dans Gemini. Les questions sont élaborées à partir de contenus validés par deux acteurs majeurs de l’edtech indienne : Physics Wallah et Careers360. Ces deux références garantissent une fidélité maximale au vrai JEE Main, tant dans la difficulté que dans le style des énoncés.
Une fois le test terminé, l’étudiant reçoit immédiatement une correction détaillée. Gemini ne se contente pas d’indiquer les bonnes réponses : il explique pourquoi telle option est correcte, met en évidence les pièges classiques et propose des rappels de cours ciblés là où les erreurs ont été commises. Mieux encore, l’IA génère automatiquement un plan de révision personnalisé en fonction des forces et faiblesses détectées.
« Nous voulons que Gemini devienne un coach personnel fiable, et non une machine à réponses toutes faites. L’objectif est d’aider les étudiants à vraiment comprendre et progresser. »
Porte-parole Google India – janvier 2026
Au-delà du JEE : une stratégie globale d’investissement éducatif
Google ne se limite pas à l’examen phare des ingénieurs en herbe. La firme multiplie les initiatives sur le sol indien, pays qui représente l’un de ses marchés les plus stratégiques pour l’adoption massive de l’IA générative.
- Extension des outils JEE vers AI Mode dans Google Search, avec la fonctionnalité Canvas permettant de créer des fiches de révision interactives à partir de notes de cours scannées.
- Utilisation intensive de NotebookLM pour transformer des polycopiés en quiz, flashcards, résumés audio ou même petites vidéos pédagogiques.
- Support multilingue couvrant la majorité des langues indiennes parlées par les étudiants.
Ces fonctionnalités ne sont pas réservées à une élite urbaine. Google affirme que des étudiants issus de petites villes et de zones rurales utilisent déjà Gemini pour préparer des matières scientifiques exigeantes.
Partenariats institutionnels : quand le privé rencontre l’État
L’engagement de Google va bien au-delà du produit grand public. La firme noue des partenariats stratégiques avec plusieurs institutions publiques et semi-publiques.
Parmi les annonces les plus structurantes :
- Un pilote d’« université d’État augmentée par l’IA » avec l’Université Chaudhary Charan Singh et le Ministère du Développement des Compétences.
- Une subvention de 10 millions de dollars (≈ 850 millions de roupies) accordée par Google.org à l’organisation Wadhwani AI pour intégrer l’intelligence artificielle dans les plateformes éducatives gouvernementales nationales et régionales.
Ce dernier projet est particulièrement ambitieux : il vise à toucher 75 millions d’étudiants, 1,8 million d’enseignants et un million de jeunes professionnels d’ici fin 2027. Parmi les outils déjà déployés, on trouve des assistants vocaux de lecture en langues régionales, des coachs d’anglais conversationnel alimentés par IA, et des modules destinés à alléger la charge administrative des professeurs.
| Objectif 2027 | Nombre cible |
| Étudiants | 75 millions |
| Enseignants | 1,8 million |
| Jeunes professionnels | 1 million |
| Utilisateurs actuels (début 2026) | ~10 millions |
Les défis éthiques et pédagogiques d’une telle ambition
Si l’enthousiasme est palpable chez de nombreux étudiants et parents, des voix s’élèvent aussi pour mettre en garde contre une dépendance excessive à l’IA. Certains pédagogues craignent que les élèves ne se contentent plus de « demander la réponse » au lieu de développer leur raisonnement. Google répète pourtant que Gemini est conçu pour expliquer, guider et renforcer la compréhension, et non pour fournir des solutions toutes prêtes sans effort intellectuel.
Autre sujet sensible : la fracture numérique. Bien que les smartphones soient désormais très répandus, la qualité de la connexion internet reste inégale dans de nombreuses régions rurales. Google assure travailler sur des versions allégées et sur l’optimisation offline de certaines fonctionnalités, mais le chemin reste long.
Pourquoi l’Inde est devenue le terrain d’expérimentation favori de Google
Avec plus de 500 millions d’internautes, une population jeune et extrêmement avide de mobilité sociale par l’éducation, l’Inde représente un marché idéal pour tester et affiner des usages éducatifs à très grande échelle. Ajoutez à cela la forte pénétration des smartphones low-cost et la maîtrise croissante de l’anglais (et des langues régionales) parmi les 18-25 ans, et vous obtenez le cocktail parfait pour une adoption rapide de l’IA générative.
Google n’est d’ailleurs pas seul sur ce créneau. OpenAI, Microsoft (via Copilot), et plusieurs licornes locales comme Byju’s (malgré ses difficultés récentes) ou Physics Wallah lui-même développent des outils concurrents. Mais la combinaison de la puissance technologique de Gemini, de l’infrastructure Search + YouTube + Android, et des partenariats institutionnels donne aujourd’hui un avantage certain à Google.
Vers une démocratisation réelle ou une nouvelle forme de dépendance technologique ?
Les prochains mois seront décisifs. Si les résultats des étudiants utilisant régulièrement les outils Gemini s’améliorent significativement aux sessions JEE 2026 et 2027, la légitimité de cette approche sera renforcée. À l’inverse, une stagnation ou une baisse des performances pourrait relancer le débat sur la vraie valeur ajoutée pédagogique de l’IA générative.
Ce qui est déjà certain, c’est que l’entrée de Google sur le segment ultra-stratégique du JEE marque un tournant. L’intelligence artificielle n’est plus perçue uniquement comme un gadget ou un assistant de rédaction : elle devient un acteur central de la préparation aux plus grands concours mondiaux.
Pour des millions de jeunes Indiens qui rêvent d’un avenir meilleur, Gemini n’est peut-être plus seulement un chatbot… mais bien le premier coach IA capable de les accompagner jusqu’aux portes des IIT.
Et vous, que pensez-vous de cette intrusion massive de l’IA dans l’un des examens les plus exigeants de la planète ?